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Full text of "Gazette du bon ton : arts, modes & frivolités"

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GAZETTE 


DU 


BON  TON 


ART,  MODES 

& 
FRIVOLITÉS 


LUCIEN    VOGEL,    Directeur 
1Q22 

Tome  II 


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Paris 

LES    PUBLICATIONS    LUCIEN    VOGEL 

11,  Rue  Saint-Florentin,  11 


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GAZETTE 

DU 

BON   TON 


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TABLE    DES    MATIERES 


DEUXIEME    SEMESTRE 


(Juillet   à    Décembre    1922) 


0 


TABLE    DES  ARTICLES 


Pages 

ANECDOTES  ROMANTIQUES Edmond  JALOUX        165 

Dessins  d'Erik  SIMON 

ARRANGEMENTS  DE  COIFFURES CELIO       305 

Dessins  de  ZINOVJEW 

ARMORIAL  DES  ÉCRIVAINS  FRANÇAIS     .   .     Jean  de  BONNEFON   177,273 

Dessins  de  Joubert  de  BUSSY 

AUTOMNE   OU   LA   CHASSE   DANS   LES   BOIS 

dessin  de  Pierre  MOURGUE        224 

AVIATION   (L') .   dessin  de  Pierre  MOURGUE        296 

BACCARA Gérard  BAUER        197 

Dessins  de  Roger  GHASTEL 

BAIN  DES   ENFANTS   (Le) Georges  Armand  MASSON        221 

Dessins  d'Helen  SMITH 

BOIS  DANS  LA  MODE  (Le) CAYLUS        277 

Dessins  de  Pierre  MOURGUE 

CANTINES   D'AUTO CELIO       269 

Dessins  de  Ch.  MARTIN 

CHAPEAUX  PLIANTS  (Les). VAUDREUIL       265 

Dessins  de  MARIO  SIMON 

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Pages 

CLAIRS   DE    LUNE    ET   DÉJEUNERS    DE    SOLEIL 

Dessins  de  MARIO  SIMON  Jean  LABUSQUIÈRE        1 85 

COQUETTERIE  FÉMININE     George  CECIL       261 

Dessins  de  Gh.  MARTIN 

EN    MER,    OU    COSTUMES    ORIGINAUX    ET    PRATIQUES    POUR 
FAIRE    DU  YATCH,    DU    BATEAU  A   VOILE,   L'ÉTÉ,   SUR 

LA  MER Emile  HENRIOT        173 

Dessins  de  BÉNITO 

FEMME  TRIOMPHANTE  (La) George  CECIL       341 

Dessins  de  Gh.  MARTIN 

FÊTES  DANS  LE  CIEL.  —  IMPRESSIONS  NAPOLITAINES 

Dessins  de  Gh.  MARTIN  George  BARBIER        297 

FICHUS  (Les) SIKI        237 

Dessins  de  Pierre  MOURGUE 

FLACONS    ......;», Dessins  de  MARIO  SIMON       293 

GOLF  (Le) Dessin  de  Pierre  MOURGUE       268 

GORGERETTES  (Les)   .      ...  .    Robert  BURNAND       289 

Dessins  de  Ch.  MARTIN 

HOMME  DU  SOIR  (L') dessin  de  BÉNITO       308 

MODE  AU  MATCH  (La) Gerard  BAUER       285 

Dessins  de  Pierre  MOURGUE 

MODE  ET  LE  BON  TON  (La)  ....     Jeanne  RAMON  FERNANDEZ  194,  226 

NÉCESSAIRES  (Les) Robm  LINZELER 

Dessins  de  Georges  LEPAPE 

NEMROD   OU   LE   DÉPART   POUR    LA    CHASSE 

Dessin  de  Pierre  MOURGUE       252 

OISEAUX  BLANCS  (Les)    VAUDREUIL       50, 

Dessins  de  BENITO 

PETIT  A  PROPOS  EN  PROSE  SUR  DES  TISSUS  .  .  .     VAUDREUIL       213 
Dessins  de  Pierre  MOURGUE 

POUDRE  ET  LES  BALS  (La)     ...  rin  m 

Dessins  de  MARIO  SIMON  .......  Oli^lU         235 

POUR  CENDRILLON  j      ■ 

UUN     dessins  de  MARIO  SIMON       249 

PYJAMAS  D'ENFANTS  /- 

Dessins  d'Helen  SMITH     '    V    ' ^^  BERCKMANS         18. 


Pages 

ROBES  ASYMÉTRIQUES Georges  Armand  MASSON       257 

Dessins  de  BÉNITO 

ROBES-PAGNES  (Les) VAUDREUIL        169 

Dessins  d'André  MARTY 

RUISSEOLA    CLOKY,    OU  VESTES    ET    MANTEAUX    COMBINÉS 

DANS   DES   TISSUS    NOUVEAUX      CELIO       201 

Dessins  de  SIMÉON 

SOIRÉE  AU   THÉÂTRE  (La) dessin  de  Pierre  MOU RGUE       280 

STATUES  D'OR   (Les) George  Armand  MASSON       229 

Dessins  de  BÉNITO 

SURPRISES    DE    l 'OPÉRA    (Les).   —   LETTRE   D'UNE    PERSONNE 
DE   QUALITÉ   A   UNE   AMIE    HABITANT    GRENOBLE 
Dessins  d'André  MARTY  Vicomtesse  de  SYGOGNES       209 

TON  DE  PARIS  (Le) George  BARBIER        189 

Dessins  de  Ch.  MARTIN 

VARIATION  SUR  DES  RUINES.   —  POMPÉI     .  .  .     George  BARBIER       217 
Dessins  de  Ch.  MARTIN 

VELOURS  ET  LAMÉ     ." VAUDREUIL       245 

Dessins  de  George  BARBIER 


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TABLE  DES  PLANCHES  HORS -TEXTE 


Nos   Planches 

AMALFI.  —  George  Barbier 7  54 

"AU   REVOIR,    MON   AMOUR  .   .   .  ".  —  Bénito    9  67 

BANCO.  —  Pierre  Mourgue 7  4g 

BELLE  AFFLIGÉE  (La).  —  André  Marty    8  59 

CALINE  (La).  —  André  Marty 6  43 

CAPE   ADMIRABLE   (La).  —  Georges  Lepape g  64 

CENDRE  DE  LA  CIGARETTE  (La).  —  André  Marty    10  77 

CINQ  SENS  (Les).  —  L'ODORAT.  —  Pierre  Mourgue 7  53 

LE    GOUT.  —  Pierre  Mourgue .  8  56 

DEUX   COUPS   DE    CHAPEAU.  —  Pierre  Mourgue 9  68 

ENFANT  A  LA  GRENADE  (L').  —  André  Marty .  8  61 

ENTREVUE  MATINALE  (L').  —  Georges  Lepape 6  46 

ESPÉREZ.   —  George  Barbier 6  48 

ÉTÉ    (L').  —  Ch.  Martin 6  41 

ET   D'UNE!  —  Pierre  Brissaud .   . 7  50 

GLACE  (LA)  ou  UN   COUP  D'ŒIL  EN  PASSANT.  —  André  Marty  6  47 

"LAISSE -LE  MOI  PRENDRE  .   .   ."...—  André  Marty     1Q  73 

LONGCHAMP.  —  Bénito    6  44 

"  NEUF  HEURES  !  ...  IL  FAUT  QUE  JE  RENTRE  DINER  ..." 

Pierre  Brissaud  8  57 

NID   DE  PINSONS  (Le).  —  André  Marty 6  45 

ON  SE  REVERRA,  J'ESPÈRE  .   .   .".  —  Bénito 8  58 

PAUVRES  PETITES  BÊTES  "  ou  LE  VOYAGE  SENTIMENTAL. 

Bénito  10  74 

PORTRAIT  DE  MME  y.  R.  ET  DE  SA  FILLE.  —  Ch.  Martin  ...  9  69 

PROMENEUSE  MÉLANCOLIQUE  (La) .  —  George  Barbier  .......  8  63 

ROSALINDE.  —  George  Barbier     10  75 

ROSE  DU  JARDIN  (La).  —  Ch.  Martin 7  55 

SORTILÈGES.  —  George  Barbier 9  66 

SUZANNE  ET  LE  PACIFIQUE.  —  Siméon  . 6  42 


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Nos  pianches 

SYMPHONIE   AUTOMNALE.  ~  George  Barbier g  ?l 

"TANT  DE  CHAGRIN  ..."  ou  L'INFIDÈLE.—  Bénito g  g5 

TÊTE    A   TÊTE.  —  Pierre  Brissaud 10  ?2 

UNE  CAPE  DE  MADELEINE  VIONNET.  —  Thayaht i0  76 

UN  MANTEAU  DE  MADELEINE  VIONNET.  —  Thayaht 9  ?0 

UNE  ROBE  DE  MADELEINE  VIONNET.  —  Thayaht 8  62 

UNE  ROBE  DE  MARTIAL  ET  ARMAND.  -     Georges  Lepape  ...  ;  7  52 

VACANCES  AU  CHATEAU  (Les).  —  Bénito 7  5l 

VESPER.   —  George  Barbier 8  60 


TABLE  DES  PAGES  DE  CROQUIS 


Nos 

OU  VA  LA  MODE  ? 6 

LE  MANTEAU  COURT,  EN  FOURRURE  ET  EN  CUIR 7 

LES  LIGNES  GÉOMÉTRIQUES  DANS  LA  MODE 

CRAVATES  DE  CHASSE,  RRACELETS-MONTRES,  LE  SAC  A  MAIN, 
BRIQUETS  AUTOMATIQUES,  MANCHES  DE  PARAPLUIE,  PEIGNES, 
LES  GANTS,  LISEUSES  ET  BONNETS 8 

LES    MANTEAUX    DU    SOIR,    EN    FOURRURE    ET   EN   SOIERIE 
COMBINÉES 

JARRETIÈRES  ET  JARRETELLES,  ÉVENTAILS,  LE  SOULIER, 
LE  BOUTON,  LES  CANNES  POUR  DAMES,  LA  PLUME  DE  BASSE 
COUR,  LES  BOUCLES  D'OREILLES,   LA   FLEUR   ARTIFICIELLE        9 

ROBES  ET  TAILLEURS  INSPIRÉS  D'UNIFORMES  DE   DIVERS 
ORDRES  RELIGIEUX 

L'OMBRELLE,  VEILLEUSES  ÉLECTRIQUES,  LA  VOILETTE, 
L'HEURE,  CRAVATES  POUR  HOMMES,  LES  MIROIRS,  LE 
SOULIER,  LE  MOUCHOIR  10 


S/AfOJV 


Ù  E       GOETHE 


ANECDOTES   ROMANTIQUES 

LE  10  juin  1923,  il  y  aura  un  an  que,  pour  la  première  fois,  Eckermann 
pénétra  dans  la  maison  de  Goethe  et,  frémissant  d'émotion,  commença  de 
noter  sur  un  journal  intime  les  propos  de  son  idole. 

Il  se  présenta  à  midi.  Un  domestique  l'attendait.  Des  moulages  de 
statues  grecques  qui  décoraient  l'escalier  évoquèrent  à  ses  yeux  la  passion 
de  son  maître  pour  l'art  antique.  Nous  pouvons  supposer  que  c'étaient  là 
de  médiocres  reproductions  de  sculptures  à  demi  décadentes  et  de  tumul- 
tueux plâtres  romains.  Mais  ils  subjuguèrent  le  faible  Eckermann.  De 
nombreuses  femmes  passaient  et  repassaient  dans  la  maison.  (Il  ne  nous  dit 
pas  si  elles  étaient  jolies.)  Eckermann  fut  introduit  dans  une  pièce  fraîche, 
qui  avait  un  canapé  et  des  chaises  rouges,  un  piano  et  beaucoup  de  tableaux. 
Quelqu'un  entra,  en  redingote  bleue  et  en  souliers;  il  avait  un  visage  brun 
et  plein,  majestueux,  travaillé  de  replis  profonds,  où  Ton  lisait  la  loyauté, 
le  calme,  la  maîtrise    de  soi-même.    Il  s'exprimait  avec  une  royale  lenteur. 

— -  Je  sors  d'avec  vous,  dit-il,  toute  la  matinée,  j'ai  lu  votre  écrit,  il 
n'a  besoin  d'aucune  recommandation;  il  se  recommande  de  soi-même. 

C'était  Goethe. 


i65 


Copyright  July  1922,  by  Lucien  Vogel,   Parié 


Mais  tous  les  visiteurs  que  recevait  Fauteur  de  Faudt  ne  se  présen- 
taient pas  aussi  cérémonieusement.  En  mars  1807,  Bettina  Brentano,  la 
sœur  du  poète  Clément  Brentano,  qui  devait  épouser  le  romancier  Achim 
d'Arnim,  ayant  un  culte  pour  Goethe,  résolut  de  se  rendre  à  Weimar. 
Mais  on  était  en  pleine  occupation  française,  il  fallait  traverser  les  armées. 
Que  fait  Bettina?  Elle  commande  une  redingote,  un  gilet,  des  pantalons 
d'homme.  Elle  part  avec  sa  sœur  et  son  beau-frère.  Elle  a  un  bonnet  de 
peau  de  renard,  un  pistolet  à  la  main,  un  sabre  au  côté.  Elle  aide,  à  chaque 
relais,  les  palefreniers  à  dételer,  à  atteler  les  chevaux.  Elle  a  vingt  ans  et 
elle  est  charmante.  Elle  arrive  à  Weimar. 

—  Pauvre   enfant  I  lui  dit  Gœthe  en  la  voyant,   vous  ai-je   fait  peur? 
Il  lui  parle  de  la  mort  de   la   duchesse    Amélie    de  Saxe -Weimar.   La 

conversation  languit. 

—  Je  ne  puis  rester  sur  ce  canapé,  dit  Bettina  impétueusement. 

—  Eh  bien,  faites  ce  qui  vous  plaira,  répond  Gœthe. 

«  Je  me  jetai  à  son  cou,  écrivait  Bettina  le  lendemain,  et  lui  m'attira 
sur  ses  genoux  et  me  serra  contre  son  cœur.  Tout  devint  silencieux,  tout 
s'évanouit.  Des  années  s'étaient  écoulées  dans  l'attente  de  le  voir;  il  y  avait 
longtemps  que  je  n'avais  dormi.  Je  m'endormis  sur  son  cœur,  et  quand  je 
me  réveillai,  une  nouvelle  existence  commençait  pour  moi.  » 

Nous  ne  saurons  jamais  ce  qu'était  l'amour  pour  les  romantiques  allemands. 
Tant  de  siècles  ont  passé  depuis  cent  ans  que  le  secret  de  leurs  sentiments 


l66 


alambiqués  et  contradictoires  est  perdu  pour  nous  !  Quand  il  habitait 
Stof,  Jean-  Paul  Richter  était  amoureux  à  la  fois  de  cinq  jeunes  filles  : 
Caroline  Schlôder,  Amône  Herold,  Frédérique  Otto,  Hélène  Wernlein  et 
Renée  Wlrth.  Il  leur  écrivait  à  toutes  des  lettres  également  passionnées  et 
également  sincères.  Mais  à  bien  d'autres  aussi,  il  envoyait  des  missives  aussi 
tendres;  voici  la  fin  de  Tune  d'elles,  dédiée  à.  une  jeune  fille  qui  allait 
se  marier  : 

«O  céleste  St...,  maintenant  je  puis  t'avouer  dans  ton  lit  nuptial  que 
j'étais  amoureux  de  toi.  Comme  je  voudrais  que  tu  puisses  te  marier  sans 
époux  î  Je  te  souhaite  tout  dans  ce  mariage,  —  excepté  ton  époux,  je  te  souhaite 
tout  ce  qu'il  peut  avoir  de  bon,  —  excepté  sa  durée  1  » 

Il  est  vrai  que  cette  céleste  St...,  Jean-Paul  Richter  ne  l'a  jamais  vue  1 

A  Berlin,  il  est  reçu  triomphalement  par  toutes  les  femmes,  depuis  la 
reine  de  Prusse  jusqu'aux  actrices.  A  toutes,  il  distribue  généreusement  de 
ses  cheveux.  (Ce  qui  est  admirable,  car  il  n'en  avait  plus  beaucoup!)  Mais 
en  revanche,  il  emporte  quelques-uns  des  leurs  ! 

Il  n'était  point  beau,  mais  fort  grand  et  fort  pâle.  Il  levait  le  plus  souvent 
les  yeux  au  plafond,  comme  font  les  chats  quand  ils  font  semblant  de  ne  pas 
comprendre  ce  qu'on  leur  dit.  Il  avait  le  cou  et  le  haut  de  la  poitrine  nus  ; 
ses  cheveux  blonds,  rares  sur  le  front,  mais  encore  longs  par  derrière, 
tombaient  librement  sur  ses  épaules. 

C'est  ainsi  qu'il  faut  se  le  représenter  à  Gotha,  passant  une  soirée  déli- 
cieuse avec  une  de  ses  amies,  la  comtesse  Schlaberndorf  ;  il  était  assis  avec  elle 


167 


sur  un  sopha;  et  cette  jeune  femme  le  tenait  d'une  main,  tandis  que  de  son 
bras  droit,  elle  serrait  sa  fille  sur  son  cœur.  Cette  image-là,  c'est  peut-être 
le  romantisme  allemand,  tout  entier,  dans  sa  complexité  et  dans  son  comique 
profond. 

Il  faudrait  raconter  aussi  le  suicide  de  Caroline  de  Giinderode,  jeune 
fille  amoureuse  d'un  intellectuel  prétentieux  et  sans  cœur,  Creuzer.  A  bout 
de  passion  et  de  désespoir,  elle  se  poignarda,  par  un  beau  crépuscule,  au 
bord  d'un  lac.  Creuzer  la  regretta  beaucoup,  bien  entendu;  car  il  est,  en 
général,  plus  facile  de  regretter  une  femme  que  de  l'aimer.  Puis  devenu  veuf 
de  sa  première  femme,  qui  gavait,  elle  aussi,  perdu  un  premier  mari,  il 
épousa  une  seconde  veuve  ;  et  il  lui  dit  un  jour  de  romantique  confiance  : 
«  Quand,  après  la  mort,  nous  serons  réunis,  toi  et  ma  première  femme, 
vous  irez  rejoindre  votre  premier  mari  ;  mais  moi,  j'irai  rejoindre  la  Giinderode  !» 

4e        4* 

Il  faudrait  raconter  aussi  certain  extraordinaire  voyage  que  fit  Ludwig 
Tieck  avec  Elisa  de  Recke,  la  sœur  de  la  duchesse  de  Courlande.  Elle 
entendait  rester  pure,  mais  Tieck  l'adorait.  Alors  elle  emmenait  avec  elle 
une  femme  de  chambre  ravissante  et  qui  lui  ressemblait. . .  Et  Tieck,  à  chaque 
relais,  revenait  à  elle,  toujours  enthousiaste,  toujours  épris  et  poétique, 
mais  moins  pressant  I 

Edmond  Jaloux. 


LES 


ROBES    PAGNES 


J'ai  aimé  une  reine,  une  reine  d'Egypte,  dans  les  temps  de 
l'antiquité,  elle  en  palanquin  porté  par  des  esclaves,  moi, 
obscur,  confondu  dans  la  foule  prosternée  des  peuples  pressés 
sur  les  pas  des  porteurs  de  sa  litière.  Nitocris,  qu'elle 
s'appelait.  Elle  était  la  plus  belle  des  femmes  de  son  temps, 
blonde  avec  le  teint  rose.  Quand  elle  se  faisait  porter,  la 
chaleur  tombée,  le  soir  et  sous  la  brise  des  chasse-mouches, 
sur  les  chantiers  de  construction  des  monuments  absurdes 
élevés  par  une  multitude  de  misérables  à  la  gloire  de  son 
règne,  il  n'y  avait  pas  de  princesse  plus  exquise.  Elle  se 
noya  dans  le  Nil  en  faisant  arriver,  pour  plus  de  commodité, 
par  des  travaux  d'art  ce  fleuve  dans  sa  chambre.  Ces  reines 
d'Egypte,  avec  Cléopâtre,  il  n'y  en  avait  pas  deux  comme 
elles  pour  mettre  de  l'originalité  dans  le  suicide. 

Amant  d'une  si  grande  princesse,  j'étais  officier  de  sa 
maison,  attaché  à  la  personne  royale  ;  le  soir,  je  me  couchais 
en  travers  de  la  porte  de  son  appartement;  et  puis,  quand 
tout  était  endormi   dans  le  palais,  je   ne   perdais   pas    une 


169 


minute    et   je    venais    achever   la    nuit 
auprès  de  la  reine. 

Je  rappelle  ce  souvenir  déjà  ancien 
non  par  vanité,  certes,  mais  ce  sont  les 
pagnes  qui  m'y  font  penser,  car  ce 
vêtement  était  d'uniforme  dans  la  garde 
de  la  reine  :  une  petite  étoffe  autour 
des  reins  et  il  ne  fallait  rien  de  plus,  la 
charmante  souveraine  aimait  les  hommes 
bien  faits  et  choisissait  les  plus  beaux 
Egyptiens.  D'ailleurs,  égalitairement, 
elle  élevait  à  tour  de  rôle  au  grade 
de  capitaine  de  sa  garde  chacun  des 
hommes  qui  la  composaient.  Et  c'était 
précisément  le  capitaine  des  gardes  qui 
couchait  la  nuit  en  travers  de  la  porte 
de  la  reine,  c'est-à-dire  dans  son  lit. 

La  civilisation  de  l'Egypte  avait 
atteint,  de  toute  antiquité,  un  grand 
raffinement.  De  sages  institutions, 
comme  ces  gardes  du  corps,  conciliaient 
les  appétits  de  la  monarchie  avec  le 
contentement  des  peuples,  attachaient  à 
la  couronne  par  les  plus  doux  liens 
l'armée  soutien  naturel  du  trône. 

Rien  ne  nous  rendra  des  tableaux  si 
magnanimes  :  la  garde  de  Nitocris  sous 
le  soleil  de  là-bas  et  de  ce 
temps-là,  les  colonnes  de 
bronze  des  jambes  alignées 
et  les  poitrines  de  cuivre 


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rouge,  bombées,  passées  en  revue  du 
haut  de  son  palanquin  par  la  plus  capri- 
cieuse des  princesses...  Non  loin,  le  Nil 
emportant  parmi  le  pullulement  des 
crocodiles,  animaux  sacrés,  la  barque 
de  l'Kgyptien;  un  vol  d'ibis  roses 
s'abattant  sur  les  rives;  vers  le  désert, 
patientes  fourmis  occupées  à  monter  le 
long  d'une  pente  artificielle  des  pierres 
de  taille  d'une  éclatante  blancheur,  les 
peuples  captifs  bâtissant  sous  le  fouet 
des  gardiens  la  troisième  pyramide. 

Époques  formidables  à  jamais  ense- 
velies dans  la  boue  du  vieux  Nil, 
époques  mortes...  Kn  ce  qui  touche 
notre  sujet  particulier  ici  :  les  pagnes, 
on  ne  pourra  pas  compter,  de  toutes 
façons,  de  les  voir  revenir  à  la  mode 
d'une  manière  aussi  intégrale  qu'à 
Bubaste  et  Sais,  du  temps  que  j'étais 
capitaine  des  gardes,  et  vêtu  avec  une 
si  agréable  légèreté.  On  doit  songer 
seulement  à  donner  à  des  vraies  robes 
d'aujourd'hui  le  mouvement  caractéris- 
tique du  pagne  et  c'est  tout  ce  que  l'on 
peut  faire  tant  que  dure  l'état  présent 
des  mœurs.  D'ailleurs,  ça  ne  sera  pas 

laid  du  tout,  des  robes 
serrées  à  la  hauteur 
où  l'on  s'asseoit.  On 
remarque  que  c'est  une 


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mode  parfaitement  logique  amenée  par  la  querelle  des  tailles 
basses  et  des  tailles  hautes,  où  par  un  curieux  retour  ce  sont 
les  tailles  basses  qui  ont  le  dessus. 

La  robe-pagne  finit  le  débat  en  donnant  à  la  même  robe 
deux  tailles,  une  haute  et  une  basse,  toutes  les  deux  en  même 
temps,  ce  qui  est  une  solution  bonne,  et  la  meilleure  de  toutes, 
faisant  plaisir  à  tout  un  chacun. 

de  Vaudreuil. 


172 


OU  COSTUMES  ORI- 
GINAUX ET  PRATIQUES 
POUR  FAIRE  DU  YACHT, 
DU  BATEAU  A  VOILE, 
L'ÉTÉ,     SUR     LA    MER. 


?rxyu<£fe- 


TE  me  souviens  d'un  voyage 
délicieux,  avant  la  guerre,  natu- 
rellement (je  vous  dis  qu'il  était  déli- 
cieux).-. Il  va  même  y  avoir  neuf 
ans,  comme  le  temps  passe  !  Mais 
je  sais  bien  pourquoi  ce  voyage 
est  si  charmant  dans  le  souvenir  : 
il  fut  comme  tous  les  voyages  devraient  être,  quelque  chose 
d'agréable  en  soi,  pour  le  plaisir  du  changement,  au  gré  du 
vent  et  de  l'aventure,  sans  itinéraire  précis.  Du  moins  si,  on 
l'avait  prévu  cet  itinéraire.  Nous  devions  partir  de  Marseille, 
toucher  Alger  et  revenir  par  la  Sicile.  A  la  joie  promise,  le 
hasard,  ce  dieu  des  voyages,  en  substitua  une  bien  plus  belle  : 
qui  est  de  faire  tout  autre  chose  que  ce  qu'on  s'était  proposé. 
De  sorte  qu'ayant  imaginé  l'Afrique,  Agrigente,  Palerme,  et 
beaucoup  joui  par  la  pensée  préalable  de  ces  illustres  endroits, 
nous  eûmes  le  plaisir  de  voir  ce  que  nous  n'attendions  pas,  la 
Corse,  par  exemple,  et  Majorque.  Majorque  est  une  île  jaune, 
torride,  avec  de  très  fraîches  ruelles,  où  toute  une  famille  de 


i73 


danseuses  vint  égayer,  le  soir,  notre 
navire.  Je  me  souviens  aussi  d'un  très 
agréable  anu  del  mono  coupé  d'eau  glacée, 
à  Palma,  dans  une  cour  d'auberge  où 
chantait  une  fontaine  invisible.  Celui 
qui  nous  en  régala  paya  les  huit  ou  dix 
verres  d'un  louis  d'or  :  on  lui  rendit  avec 
beaucoup  de  remerciements  trente-deux 
pesetas  de  monnaie.  Ces  temps-là  ne 
reviendront  plus... 

JVlais  ce  qui  peut  revenir  encore, 
c'est  un  voyage  de  la  sorte,  où  l'on  part 
sans  savoir  pour  où,  où  l'on 
va  poussé  par  le  vent,  où  l'on 
aborde  à  l'aveuglette  un  pays 
qu'on  n'a  pas  choisi.  C'est 
l'avantage  de  la  mer.  Le  plai- 
sir commence  au  moment 
même  qu'on  la  touche.  On  n'a 
même  pas  besoin  de  choisir  sa  destination  :  le  capi- 
taine est  là  pour  ça.  Vous,  vous  n'avez  qu'à  bien 
trier  vos  compagnons  de  promenade.  Si  jamais  je 
recommence  un  tel  voyage,  je  sais  bien  ceux  que  je 
voudrais  :  des  amis  qui  n'aient  pas  le  cœur  trop 
sensible,  mais  contents  de  tout,  de  jolies  dames 
capables  de  rêver  longuement,  le  soir,  et  de  se  taire 
sans  nommer  Pascal,  devant  l'infini  du  ciel  et  des 
flots,  un  aimable  conteur  d'anecdotes,  un  autre  qui 
sache  le  nom  des  étoiles,  et  la  nuit,  sur  le  pont, 
nous  puisse  faire  de  beaux  cours  d'astronomie, 
sans  toutefois  en  abuser.  Et,  bien  sûr,  on  n'oublie- 


^mt^çmrtm 


rait  pas   le    spécialiste    de   la  T.  S.  F. 

C'est  si  amusant  quand    on   est  perdu 

sur  les  eaux  de  ne  plus  rien  savoir  du 

monde,  et,  sans  souci  des  contingences, 

de  recueillir  seulement  dans  la  solitude, 

sans  nulle  voile  et  nul  panache  de  fumée 

à  l'horizon,  les    nouvelles  que  lancent 

à   l'espace,  du  bout  de  leurs  fines 

antennes,    les    mille    navires    invisibles 

poursuivant  leur  route  marine... 

Le  grand  plaisir  de  la  vie  à  bord 

est  d'une  extrême  liberté.  Il  y  faut  un 
bar,  avec  la  brillante  nickel- 
lerie  nécessaire  à  la  confec- 
tion des  cocktails,  un  barman 
savant  et  des  bouteilles  de 
Champagne  en  quantité  suffi- 
sante pour  pouvoir  amuser 
les   dames    :    on  en  jette  une 

(bouteille)  par-dessus  bord,  de  temps  à  autre  :  à  une 
certaine  profondeur,  elle  éclate  avec  un  bruit  sourd, 
à  cause  de  la  pression.  —  Il  y  a  naturellement  un 
jazz,  pour  faire  danser,  sur  le  pont,  si  la  mer  est 
calme.  —  Le  principe  sage  est  de  laisser  chacun 
faire  ce  qu'il  veut,  fût-ce  de  rester  seul,  accoudé 
longtemps  sur  le  bastingage,  à  suivre  les  évolutions 
des  mouettes  ou  les  ébats  comiques  des  dauphins 
amis  des  navires,  qui  suivent  le  vôtre  dans  son 
sillage. 

Recommandation  pour  les  dames:    être  vêtues 
de   telle    sorte  qu'elles  n'aient  pas    peur  d'être 


*\ 


mouillées.  Car  on  tombe  à  l'eau  quelquefois  :  voyez  Virginie. 
La  pudeur  fut  cause  de  sa  mort  ;  elle  n'avait  point  voulu 
quitter  ses  habits  et  préféra  d'être  engloutie  plutôt  que  sau- 
vée toute  nue.  Elle  ne  savait  pas  nager.  Avis  aux  têtes  folles 
qui  aiment  les  petits  bateaux. 

Autres  avis  très  importants  :  habillez-vous  comme  vous 
voudrez,  en  mousse,  en  midship,  en  gondolier,  en  barcarol,  en 
scaphandrier,  mais  laissez  le  pilote  tranquille.  C'est  un  homme 
sérieux  qu'il  est  bon  de  ne  pas  jeter  inconsidérément  dans  le 
trouble,  faute  de  quoi,  un  faux  coup  de  barre,  et  vous  voilà 
chez  les  crevettes.  Et  puis,  si  l'eau  commence  à  remuer,  que 
vous  vous  sentiez  un  peu  vague,  n'insistez  pas,  allez  vous 
coucher.  Il  ne  suffit  que  d'une  minute  pour  être  pleinement 
ridicule. 

Emile  Henriot. 


176 


itf 


SAINT-SIMON 


ARMORIAL 

DES   ECRIVAINS   FRANÇAIS 

•g—  '  =8' 

LES  GRANDS   SEIGNEURS    ET  LES   ENVIRONS 


ES    beaux  noms    français    sont    parfois    devenus    de  grands    noms    littéraires, 
quand  ils  se   sont  inscrits  sur  les   couvertures  des  livres.    .Plus  souvent,  des 
personnages  illustres  par  leurs  actions   ou  par  leur  sang   se    sont   montrés  petits 
dans  1  art  de  1  écriture. 

Laissons  La  Rochefoucauld  frappé  par  le  triple  isolement  de  la  misan- 
thropie, du  génie  et  de  la  gloire  :  nous  trouvons  des  grands  seigneurs  infiniment 
variés  dans  la  qualité  au  talent.  .Mais  tous  diffèrent  du  commun  des  littérateurs 
en  ce  qu'ils  ne  laissent  pas  "d'école".  La  dilatation  de  leur  "moi  n  encourage 
pas  la  formation  du  cortège  imbécile,  qui  est  celui  des  disciples. 

Les  écrivains  couronnés  échappent  ainsi  au  triomphe  lacile  de  1  imitation. 
Ils  ont  quelque  chose  de  particulier  dans  leurs  motils  d  écrire  et  gardent 
la  hauteur  d  isolement  dans  le  style,  comme  dans  la  destinée. 

Un  nom  parmi  les   grands    fait  équation   de   génie   avec  les    plus    célèbres 
d  entre  les  gens  de  métier  :  iSaint-Simon  I  Le  terrible  duc,  le  duc  des      JMémoires 
qui   tenait  plus  à  son  duclié    de    i(>35  et    à  1  antiquité,  d'ailleurs  douteuse,  de  sa 


177 


LIGNE 


MIRABEAb 


maison  qu  a  toutes  les  œuvres  écrites,  portait  aux  1  et 
4  de  sable,  à  la  croix  d  argent,  ckargée  de  cinq  coquilles 
de  gueules;  aux  a  et  3  éckiquetés  d  or  et  d  azur;  au 
ckef  d  azur  ckargé  de  trois  Heurs  de  lis  a  or  .11  avait  en 
cimier  cette  forme  de  génie,  cette  originalité  Lissante, 
par  quoi  un  nomme  fixe  sur  son  écu  et  sur  sa  tête  le  rayon  de  1  immortalité. 
La  Cour  de  France  a  été  le  ckamp  merveilleux  où  Saint-Simon  a  enfoncé 
1  acier  de  sa  naine.  Arrackant  la  monarckie  par  la  racine,  desséchant  le  Roi  par 
la  tête,  couckant  dans  la  terre  la  brékaigne  jMaintenon,  1  écrivain  a  la  force  du 
talent,  de  1  invention  et  de  1  imagination  jusqu  à  la  calomnie.  Ces  pages  de 
reportage  séculaire  vivent  par  la  couleur  étendue  sur  le  ckamp  dévasté,  par  cet 
art  de  peindre,  qui  est  tout.  .Les  tons  brusques  et  violents  éclatent  sur  le  ciel 
lavé,  déteint  et  pluvieux  des  classiques. 

Peintre  de  son  temps,  Saint-Simon  reste  de  tous  les  temps  et  précurseur 
des  "modernes      et  des  luturs. 

L  autre  grand  seigneur  qui,  longtemps  après  Saint-Simon,  a  été  le  plus 
loin  dans  1  art  de  1  esprit  Irançais...  n  est  pas  né  Français.  -Mais  il  a  pris  la 
grande  naturalisation  à  toutes  nos  sources  de  clarté  irisée  :  le  prince  de  Ligne  est 
le  plus  spirituel,  parmi  ceux  qui  ont  créé  un  style  vivant  et  mouvant  avec  âcs 
Libertés  dans  la  grammaire  et  des  audaces  dans  le  mot.  Il  se  montre  jusqu'au  fond 
1  être  atteint  de  *  noblesse  ,  maladie  dont  1  kumanité  s'est  guérie  par  les  révo- 
lutions, pour  prendre  en  ce  bain  rouge  d  autres  maux  moins  jolis.  Ligne,  cnargé 
de  duckés,  de  principautés,  de  comtés  portait  les  armes  les  plus  simples,  donc  les 
plus  belles  :       a  or  à  la  bande  de  gueules. 

Cet  esprit  allumé  sur  les  ruines  fait  contraste  avec  un  autre  flambeau 
incertain  du  même  temps.  Riquet  ou  Riquetti  de 
JVLirabeau,  gentilkomme  de  Provence,  marquis  de  ±685 
lut  grand  seigneur  dans  la  laideur,  dans  les  passions  et 
dans  le  culte  voué  à  une  reine.  Ses  armes  étaient  "d  azur 
à  la    bande   d  or,   accompagnée   en  ckef  d'une  demi-fleur 


VAVVENARGVES 


178 


BR0GL1E 


LEVIS 


AUDIFFRET-PASQUIER 


de    lis    du    même    et     en    pointe    de    trois    roses    d  argent 
rangées  en  demi-orle. 

Cette  longue  était  alliée  par  le  sang  à  un  de  ses 
prédécesseurs  dans  les  lettres  :  V  auvenargues.  A.  côté  de 
l'orgueilleuse  et  vilaine  huppe  de  1  orateur,  la  ligure  de  V  auvenargues  laide  à 
effrayer  les  enfants  paraît  douce  et  charmante,  avec  la  latuité  de  ses  tristesses 
et  de  ses  dégoûts.  Ce  marquis  de  173 2  dont  la  maison  est  éteinte,  portait  des 
armes    si    belles   qu  elles    ont   1  air  d  être    léodales  :     '  lascé  d  azur  et   d  argent. 

+    * 

Les  JBroglie,  ducs  et  princes,  montés  au  plus  haut,  de  la  plus  basse  origine, 
ont  donné  des  gens  de  lettres  à  toutes  les  générations.  Ces  œuvres  d  histoire  sont 
égales  par  leur  dégagement  d  ennui.  Ce  ne  sont  pas  leurs  écrits  mais  leurs  vies 
qui  donnent  aux  curieux  des  tentations  de  volupté.  Tous  les  Broglie  sont  dignes 
de  cet  éloge  qu  une  femme  d  esprit  décernait  à  un  académicien  de  ce  nom  : 
"Le  duc  de  Broglie  entre  à  1  Académie  entre  deux  virgules. 

Leurs  armes,  "d'or  au  sautoir  ancré  d  azur  peuvent  se  placer  à  côté  de 
celles  des  Levis-jMirepoix,  plus  nobles  mais  plus  lassant  encore  dans  1  ombre 
de  leur  écu,  "d'or  à  trois  chevrons  de  sable  .  Ils  ont  fait  des  livres  sur  leur 
imaginaire  alliance  avec  la  Vierge  Marie.  Ils  ont  une  réelle  parenté  avec  cette 
gracieuse  jMLUe  de  Levis  qui  a  écrit  un  roman,  sous  ce  titre  :  La  lampe  hle. 
Cependant  un  Levis  a  laissé  de  profondes  'Pensées  *  jMais  il  est  au  ban 
de    la    lamille. 


Pour  trouver  une  littérature  plus  ducalement  efiacée  que  celle  des  Levis, 
il  faut  aller  dans  la  cave  au  duc  d' Audiffret-Pasquier.  Il  fut  de  1  Académie. 
M.ais  aucun  de  ses  collègues  ne  connut  les  titres  de  ses  m 
ouvrages.  Le  titre  de  duc  est  plus  connu.  Il  ne  se  perd 
que  dans  la  nuit  du  temps  de  Louis-Philippe.  L  entor- 
tillement des  armoiries  est  de  trop  longue  lecture. 
Il  suffit  â'en  voir  1  image. 


PIMODAN 


179 


MONTESQUIOU 


Duc  encore,  M.,  de  Pimodan,  duc  du  pape  par  1  kéroïque  fin  du  général! 
Les  vers  du  Êls  ne  valent  pas  la  mort  du  père.  Quant  au  titre  romain  porté 
par  ces  excellents  Français,  il  a  été  reconnu...  en  Bavière,  entre  1870  et  1914. 
Un  enfant  a  racketé  les  mauvais  vers  et  les  méchants  parckemins  en  tombant 
avec  gloire  pour  la  France  dans  la  grande  guerre. 

Les  armes  sont  "  d  argent  à  cinq  couronnes  de  feuillage  de  gueules  s  entre- 
touckant,  accompagnées  de  quatre  mouckes  d  kermine  de  sable. 

Des  Pimodan,  remontons  à  jMontesquiou.  Robert  de  JMontesquiou  a 
donné  un  éclat  viager  à  une  brancke  de  cette  illustre  maison  qui  porte  'dor  à 
deux  tourteaux  de  gueules,  1  un  sur  1  autre. 

Assis  à  I  écart  du  monde  qui  était  le  sien,  Robert  de  JMontesquiou  eut  la 

méckanceté  ouatée  d  une   douairière.    iSon  insolence  était  tempérée  par  la  peur 

des  coups.  Il  ignorait  la  sincérité  dans  la  sensibilité.  JVtais  parfois  il  montait  à 

la  grâce  par  la  reckercke   de  1  impertinence.    Il   est  mort  en   1931,  déjà  oublié 

n  étant  plus   détesté,   semblable  ainsi    à   ces   V  ogue,  dont   nul    ne  sut    quel   était 

1  écrivain,  quel  était  1  ambassadeur.  Car  les  deux  lurent  obscurs  dans  les  académies, 

sous    leur    paradoxal    écu    :        d  azur    au    coq   ckantant    d  or,    crété,    barbé    (ou 

barbant)  de  gueules. 

+        4* 


Après  Vogue  il  n  y  a  plus  rien.  JMais  avant  les  académiciens  des  siècles 
dix-neuvième  et  vingtième  il  y  eut  le  marquis  de  Sade.  Ce  très  grand  seigneur  a 
laissé  un&  réputation  mauvaise  dans  le  monde,  et  1  adjectil  *  sadique  dans  la 
langue  française .  L>es  livres  ont  tous  les  vices,  y  compris  celui  d  être  illisibles  et 
mal  écrits,  dans  un  siècle  où  tout  le  monde  écrivait  agréablement.  La  gloire  des 
Oade  est  moins  dans  leur  littérateur  que  dans  le  souvenir  de  leur  aïeule  Laure, 
muse  de  Pétrarque.  La  pureté  étoilée  de  1  une,  1  imagi- 
nation boueuse  de  1  autre  portaient  également,  "de  gueules 
à  1  étoile  d  or,   ckargée  d  uno.  aigle   de  sable. 

I  el    est  le  bouquet  des  Heurs   mortes,  au   jardin  de 


r 


ancienne  société. 


VOGUE 


Jean  de  BONNEFON. 


18c 


SADE 


il  mmàmm  lui 


PYJAMAS 


D'ENFAN 


T  A  nuit  est  le  domaine  des  petits  enfants;  pour  eux,  la  veille 
encore,  elle  était  la  seule  patrie.  Dans  leurs  premiers 
sommeils,  peut-être  revoient-ils  les  univers  lointains  d'où  ils 
nous  sont  venus,  étrangers  confiants  ayant  élu  le  seuil  de  nos 
demeures  pour  y  connaître  le  prélude  de  leurs  existences 
terrestres. 

Aujourd'hui  j'ai  joué  à  la  maman  avec  le  tout  petit  être 
qui  m'a  été  confié,  pour  quelques  heures,  par  des  amis.  Sans 


181 


doute  ai~je  été  fort  maladroite  en 
ce  rôle  nouveau,  tant  la  fragilité  de 
ce  petit  paquet  blanc  et  rose  m'émeut. 

Pendant  la  cérémonie  du  bain, 
je  l'ai  manié  avec  mille  précautions, 
comme  un  objet  délicat  et  précieux 
que  l'on  craindrait  de  briser;  il  me 
semblait  aussi  que  mes  doigts  auraient 
pu  s'empreindre  dans  ses  chairs 
tendres  et  les  déformer  comme  une 
cire  molle. 

Serait-ce   la  conscience    de   leur 
fragilité    qui    rend    les    nouveau-nés 
si    confiants  ?     Sentent-ils    que    nul 
n'aurait   la   cruauté    de    faire    souffrir    des    créatures 
désarmées  ? 


aussi 


* 


"Mon  fils  dort  et  je  l'admire;  il  dort  avec  ardeur,  il  dort 

avec  application  ;  depuis  les 
bouclettes  de  ses  cheveux,  si 
fins  qu'ils  font  songer  à  un  du- 
vet d'oiseau,  jusqu'aux  ongles 
nacrés  de  ses  orteils  minuscules, 
tout  en  lui  s'abandonne  au 
sommeil. 

Au  matin,  quand  il 
s'éveillera,  il  me  regardera 
avec  des  yeux  étonnés  et  pro- 
fonds   semblant   hésiter   entre 


182 


les    souvenirs   du  rêve  d'autrefois  et  les  réalités  encore  peu 
familières  de  la  vie.  " 

Avez-vous    remarqué    combien   les    tout  petits   enfants 

déploient  d'énergie  dans  tous  leurs  actes? 
Leurs  repas,  c'est  avec  avidité  qu'ils  les 
prennent;  le  lait,  pour  eux,  c'est  de  la  vie 
qu'ils  avalent;  ils  la  réclament  et  l'assi- 
milent par  tous  leurs  pores.  Ils  sont  sans 
répit  à  l'affût  des  nouvelles  choses  qu'il 
faut  apprendre  et  connaître;  ils  écoutent 
autant  avec  leurs  yeux  qu'avec  leurs 
oreilles  ;  ils  aiment  à  voir  autant  avec  les 
doigts  qu'avec  les  yeux.  Et,  comme  rien 
ne  leur  paraît  inaccessible,  depuis  qu'il  y 
a  des  petits  enfants  ils  ont  convoité  la 
lune  qui  est  un  bel  objet  rond  et  luisant 
et  se  balance  à  l'horizon  de  façon  très 
tentante. 

Tout  est  merveilleux  aux  yeux  de  l'enfance.  Un  jardin, 
quel  univers!  les  insectes  aux  pattes  alertes,  aux  ailes  bril- 
lantes ;  la  terre 
qui  craque  sous 
les  pas  ;  les  pâ- 
querettes qu'il 
est  permis 
de  cueillir  ; 
d'autres   fleurs, 


belles  et  parfumées,  qu'il  faut  contempler  avec  respect;  les 
moineaux  qui  piaillent  en  voltigeant  et  parfois  sont  si  proches 
qu'il  serait  aisé  de  les  toucher...  si  soudain  ils  ne  s'effarou- 
chaient;    le  papillon  mort  qui  ne  remue  plus  —  pourquoi? 

Et  la  première  merveille  c'est,  au  début,  se  mouvoir  à 
travers  ce  vaste  monde  sur  des  jambes  très  potelées  et 
malhabiles  encore.  Quelle  ivresse  laborieuse,  quelle  bonne 
volonté  touchante  !  Voyez  les  tout  petits  enfants  tentant  leurs 
premiers  pas  :  ils  ne  rient  pas,  oh  non  !  Ils  attachent  sur  vos 
yeux  des  yeux  sérieux,  réfléchis,  à  cause  de  la  difficulté  très 
réelle  de  cet  acte  grandiose  :  marcher...  vivre... 

Georgette  Berckmans. 


CLAIRS    DE    LUNE 

ET 

DÉJEUNERS     DE    SOLEIL 


ISABELLE,  vos  sœurs  s'étaient  complaisamment  éloignées  et 
leurs  rires  moqueurs,  l'un  après  l'autre,  s'évanouirent  dans 
la  forêt.  Les  cigales,  grisées  de  soleil,  vous  criaient  que  nous 
étions  seuls,  mais  vos  yeux  fixés  sur  la  mer  demeuraient 
comme  elle  immobiles.  Je  pris  votre  main  qui  jouait  avec  le 
sable  de  la  dune,  etla  poussière  brûlante,  entre  nos  doigts  mêlés, 


^85 


coula     comme    un    frisson.    Votre 
épaule    était    si  nue    près   de    mes 
lèvres  qu'un  baiser  étourdi  s'y  posa. 
Pudeur  néfaste,  ô  temps  perdu  ! 
Vous  vous  dérobez  à  ma  joie...  Un 
impondérable  chiffon,  sorti  je  ne  sais 
d'où,  s'ouvre  d'un  vol  effarouché, 
se  déploie  en  mille  fleurettes  et  voile 
à   mes   yeux    désolés    ces   épaules, 
ces    bras,    cette    gorge    surprise    : 
—  «  Isabelle,    cœur    glacé, 
combien   ce  joli  man- 
teau me   déplait  ! 

—  «  Monsieur  qui 
n'y  connaissez  rien, 
ceci  n'est  pas  un  man- 
teau. Dites,  s'il  vous 
plaît,  une  cape  et  pas 
même,  un  voile,  une 
aile,  un  rien  qui  nous 
protège.  Madame 
Lan  vin  a  prévu  les 
soleils  trop  ardents,  les 
tissus  trop  fragiles,  les 
amoureux  trop  indis- 
crets.. .  Ne  voyez-vous 
pas  que  les  mêmes 
dessins  fleurissent  à 
mon  corsage  et  que 
cette  cape  est  une 
petite  sœur  de  ma  robe? 

l86 


J'allais  m'insurger  contre  cette 
petite  sœur,  mais  le  bois  se  rem- 
plissait à  nouveau  d'éclats  de  rire, 
et  la  ronde  moqueuse  se  resserrait 
autour  de  nous. 

Ce  soir-là  vous  parûtes  à  table 
si  imprudemment  décolletée  que, 
tout  le  long  du  dîner,  je  jurai  ma 
revanche.  Vint  l'heure  d'une  pro- 
menade au  clair  de  lune.  Hélas  ! 
Dieu  punisse  les  couturières,  une 
nouvelle  cape  issue 
de  votre  nouvelle 
robe  jetait  encore  la 
nuit  sur  votre  chair. 
Vous  me  le  fîtes 
malicieusement 
remarquer.  Je  vous 
entraînai  sans  mot 
dire  vers  notre  sen- 
tier favori  et,  tandis 
que  nous  errions  à 
travers  les  colonnes 
d'argent  de  la  forêt, 
je  m'appliquai  sour- 
noisement à  dégrafer 
de  vos  épaules  cette 
étoffe  insuppor- 
table. Elle  glissait 
déjà  le  long  de  votre 
nuque,    quand    son 


imperceptible  frôlement  me  trahit.  Un  bond  vous  éloigne  de 
moi,  un  éclat  de  rire  vous  emporte  et,  de  mes  bras  trop  tôt 
triomphants 

Cette  proie,  à  jamais  ingrate,  se  délivre 
Sans  pitié  du  sanglot  dont  fêtais  encore  ivre! 

Isabelle,  vous  vous  êtes  enfuie,  abandonnant  par  dérision 
entre  mes  mains  la  petite  cape  embaumée  qui  causa  tout  notre 
malheur.  Comme  le  faune  mallarméen,  j'emportai  tristement 
vers  ma  retraite  le  voile  de  la  nymphe  perdue.  Je  m'enfonçai 
dans  l'ombre  avec  lui,  je  le  pressai  contre  mes  lèvres,  j'y 
respirai,  toute  une  nuit,  votre  parfum... 

Jean  Labusquière. 


l88 


LE  TON 


DE 


PARIS 


/^'est  le  titre  et  qui  n'a  rien  à  voir  avec  le 
^-^  '  Bon  Ton",  d'une  comédie  de  Lauzun  où 
cet  amateur  élégantissime  esquisse  en  traits 
nets,  secs,  et  pourtant  aimables,  une  suite  de 
tableaux  parisiens,  mêlés  de  grâce  retenue  et 
de  corruption  délicate;  on  dirait  une  suite 
d'eaux-fortes  tirées  sur  satin.  Il  régnait  à 
cette  époque,  chez  nous,  un  esprit  dont  je  vou- 
drais, sinon  tenter  la  définition,  du  moins  noter 
quelques  traits  curieux;  un  esprit  dont  la 
qualité  semble  résider  dans  la  mixture  d'élé- 
ments très  divers  et  comme  opposés.  C'est  le 
moment  où  va  sombrer  dans  le  sang  une  société 
charmante,  usée  à  force  de  politesse,  lente- 
ment corrompue  et  devenue  plus  exquise  à 
mesure  qu'elle  se  fanait  ;  et  où  va  renaître  de 
ses  débris  un  monde  nouveau,  tendre,  ingénu, 
lascif,  enchaîné  au  précédent  par  le  même 
appétit  de  plaisir. 

Dieu  me  garde  de  généra- 
liser, je  ne  veux  parler  ici  que 
d'un  tout  petit  cénacle,  je  ne 
veux  étudier  qu'un  certain  tour 
d  esprit,  — -  le  fruit  que  je 
choisis  a  été  piqué  par  une 
abeille  ;  mais  qui  donc  a  dit, 
que  de  ces  fruits,  la  saveur 
l'emportait  sur  tous  autres? 


Epoque  charmante  où  les  boiseries  sont  ciselées  et  dorées  comme  des 
bagues,  où  les  bras  doucement  infléchis  des  sophas  semblent  s'ouvrir  pour 
des  chutes  moelleuses,  où  parmi  les  festons,  les  guirlandes  et  les  nœuds,  se 
répètent  les  torches,  Tare,  le  carquois,  les  colombes  insatiables,  la  lampe 
gardienne  des  veilles,  les  cœurs  consumés,  tous  les  emblèmes  de  l'amour 
insinuant  et  perfide. 

Les  tailles  sont  devenues  frêles  à  se  rompre  sous  les  doigts  qui  les 
pressent,  les  robes  ont  pris  une  ampleur  propre  à  dissimuler  une  demi- 
douzaine  de  sigisbées,  et  les  chevelures  savamment  entrelacées,  poudrées, 
adonisées,  chargées  de  palmiers  en  plumes,  de  rivières  en  diamants,  ont  dans 
leur  croissance  merveilleuse  l'aspect  de  charmilles,  de  bosquets,  d'arbres  de 
mai.  Les  hommes  ne  sont  pas  moins  épris  de  leurs  catacouas,  de  leurs  ailes 
de  pigeon;  leurs  précieuses  mains  nagent  dans  les  dentelles,  se  nichent  dans 
des  manchons  ;  ils  portent  des  habits  à  fleurs  et  les  talons  de  leurs  souliers 
sont  rouges  pour  souligner  leurs  pirouettes. 

Dans  cette  corruption  que  de  goût,  que  d'apprêts  ;  ce  sont  des  badinages 
mesurés,  légers,  d'esprits  un  peu  exténués,  mais  tellement  fins  et  tellement 
au-dessus  des  babioles  dont  ils  s'amusent  un  moment. 


Aimables  estampes,  cages  entr'ouvertes,  oiseaux 
trop  familiers,  roses  effeuillées  avant  d'être  prises, 
loteries  équivoques  où  Ton  gagne  tout  ce  que  Ton 
désire.  Que  de  lits  défaits,  que  de  rideaux  chiffonnés. 
Amantes  favorisées,  amies  rougissantes,  serins  mignons, 
gimblettes,  figures  découvertes  ou  non...  Fragonardises  I 
Tout  cela  est  un  jeu  de  personnes  très  polies  et  qui 
essaient  de  se  divertir  sans  trop  y  croire. 

Le  ton  de  Paris,  c'est  Chamfort,  celui  des  Afaximes,  le  beau  jeune 
homme  mangé  par  le  ver  et  qui  jetait  sur  des  bouts  de  papier  ces  sentences 
corrosives  : 

"  Il  y  a  telle  femme  qui  s'est  rendue  malheureuse  pour  la  vie,  qui  s'est 
perdue  et  déshonorée  pour  un  amant  qu'elle  a  cessé  d'aimer  parce  qu'il  a 
mal  ôté  sa  poudre,  mal  coupé  un  de  ses  ongles  ou  mis  son  bas  à  l'envers  ". 

Et  encore  :  "  Soyez  aussi  aimable,  aussi  honnête  qu'il  est  possible,  avec 
la  femme  la  plus  parfaite  qui  se  puisse  imaginer,  vous  n'en  serez  pas  moins 
dans  le  cas  de  lui  pardonner  votre  prédécesseur  ou  votre  successeur  ". 

C'est  aussi  Crébillon  fils,  non  celui  du  Sopha  d'un  libertinage  si 
longuement  édulcoré,  mais  celui  des  Egarement  du  cœur  et  de  L'esprit.  Nous  y 
voyons  des  dames  du  meilleur  ton,  galantes  mais  avec  tant  de  nuances, 
gourmandes,  mais  avec  précaution,  se  disputer  la  possession  du  jeune  Meilcour. 

Notons  aussi  ces  Tableaux  deô  mœurs  du  temps  où  le  dévergondage  est 
si  compassé.  Ouvrage  qui  me  fait  penser  aux  gâteaux  dont  les  flancs 
brûlants  dissimulent  une  glace,  laquelle  à  ce  contact  et  à  ce  voisinage  voit 
son  parfum  décuplé. 

"  Vous  m'avez  inspiré  cette  fureur,  déclare  un  des  personnages,  je  vous 
ai  forcée,  mais  je  n'ai  pu  faire  autrement  et  je  vous  en  demande  pardon...  ' 
Le  reste  est  d'une  galanterie  qui  passe  la  mesure  bienséante. 

Ce  sont  tous  les  conteurs  de  la  fin  du  dix-huitième,  tous  les  abbés 
galants,  tous  les  faiseurs  de  contes,  qui  allaient  de  ruelle  en  ruelle  effeuillant 
leur  cœur  avec  les  épîtres  et  les  bouts  rimes  ;  tous  les  favoris,  les 
pensionnés,  tous  ceux  qui  avaient  d'aimables  talents,  des  figures  avantageuses 
et  la  jambe  bien  faite. 

Plus  tard,  c'est  encore  Vivant-Denon,  égoïste,  désabusé  et  toujours 
curieux.  On  connaît  le  début  de  Point  de  Lendemain  :  J'aimais 
éperdument  la  comtesse  de***;  j'avais  vingt  ans  et  j'étais  ingénu;  elle  me 
trompa;  je  me  fâchai;  elle  me  quitta.  J'étais  ingénu,  je  la  regrettai;  j'avais 
vingt  ans,  elle  me  pardonna;  et  comme  j'avais  vingt  ans,  que  j'étais  ingénu, 

191 


toujours  trompé,  mais  plus  quitté,  je  me  croyais  l'amant  le  mieux  aimé, 
partant  le  plus  heureux  des  hommes  ". 

Quelle  friandise  1  C'est  une  cantharide  enfermée  dans  une  dragée  !  J'ai 
gardé  pour  la  fin  les  Liaiéotid  dangereudeé  *—<  ce  grand  livre  où  la  méchanceté 
resplendit  de  tant  de  feux.  Qui  n'aimerait  Valmont  et  ce  beau  serpent, 
cette  cravache  à  pommeau  de  porcelaine  chinoise  :  la  Merteuil?  ces  deux 
âmes  dont  les  détours  s'embellissent  d'une  hypocrisie  de  gala.  Combien  je  les 
préfère  à  cette  présidente  dont  la  froide  rhétorique  fait  espérer  et  attendre 
la  chute,  et  à  cette  petite  fille  qui  perdit  l'appétit  du  plaisir  pour  avoir  un 
peu  badiné  avec  le  diable. 

Cet  art-là  est  inimitable,  désinvolte,  si  froid,  tellement  déguisé  et  de  si 
bonne  compagnie.  Il  faut  remonter  jusqu'aux  PadtoraUé  de  Longus,  pour 
trouver  des  inventions  si  propres  à  réveiller  l'usure  des  sens  et  les  fatigues 
de  l'esprit. 

Ce  ton  vif,  ces  couleurs  si  rouges  sur  les  figures  pâles  des  belles,  ces 
mille  feux  du  jour  qui  s'éteint,  on  dirait  le  duvet  artificiel  que  mettrait  à 
des  fruits  de  marbre  ou  de  cire  un  peu  de  poudre  "  à  la  Maréchale  ". 

George  Barbier. 


OU  VA 

LA  MODE 

VERS    QUELLE    LIGNE 

QUELLE    ÉPOQUE 

QUEL  PAYS? 


ESSAI  DE  DÉLIMITATION  DES 
STYLES  (LA  LIGNE  GRECQUE, 
L'ITALIENNE  DE  LA  RENAISSANCE, 
ET  CELLE,  MODERNE,  DE  1890), 
OU  L'ON  REMARQUE  QUE 
PARAIT  TENDRE,  DANS  SES 
GRANDES  LIGNES,  LA 
MODE  ACTUELLE 


CONTENANT     HUIT 

CROQUIS  DE  ROBES 

MODERNES    INSPIRÉES    D'ÉPO 
QUES     TRÈS     DIFFÉRENTES 


LA  MODE  ET  LE  BON  TON 


■^©^ 


On  se  lamente,  on  désespère  de  revoir 
les  grandes  élégances  d'il  y  a  seulement 
vingt  ans,  et  pourtant  je  ne  crois  pas  qu'à 
aucune  autre  époque  les  femmes  dépensèrent 
autant  qu  elles  le  font  dans  une  seule  saison 
a  présent.  A  quel  moment  les  bas  valurent-ils, 
très  simples,  sans  broderie,  plus  de  cent 
francs  ?  Quand  donna-t-on  mille  francs 
pour  un  chapeau  à  peine  garni  ?  Et  à  quelle 
époque,  une  paire  de  gants  courts  valut-elle 
quarante- cinq  francs  ?  Je  ne  vous  parle  pas 
ici  du  prix  d'une  robe,  ce  qui  alors  dépasserait 
à  tel  point  ce  que  nous  connûmes  de  tous 
temps,  qu'il  est  préférable  de  ne  pas  insister. 
Et  vous  m'allez  dire  après  cela  que  l'élégance 
se  meurt  ? 

Disons  que  le  "  modèle  "  a  tué  l'élégance, 
cela  serait  plus  juste,  mais  reconnaissons  au 
moins  que  l'amour  du  luxe  est  plus  vivace 
que  jamais,  que  la  recherche  dans  le  détail 
est  absolument  exquise  et  que  le  joaillier  et 
le  fabricant  de  sacs,  de  cannes  et  de  tous 
les  bibelots  qui  composent  notre  toilette 
n'ont  jamais  eu  autant  à  faire  et  à  créer.  Et 
donnons  en  même  temps  un  bon  point  à  la 
femme  française  qui  peut  se  maintenir  au 
milieu  de  ce  désarroi  économique  et  qui 
conserve  malgré  tout  la  suprématie  de  son 
goût  et  de  son  élégance. 

Dans  son  jardin  dessiné  à  la  française, 
autour  des  parterres  aux  fleurs  bleues,  la 
comtesse  E.  de  Beaumont,  recevait  par  un 
temps  merveilleux  ces  jours-ci.  On  dansait 
dans  le  grand  salon,  tandis  que  le  goûter 
servi    sous    une    tente,    créait    une    allée   et 


venue  chatoyante  et  charmante.  De  plus  en 
plus  la  taille  se  signale  très  basse,  des  franges 
traînent  à  terre  d'une  manche  attenante  au 
corsage;  mais  ce  qui  est  caractéristique,  c'est 
la  longueur  souple  des  jupes  qui  ont  l'air  de 
pendre  sur  leur  contour,  juste  au  ras  du  cou- 
de-pied. 

Mme  des  Montiers  fit  sensation  dans  une 
robe  unie,  étroite,  noire,  dont  le  col  droit  et 
très  large  comme  une  fraise  et  les  parements 
étaient  faits  de  tulle  coulissé,  plus  resserrés 
au  poignet  que  vers  la  saignée.  Le  petit 
chapeau  Henri  II  accompagnant  cet  ensemble 
était  vraiment  chic. 

M  e  Sorel,  très  simple,  dans  une  robe 
de  crêpe  à  fleurs,  noir  et  blanc,  avait 
beaucoup  d'allure  sous  son  chapeau  de  paille 
d'Italie  couronné  de  roses  blanches. 

La  maîtresse  delà  maison  en  soie  "grège" 
entièrement  brodée  de  perles  assorties  dis- 
posées en  longueur,  portait  un  chapeau  sans 
garniture,  peint  à  la  main,  de  couleurs  vives, 
très  original,  mais  ce  qui  était  surtout 
caractéristique,  c'était  un  collier  de  diamants 
et  saphirs  suspendu  au  milieu  du  corsage  en 
hauteur,  tombant  libre  jusqu'à  la  taille. 
Nous  avions  vu  déjà  la  duchesse  de  Gramont 
porter  un  bracelet  de  cette  manière. 

Le  goût  de  la  maîtresse  de  la  maison  se 
distingue  dans  tous  les  détails  de  ses  réceptions 
qui  nous  donnent  chaque  fois  une  série  d'idées 
nouvelles  :  comme,  par  exemple,  la  manière 
de  disposer  les  fleurs  coupées,  sur  les  ter- 
rasses et  sur  les  balustrades.  De  grandes 
vasques  marocaines  immenses,  avec  de  l'eau 
figurant  comme  un  petit  bassin,  ont  sur 
l'un  des  cotés,  baignant  à  peine,  un  ou  deux 


194 


gros  bouquets  de  roses  liées  comme  si  par 
hasard,  on  avait  laissé  là  les  fleurs  pour  les 
reprendre  tout  à  l'heure.  D'autres  fois,  sur 
le  rebord  d'un  meuble,  de  beaux  lis  sont 
couchés,  alanguis  et  pleins  de  poésie  :  '  Pre- 
nez-moi "  ont-ils  l'air  de  dire  à  celles  qui 
passent  et  qui  les  admirent  ;  c'est  du  reste 
ainsi  que  finissent  ces  fleurs  superbes,  vers 
la  fin  de  la  réception,  quand  la  musique  tue, 
on  s'éternise  à  causer  dans  le  crépuscule  de 
quelque  magnifique  journée  d  été. 

Les  lumières  de  couleurs  dansent  au 
balancement  de  la  branche,  le  jardin  est 
dans  la  complète  obscurité  et  les  femmes 
aux  robes  scintillantes  se  dessinent  en  éclats 
de  lucioles  dans  l'atmosphère  de  fraîcheur 
et  de  grandeur  du  parc  monumental.  La 
comtesse  d'Ormesson  reçoit  ce  soir  dans  cette 
demeure  exquise,  ancienne,  d'un  parfum 
désuet  et  pénétrant  ;  les  salons  éclairés  aux 
bougies,  les  chambres-bibliothèques  par  où 
l'on  accède  du  parc,  par  un  petit  pont  de 
pierre,  tout  cela  très  différent  de  ce  que  nous 
voyons  chaque  jour  et  si  beau  de  lignes. 

Les  voitures  gagnaient  le  perron  par 
l'entrée  des  petits  pavillons  Louis  XIII,  et 
longtemps  avant  que  les  voitures  n'arrivent  à 
la  maison  on  apercevait  leurs  lumières  gran- 
dissantes progressivement  par  les  chemins  a 
travers  bois;  l'effet  était  exquis.  Dans  les 
salles  de  danses,  le  rose,  le  mauve  et  le  blanc 
avaient  tué  le  noir,  que  seules  quelques  rares 
femmes,  ne  se  décident  jamais  à  quitter. 
Mme  d'Ormesson  en  rose  vif;  sa  sœur,  la 
comtesse  de  Kergorlay  en  blanc,  sans  bijoux. 
La  duchesse  de  Gramont  en  robe  de  satin 
"  ivoire  "  ornée  des  petits  miroirs  chers  à 
l'époque  des  Médicis. 

Mme  Verdet  de  Lisle,  très  originalement 
habillée  en  Infante  :  satin  vert  pâle  avec 
effet  de  vertugadin  et  coiffure  très  tirée  en 
arrière.  La  duchesse  de  Trévise  en  mauve, 
fine  et  souple,  coiffée  d'un  superbe  diadème 
de  saphirs.  La  comtesse  de  Vogue  en  blanc 


et  coiffure  de  Bacchante  dans  ses  cheveux 
noirs.  La  comtesse  de  La  Rochefoucaud  en 
rose  brodé  de  cristal,  des  diamants  dans  les 
cheveux,  ainsi  que  Mlle  de  Yturbe  en  lamé 
vert  et  rose,  la  ceinture  faite  d'une  natte  de 
ruban  rose  et  vert. 

Pour  le  feu  d'artifice  on  s'enveloppa  de 
ses  manteaux  tous  de  lamé  ou  de  velours 
clairs,  doublés  de  fourrure  ;  aucun  n'était 
noir. 

4*    4* 

Le  Derby  fut  splendide,  les  pelouses 
envahies  de  bonne  heure  ;  mais  seule  la 
tribune  des  Sociétaires  montrait  quelques 
élégances  :  la  jeune  duchesse  de  Crussol  en 
crêpe  "ocre"  sur  fond  noir,  coiffée  d'un 
immense  chapeau  de  paille  brillante,  avec 
papillon  de  Chantilly,  avait  une  silhouette 
charmante  comme  sa  belle-sœur,  la  comtesse 
de  La  Rochefoucaud,  en  crêpe  à  fleurs  noir 
et  "ocre",  également  coiffée  de  noir  mais 
avec  voile  de  Chantilly  tombant  derrière. 
Mme  Georges  Menier,  avec  la  robe  de 
Vionnet,  en  crêpe  blanc  à  fleurs  des  champs, 
idéale  de  beauté  sous  sa  paille  blanche,  à  peine 
ceinturée  de  ruban  coulissé.  Une  ombrelle 
d'un  rose  vif  tranchait  sur  cet  ensemble 
pâle.  Pâle  aussi  celui  de  Mme  Hanraux  en 
mousseline  à  pois  et  brodé,  éclairé  par  une 
garniture  de  jade,  en  ceinture,  boucles 
d'oreilles,  et  colliers  retombant  par  trois 
rangs  à  la  fois.  Du  reste,  la  mode  de  ces 
parures  de  pierre  de  couleurs,  se  retrouve  sur 
quantité  de  robes  blanches  cette  saison,  et 
c'est  ma  foi  très  gai. 

Vous  dirai- je  que  de  moins  en  moins  le 
juponnage    se    fait    sentir?    Vous   le    savez 

mieux   que   moi mais    ce   que   vous    ne 

savez  pas,  peut-être,  c'est  le  nombre  de 
femmes  qui,  au  Derby,  nous  montrèrent  dans 
la  transparence  des  mousselines,  de  jolies 
jambes,  absolument  parfaites  ? 

Si  je  vous  rencontre  un  jour,  en  tête  à 
tète,  je  vous  promets  de  vous  le  dire  1. . . 

J.  R.-F. 


195 


4* 
4* 
* 

4* 

* 
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Explication    des     Planclies    Hors  -  1  exte 

CONTENUES     DANS     LE     NUMÉRO     6 


VjAAAAAAAA»/ 


Pi 


7*rvrrrYrTÎ\ 


lanche  41.   —  L'Été,  composition  de  Charles  Martin. 

4* 

Planche  42.   —   Cette    robe    pour    Les    bains    de    mer    est 
faite  dans  le  lainage  de  Rodier  "  chevrons  laine  " . 

4* 

Planche  43.    —  La  robe  d'été  est  de  Dœuillet  ;  le  veston,  de  Larsen. 

4* 

Planche  44.  —  Une  robe  d'après-midi,  de  Béer.  La  jaquette  pour  les 
courses,  de  Kriegck, 

4- 

Planche  4S.  —  Robe  d'après-midi  et  robe  de  fillette,  de  Jeanne  Lanvin. 
La  robe  est  en  vermeil  violine;  ceinture  de  petites  roses  en  même  tissu;  grand 
col  de  tulle  du  même  ton,  garni  de  ruche  vermeil.  La  robe  d'enfant  est  en 
crêpe  de  Chine  blanc,  broderie  fine  en  moire,  gros  nœud  vert  sur  le  côté. 

Planche  46.  —  Tailleur  de  Martial  et  Armand.  Le  pardessus  est 
de  Lus  et  Befve. 

4* 

Planche  47 •    —   De  Paul  Poiret,  un  manteau  pour  le  soir. 


Planche   48.  —  De  Worth,  une  robe  dusoir  en  mousseline  cirée  noire, 
brodée  de  perles  corail  et  or,  avec  grand  motif  de  oierres  précieuses. 


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L'ÉTÉ 


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Année    1Q22.  —  Planche  41 


SUZANNE   ET   LE  PACIFIQUE 

ROBE  DE   BAINS    DE   MER,     EN    "CHEVRONS    LAINE"    DE    RODIER 


#°  6  de  U  Gazette  Du  Bon   Ton. 


Année  1922.  —  Planche  42 


- 


LA    CALINE 

ROBE  DE  DŒUILLET 
VESTON    DE    LARSEN 


^°  6  de  La  Gazette  du  Bon  Ton. 


Année  1922.  —   Planche  45 


n 


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LONGCHAMP 

ROBE  D'APRÈS-MIDI,    DE    BEER 

JAQUETTE   POUR    LES    COURSES,    DE    KRIEGCK 


i^0   6  de  la   Gazelle  dit  Bon   Ton. 
Année  1922.   —  Planche  44 


LE   NID   DE   PINSONS 

ROBE   D'APRÈS-MIDI    ET    ROBE    DE   FILLETTE,    DE  JEANNE   LANVIN 


M0  6  delà  Gazette  du.  Bon  Ton. 


Année  192a.   —  Planche  ^5 


u*. 


JJU^u>J)çUi-, 


L'ENTREVUE   MATINALE 

TAILLEUR,    DE    MARTIAL    ET.  ARMAND 
PARDESSUS,    DE   LUS    ET    BEFVE 


Ïϰ  6  de  la  Gazette  du  Bon  Ton. 


Année  1922.   —  Planche  46 


LA   GLACE 


OU 


UN    COUP  D'CEIL   EN    PASSANT 

MANTEAU  DU  SOIR,  DE  PAUL  POIRET 


A0  6  de  la  Gazelle  du  Bon  Ton. 


Année  1922.   —  Flanche  47 


ESPÉREZ 

ROBE   DU    SOIR,    DE    WORTH 


A  °  6  de  la  Gazette  du  Bon   Ton. 


Année  1922.   —  Planche  48 


M-/ 


GRECQUE 


JV°    6    de    la    Gazelle    du    Bon    Ton 
Année    1922.    —    Croquié   N°  XLI 


ë 


*  V 


V 


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GRECQUE 


JV°    6   de   la    Gazelle   du    Bon    Ton 
Année  1022.  —   Croqu'u  N°  XL  II 


RENAISSANCE 
1  ITALIENNE 


JV°   6    de    La    Gazette    du   Bon    Ton 
Année  1922.  —  Croauû  N°  XLIII 


RENAISSANCE 

JTAT.TWMTVTT? 


N°    6    de   la    Gazelle   du    Bon    Ton 


—X, 


>VK)S36  JJT22. 


JpnA,TP    ""- 


JV°    6    de    la    Gazelle   du    Bon    Ton 

o    YTTS 


JÊÊÊÊÉÊm 


ÉPOQUE    1890 


N°    6    de   la    Gazelle    du    Bon    Ton 
Année  1Q22   —    CroquU  N°  XL VI 


àPOOlJF.    ififi-r 


N°    6    de    La    Gazette   du   Bon    Ton 


* 


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KPOOTIP-     ,«*, 


N°    6    de    La    Gazette    du    Bon    Ton 


LA 


CITROËN 


ET     LES     SPORTS 


LE    POLO 


XXV11 


0^^ 


W°5 

AD  SOMMAIRE 

JEAN  GIRAUDOUX  -  PAUL  MORAND 
GEORGES  GABORY  -  LABOUREUR 
MICHEL  DUFET  -  BAKST  -  MARIE 
LAURENCIN  -  PAUL  THEVENAZ 
PUGET  -  DE  LANUX  -  GHANA  ORLOFF 
GUSTAVE  KAHN  -  E.  HENRIOT  -  JEAN- 
LOUIS  VAUDOYER  -  MADAME  ODIC 
KINTZEL  ET  LES  ARCHITECTES  ET 
LES  DÉCORATEURS  DU  TH.  DAUNOU 

PRIX    DU    NUMÉRO.    20^ 
ABONNI  AUX  SIX  N^    90^ 


PUBLICATIONS    LUCIEN    VOGEL 

11,    RUE    SAINT-FLORENTIN,    PARIS 


XXVU  1 


TL  y  a  sept  cent  cinquante  louis  au  banco.   On  peut  taire  ! 

Le  croupier  Lrun,  sa  palme  de  bois  mince  et  Irangée  au 
repos,  appelle  les  clientes.  La  joueuse  attend,  d  un  air  morne  et 
vague,  ses  perles  rytkmant  d  une  oscillation  les  courtes  goulées 
de  fumée  qu'elle  aspire  et  rejette  en  un  mince  filet.  Elle  a  la 
main  sur  le  saoot  prête  à  donner  le  départ  au  destin,  sous  la 
forme  dune  carte  rose  qui  s  olire  à  la  vie. 

. — >    On  peut   faire,  répète  le  croupier   de  sa  voix  salariée. 


CH  <=>  5TZ+-. 


197 


Copyright  September  1922,  by  Lucien  P^ogeL,  Pané 


Alors  une  grande  créature  avec  des  hanches  qui  roulent  comme  ses  épaules, 
une  grande  créature  s  approche  et  dit  : 

. — -    Banco  ! 

Avec  la  table/  Non!  oeule...  Elle  veut  être  seule.  Elle  affronte  cette  Elle 
brune  qu  elle  connaît  de  vue  et  de  réputation,  dont  les  amours  1  agacent,  dont  elle 
jalouse  les  vices.  JLa  main  tine  et  lasse  où  une  grosse  perle  semble  endormie  (il 
est  si  tard  !)  tire  le  bristol  rose  et  le  lait  glisser  sur  la  nappe  verte  ;  puis  une  carte 
bleue  ;  puis  une  bleue  encore  et  une  rose  enfin,  tendre  et  lisse.  La  grande  créature, 
à  peine  penchée,  relève  ses  deux,  cartes  de  la  même  main,  les  dresse  jusqu'à  la 
hauteur  de  ses  yeux  et  demande  : 

. — ■    Carte  i 

JLa  joueuse  assise  retourne  les  siennes,  les  abat  sans  dire  mot,  regarde  ailleurs. 

—  Huit,  annonce  le  croupier. 

L/a  grande  créature  lance  une  liasse  de  dix  mille  francs  étranglés  dans  un 
élastique,  puis  cinq  autres  billets  plies  en  quatre.  Elle  s'éloigne,  impassible, 
d  une  démarche  virgiJienne,  mais  elle  sent  que  les  dieux  sont  contre  elle  et  un  petit 
malaise  court  sous  sa  robe  molle  et  lui  irrite  la  peau.  L  autre  est  toujours  collée  à 
la  table,  continue  de  fumer,  rassemble  devant  elle  son  attirail  de  platine  et  d'or 
submergé  sous  les  plaques  de  cinq  louis.  Près  du  porte-cigarettes  et  de  la  boîte  à 
poudre,  repose  sur  ses  quatre  jambes  massives,  un  éléphant  d'or  et  de  diamants, 
un  éléphant  minuscule  offert  par  un  maharadjah,  oublieux  parmi  nous  de  ses 
royaumes  et  de  ses  disciplines. 

Une  lumière  dure  traverse  la  fumée  et  vient  s'aplatir  contre  la  table. 

— -     Vingt  mille  francs  au  banco. 

Banco  ! 

Celle-là  est  attablée,  elle  aussi.  Elle  est  fardée  et  grasse.  Ses  ckairs  croulent 
sur  Je  tapis  où  ses  bras  flasques  et  ses  mains  courtes  font  deux  coulées  de  graisse. 
Oon  cou  tavelé  de  petites  taches  violettes  immobilise  cent  mille  dollars  de  perles. 
Un  chapeau  imprévu  avec  des  plumes  follettes  couvre  sa  transformation  trop 
jaune.  On  la  sent  livrée  au  jeu  sans  détachement.  L  argent  autorise  tous  ses 
désirs.  -Mais  I  argent  ne  plie  pas  le  hasard  à  son  caprice,  ne  1  asservit  pas  à  ses 
appétits,  m  à  sa  chair  vieillie.  Elle  joue.  Elle  perd.  Elle  a  moins  de  dignité  et  de 
patience  que  la  grande  créature,  en  route  vers  une  autre  infortune.  Elle  rejette 
les  trois  cartes  qui  marquent  sa  défaite  et  regarde  la  victorieuse  de  ses  yeux 
charbonneux  et  malsains. 


198 


^  M% 


C  H  a  ST  £-  U 


. — -     Suivi  I 

Elle  réclame  un  nouveau  banco  Je  vingt  mille  lrancs.  Que  lui  importe  1 
Elle  a  pris  la  suite  de  son  mari  mort  1  an  passé,  et  qui  taillait  d  une  main 
tremblante  de  whisky .  Qu  est-ce  que  vingt  mille  lrancs  pour  ses  millions  ?  Elle  les 
perd  encore,  mécontente  non  de  la  perte  mais  de  perdre  et  que  ces  cartes  roses  et 
Lieues  soient  moins  dociles  à  sa  volonté  que  le  jeune  nomme  blond  qui,  derrière  le 
laquais  cubique,  la  regarde  tailler. 

Alors  elle   commande  au  laquais  un  sherry,    le   quatrième  de  la  nuit,   et 
dwich.   L  homme   galonné   aux   épaules  carrées  disparaît,  laissant  derrière  lui 

traîne  d  obséquiosité.  11  revient  bientôt,  tendant  le  rubis  liquide  et  le  jamb 
pâle  entre  les  deux  leuilles  de  mie  de  pam.  Elle  les  engloutit  en  hâte,  pressée  d 
revenir  au  jeu.  jVi.ais  la  gagnante  se  lève,  lisse  de  sa  longue  main  sa  chevelure 
brune  et  plate,  se  remet  un  peu  de  poudre,  range  1  éléphant  dans  sa  grande  écurie 
de  soie  jaune,  et  part  avec  un  onduleux  adolescent  vers  le  dancing  bruyant  et 
mélancolique . 

GÉRARD    BAUËR 


san 
une 


un 
lui 

on 

e 


RUISSEOLA  CLOKY  ou  vestes 

ET     MANTEAUX     ASSORTIS,     COMBINÉS 
DANS   DES    TISSUS    NOUVEAUX  DE   RODIER 

~"\ÉJA  la  Terre  —  Nature,  qu'as-tu  fait  de  ton  été  cette  année  ; 
pour  quand  est-il?  —  déjà  la  Terre  ayant  accompli  de 
la  trajectoire  en  forme  d'ellipse  qu'elle  décrit  la  partie  du 
trajet  qui  correspond  à  l'été,  tant  pis  s'il  a  plu  tout  le  temps, 
tant  pis  s'il  a  fait  plus  froid  qu'en  février,  nous  n'avons  rien  à 
réclamer  et  nous  devons  tenir  l'été  pour  reçu. 

A  présent,  le  moment  étant  venu  où  elle  doit  se  placer 
dans  sa  course  d'une  certaine  manière  qui,  selon  la  loi  du 
cosinus  de  l'inclinaison  (qu'ils  disent,  les  savants)  a  pour  effet 
de  lui  faire  recevoir  plus   faiblement  les    rayons    du    soleil, 


201 


comptez  qu'elle  se  placera  précisément  avec  la  plus  grande 
docilité  dans  cette  position,  au  lieu  de  se  relever  un  peu 
pour  les  recevoir  en  plein,  ce  que  tout  le  monde  ferait  à  sa 
place. 

Ou  —  bien  mieux  —  si  elle  tournait  brusquement  à 
droite...  Tous  les  calculs  faussés,  quelle  révolution  parmi 
les  lunettes  indignées,  entraînées  malgré  elles  dans  la 
trajectoire  subversive  !  Et  les  sans-fil  de  s'affoler  d'une 
extrémité  du  monde  à  l'autre  extrémité  :  «  Allô,  l'Amé- 
rique, qu'est-ce  qui  se  passe,  voyons  ?  Nous  avons  Altaïr 
(ou  Orion,  ou  toi,  verte  Vénus)  à  gauche  au  lieu  d'à  droite. 

Et  vous?  —  Nous  comme  vous... 
Phénomène  dépassant  l'enten- 
dement. . .  Température  élevée  (ou 
abaissée)  de  trente  centigrades  en 
huit  secondes...  Que  dit  Obser- 
vatoire de  Paris?  » 

Mais  cela  n'arrivera  pas. 
Nous  allons  vers  l'hiver,  mes 
bons  amis,  au  petit  trot  d'une 
vieille  planète  dénuée  de  fantaisie, 
dépourvue  d'imagination  et  qui 
ne  veut  rien  connaître  en  dehors 
de  son  devoir.  Tant  pis.  Apprêtez- 
vous  donc.  Les  toits  vont  se  couvrir 
de  neige  ;  la  bise  soufflera,  glacée, 
dans  les  arbres,  dans  les  squelettes 
des  arbres  plutôt,  dépouillés,  tout 
nus,  réduits  à  l'état  de  raides  cadavres 
noircis  —  qui  cependant  reverdiront, 
reviendront  à  la  vie...  Patience! 


As» 


Agnella 


202 


Mesdames,  que  vous,  du  moins,  soyez  belles  pendant 
cette  période  de  deuil.  Vous  vous  parerez  pour  nous 
consoler,  durant  le  mauvais  voyage,  de  la  lumière  perdue  ; 
vous  êtes  notre  espoir,  nos  yeux  sans  cesse  attachés  sur 
vous  ne  vous  quitteront  pas.  Voyez  ici.  Rodier  vous 
fournit  les  moyens  de  revêtir  de  façon  changeante  la  seule 
forme  tangible  que  nous  donnions  au  mot  :  bonheur. 

Si  vous  n'y  étiez,  c'en  serait  fait,  je  quitterais  la 
Terre.  Je  ne  souffrirais  plus  d'être  entraîné  dans  sa  course 
toujours  la  même,  comme  dans  celle  d'un  autobus  fantôme 
ne  stoppant  à  nulle  station,  et  dont  ce  serait  bien  le  diable 
tout  de  même  si  l'on  n'en  pouvait  descendre 
pendant  la  marche...  «Conducteur,  je 
descends  ici...  Terre,  tu  ne  veux  pas 
t' arrêter,  eh  bien,  je  saute  !  » 
Et  je  sauterais. 
Et  puis,  une  fois  libre, 
je  me  mettrais  à  tourner 
autour  du  soleil  aussi  près 
qu'il  serait  possible  sans 
courir  le  risque  d'être  frit, 
satellite  nouveau  et  point  de 
mire  de  toutes  les 
lorgnettes  de  toutes  les 

sociétés   savantes   de   toutes 

les  parties  du  monde  ;  je  me 

mettrais  gravement 

à  graviter  tantôt 

vite,  tantôt  plus  len- 
tement, à  mon  gré, 

faisant   la    rotation 


îo3 


Vagucô  Cloquellor 


sur  moi-même  quand  ça  me  plairait  et  cessant  de  la  faire 
quand  ça  ne  me  plairait  plus.  Et  puis,  satellite  unique  en  son 
genre,  je  crois  bien,  dans  toute  la  création,  étonnement  et 
admiration  des  mondes  mes  confrères  :  astres,  étoiles,  planètes, 
globes  et  autres  boules,  quand  je  serais  las  de  tourner  dans  un 
sens,  je  ferais  la  chose  la  plus  naturelle  :  Je  me  retournerais 
et  partirais  de  l'autre  côté. 

Celio. 


Arabuilor 


JLeiS    Jolis 

NÉCESSAIRES 


13.  / 


recau  fions 


pour 

trams 
la 
pou  dire 


er 


.# 


Quand  on  les  rassemblera  plus  tard,    comme  on  a  fait  à  notre  époque 
pour  les  boîtes  et  les  étuis  du  xvme  siècle,  on  sera  étonné  de  la  variété 
ingénieuse  et  du  raffinement  somptueux  des  nécessaires  féminins  actuels. 
Jamais  nom  ne  fut  mieux  adapté,  jamais  objet  ne  fut  plus  utile. 

Il  faut  qu'une  femme  emporte,  le  soir  surtout,  quelques  objets,  quatre 
ou  cinq,  mais  dont  elle  ne  peut  se  passer.  D'abord  son  miroir,  sa  poudre  et 
son  rouge,  ce  qui  sert  discrètement  non  à  maintenir  ni  à  relever,  mais  à 
souligner  sa  beauté,  l'une  adoucissant  ses  traits,  l'autre  dessinant  sa 
bouche,  pour  que  son  visage  oiïre  surtout  aux  regards  qu'il  veut  séduire 
ses  yeux,  où  va  luire  son  esprit,  ses  lèvres,  où  commencent  les  voluptés  ; 
pas  de  noir  pour  les  paupières,  qui  assomme  le  regard,  l'appauvrisse, 
l'enfonce  et  semble  vider  les  orbites  ;  son  mouchoir  si  fin,  si  ténu,  si  trans- 
parent, fait  uniquement,  dirait-on,  pour  retenir  au  bord  des  paupières  une 
émotion  mal  contenue  ;  une  clé  minuscule,  s'il  le  faut.  Les  hommes  qui  l'accom- 
pagneront auront  pour  elle  des  cigarettes  et  de  l'argent,  naturellement.  Il 


îo5 


ne  faut  pas    qu'elle  ait  d'autre   souci    que    de    conserver   son  éclat  et  d'en 
disperser  la  joie. 

Mais  ces  objets,  même  réduits  en  nombre,  il  faut  qu'elle  les  porte  avec 
elle.  Où,  dans  ces  robes  souples  et  légères,  dont  il  faut  conserver  la  ligne 
et  qui  posent  sur  son  corps  que  le  linge  recouvre  à  peine?  La  poche  est  finie 
la  poche  ancestrale,  dans  la  jupe  ou  le  jupon.  Dans  le  jour  le  sac  la  rem- 
place, mais  c'est  gros,  c'est  lourd  pour  le  soir.  Et  dans  ce  sac  même,  où 
il  faut  bien  enfermer  des  papiers,  des  échantillons,  un  carnet  pour  les 
courses  du  jour  et  les  visites,  on  ne  peut  mettre  pêle-mêle  les  accessoires 
de  sa  beauté.  Le  nécessaire  y  prend  sa  place  et  c'est  lui  seul  qu'on  emporte 
avec  soi,  le  soir,  dans  les  heures  qu'on  voudrait  ne  consacrer  qu'à  son 
plaisir. 

Alors  on  s'ingénie  à  ce  qu'il  soit  petit,  commode,  et  surtout  élégant.  Il 
faut  qu'il  accompagne,  sans  le  gêner  ni  l'alourdir,  le  geste  joli  de  la  femme 
qui  se  poudre  devant  son  miroir.  Il  faut  surtout  qu'il  soit  assorti  à  cet 
ensemble  décoratif  qu'est  une  femme  en  robe  du  soir,  dans  ces  tissus  de 
soie,  avec  ses  perles,  ses  bagues,  son  bandeau,  ses  parures  qu'elle  arrive 
peu  à  peu  maintenant  à  varier  et  à  combiner  pour  la  couleur  et  la  forme 
de  ses  robes.  Quand  ce  nécessaire  est  ouvert  et  qu'elle  se  regarde  dans  son 
miroir,  tous  ses  voisins  le  voient  et  jugent  du  goût  de  celle  qui  s'en  sert  à 
la  façon  dont  il  est. 

On  ne  le  fait  plus  qu'en  matières  précieuses  :  or  ou  platine,  s'il  s'agit  de 
métal,  en  pierres  dures,  cristal  de  roche,  agathe  mousseuse,  néphrite,  jaspe, 
améthyste,  corail,  lapis.  On  combine  des  décors  d'émail  très  simples,  des 
lignes  qui  jouent  sur  le  métal  et,  en  y  mettant  leur  éclat  chaud,  diminuent 
l'aspect  froid  ou  "  enrichi  "  qu'a  l'or  employé  seul.  On  y  dessine  des  motifs 
en  pierres  calibrées,  diamants,  rubis,  émeraudes,  saphirs  et  onyx,  dilficiles 
à  employer  si  on  veut  éviter  l'alignement  d'une  boutique  de  joaillier  et  dont 
1  harmonie  des  tons  est  si  amusante  à  chercher.  On  peut  graver  ces  pierres 
dures,  en  faire  des  mosaïques,  les  souligner  par  de  l'émail  encore  ou  les  sertir 
par  quelques  lignes  de  brillants,  discrètes  et  fines,  qui  en  font  luire  la 
couleur. 

Les  formes  en  sont,  comme  les  couleurs,  amusantes  et  variées  à  l'infini, 
tantôt  venant  de  ces  pendentifs  de  la  Renaissance,  tantôt  de  ces  boîtes 
d  Extrême-Orient.  Le  nécessaire  à  six  pans  est  devenu  presque  classique, 
suspendu  à  son  bâton  de  rouge.  Celui-ci  constitue  le  problème  de  ces  néces- 
saires :  le  loger  pour  qu'on  l'ait  toujours  sous  la  main,  facile  à  prendre.  On 
a  résolu  la  question  en  le  prenant  comme  support  et  on  en  a  fait  l'attache 

206 


où  se  suspend  le  nécessaire  et 
qu'on  maintient  dans  sa  main. 
Une  fermeture  à  baïonnette,  au 
centre  de  l'étui,  et  le  bâton  est 
là,  tout  prêt  à  caresser  les  lèvres. 
C'est  plus  commode  évidemment 
que  l'étui  à  ressort  qu'on  met 
dans  un  côté  du  nécessaire  et 
dont  il  faut  extraire  le  rouge. 
Les  intérieurs  sont  exacts, 
ajustés,  les  charnières  à  peine 
visibles,  les  surfaces  des  cou- 
vercles planes  et  polies,  sans 
une  ondulation,  et  les  ferme- 
tures hermétiques,  avec  des 
frottements     doux    qu'on    peut 


207 


manœuvrer  sans  effort  et  qui  doivent  empêcher  la  poudre  de  se  répandre. 
Comme  au  xvme  siècle  pour  le  tabac,  qui  ne  devait  ni  s'évaporer  ni  s'échapper, 
on  a  dû  maintenir  la  poudre,  pour  qu'elle  conserve  son  parfum  et  ne  ternisse 
pas  la  glace  qu'elle  accompagne,  sans  laquelle  elle  ne  peut  servir.  Les  progrès 
faits  à  cet  égard  dans  la  technique  de  ces  objets  sont  curieux  depuis  ces 
dernières  années,  et  les  meilleurs  artisans  parmi  les  ouvriers  bijoutiers,  ceux 
qui  ont  conservé  le  goût  de  l'effort  patient  et  du  travail  achevé,  se  sont 
disposés  à  cet  art  de  la  boîte  et  sont  devenus,  en  terme  de  métier,  des 
"  boîtiers  ". 

Ainsi  s'est  développée  toute  une  création  d'objets  nouveaux  dont  une 
femme  ne  peut  plus  se  passer.  Le  nécessaire  actuel,  qui  est  si  intimement 
lié  aux  aspects  successifs  de  la  femme  moderne,  doit  varier  avec  eux.  Quel 
charmant  et  amusant  symbole  d'une  liaison  heureuse  et  prolongée.  Quel 
exquis  cadeau  pour  en  marquer  les  étapes,  les  anniversaires,  les  rencontres 
joyeuses,  les  modulations  et  les  apaisements.  Comme  on  peut  les  assortir  au 
visage  longtemps  contemplé,  aj^caractère,  à  Yjs&apfe,  aux  enrichissements  du 
goût  et  de  la  sensibilité  de^la  femme  qu^oii  aini^/Ët  c'est  une  joie  pour  un 
amant  fidèle  et  rafifiné^que  de^combineç-àin^i  a^pcs  dates,  qu'il  aime  à  marquer, 
ce  qui  témoignera  sa  pensée  constate  eple/édlte  fervent  qu'il  rend  à  son  amie. 


Robert  Linzeler. 


2CK 


LES     SURPRISES    DE    L'OPERA 

LETTRE        D'UNE        PERSONNE         DE        QUA 
LITÉ        A         UNE        AMIE         DE         GRENOBLE 


Chère  Florinde, 

~JMTe  par  donnerez- vous  mon  retard  à  vous  détailler  les  merveilles  du  Bal 
Vénitien.  Depuis  longtemps  je  désire  vous  faire  partager  le  plaisir  que 
j'y  pris,  en  vous  racontant  non  seulement  les  fastes  de  cette  illustre  soirée, 
mais  encore  les  mille  riens  qui  en  furent  le  prélude  et  l'ouverture;  ainsi  vous 
imaginant  le  spectacle  dans  tout  son  feu,  vous  croirez  y  avoir  assisté  en 
personne. 

Huit  jours  auparavant  on  ne  parlait  que  de  la  fête  :  la  marquise  Casati, 
insatiable  de  perfection,  venait  de  lacérer  une  robe  merveilleuse  à  laquelle 
on  travaillait  depuis  trois  mois.  MlleSorel  faisait  confectionner  un  collier  de 
diamants  pour  le  lionceau  qui  devait  figurer  à  ses  pieds;  vingt  brodeuses 
travaillaient  nuit  et  jour  à  la  robe  de  Célimène  et,  quand  l'une  d'elles, 
succombant  à  la  fatigue,  pâmait,  une  remplaçante  s'asseyait  aussitôt  au 
métier.  On  chuchotait  le  nom  des  plus  grandes  dames  qui  devaient  figurer 
au  cortège  accompagnées  de  leur  sigisbées  et  mêlées  à  des  comédiennes 
illustres,  chacune  brûlant  d'éclipser  ses  rivales  par  le  faste  et  le  goût 
conjugués. 

Le  jour  du  bal  à  la  répétition  générale,  la  salle  de  l'Opéra  bouillonnait 
comme  le  chaudron  des  sorcières,  l'émulation,  le  désir  et  la  vanité  se  muaient 
en  de  furieuses  passions  et  l'on  put  voir  les  chefs  des  entrées  se  disputer 
âprement  la  possession  d'un  escalier  monumental  recouvert  de  velours  noir  : 
l'un  voulait  la  totalité  des  degrés,  l'autre  ne  voulait  accorder  que  dix 
marches,  le  troisième  réclamait  la  virginité  de  ce  colossal  mausolée.  Il  fau- 


209 


drait  la  plume  de  Saint-Simon  pour  évoquer  cette  furieuse  mêlée.  Seul,  le 
directeur  du  Gauloid,  échoué  sur  le  siège  du  doge  et  pareil  au  sage  Ulysse  sur 
son  rocher,  gardait  son  aménité  coutumière,  mêlant  le  miel  et  l'huile  aux 
flots  d'absinthe  répandus. 

La  salle  était  complètement  parée,  partout  pendaient  des  drapeaux, 
des  lanternes  et  des  banderoles;  aux  balcons  se  déployaient  des  étoffes  à 
ramages,  tels  on  voit  aux  palais  vénitiens  les  damas  que  la  lumière  meurtrit. 
L'ensemble  évoquait  un  peu  les  galeries  de  la  «  Chananéenne  »  un  jour  de 
grande  mise  en  vente,  avec  tout  de  même  un  faste  suffisamment  oriental. 

Mais  quel  émoi,  les  musiques  sont  mal  réglées,  les  danses  ne  sont  point 
sues,  les  couples  descendent  à  contretemps  les  marches  du  catafalque  (dû 
aux  soins  de  Borniol,  il  convient  de  le  dire,  car  le  plaisir  et  la  mort  sont  étroi- 
tement liés,  et  fouler  en  dansant  ces  linceuls  funèbres  ne  dut  pas  être  pour 
beaucoup  un  médiocre  excitant).  Comment  la  soirée  va-t-elle  se  passer? 

Hé  bien  !  ma  chère,  trêve  aux  méchants  badinages,  tout  fut  parfait,  le 
cortège  se  déroula  à  l'heure  fixée,  dans  le  meilleur  ordre  et  pas  une  princesse 
ne  laissa  choir  sa  pantoufle  en  descendant,  les  danses  furent  harmonieuses 
et  les  accords  bruyants  à  souhait. 

On  vit  d'abord  s'avancer  M.  de  Max,  le  doge,  tout  en  or;  des  pages 
cramoisis  soutenaient  son  manteau,  un  nègre  colossal  l'abritait  sous  un  dôme 
d'or  et  de  plumes,  derrière  lui  papillonnait  un  mélange  de 
masques  en  baute  et  de  gentildonne,  habits  étincelants 
et  robes  jonchées  de  bouquets,  dentelles  d'or  et  dominos 
de  taffetas  zinzolin  et,  comme  au  temps  de  Longhi,  des 
visages  en  carton  blanc  à  l'irritante  laideur  donnaient 
au    feu  du  regard  une   inquiétante    profondeur. 

Puis  parut  l'Adriatique  sous  f 
les  traits  de  Mme  Ida  Rubinstein, 
longue,  nacrée,  chargée  de  paniers 
prodigieux  dont  l'enflure  satinée 
évoquait  le  bulbe  d'une  jacinthe 
de    Perse.    Elle   s'avança    suivie 


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IV 

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d'un  manteau  infini  de  velours  et  d'hermine,  tenant  en  main  un  éventail 
pareil  à  une  fleur  sous-marine.  Le  doge  lui  passa  au  doigt  l'anneau  symbo- 
lique et  la  naïade  irisée  comme  les  verreries  de  Murano  prit  place  à  son 
côté  pour  jouir  des  divertissements. 

Le  feu  d'artifice  ruissela  d'abord  le  long  des  degrés  sombres,  dans 
l'étincellement  de  tous  les  ors,  avec  ses  lanternes,  ses  fusées,  ses  jets  d'eau 
et  ses  fontaines.  La  plus  belle  des  duchesses  à  peine  déguisée  en  sirène, 
masquée  de  ses  cheveux  d'argent,  parée  de  perles  et  de  coraux,  mima  avec 
des  poses  eurythmiques  le  flux  et  le  reflux  et  le  jeu  onduleux  des  vagues. 
Enfin  ce  fut,  émergeant  des  dessous,  debout  sur  un  disque  d'or,  comme  dans 
le  champ  d'un  kaléïdoscope,  l'apparition  de  la  marquise  Casati,  ruisselante 
de  lumière,  mitrée  de  joyaux,  nue  dans  un  réseau  de  diamants  et  traînant 
derrière  elle  un  corymbe  constellé,  à  la  fois  arachnéenne  et  pesante,  pareille 
sous  ses  étamines  et  ses  pistils  à  quelque  grande  fleur  de  givre,  immatérielle 
et  fragile.  Vêtu  de  bleu,  le  comte  de  Beaumont  aux  nocturnes  regards  lui 
présenta  une  boule  d'or,  emblème  je  pense  de  son  royaume,  et  l'on  vit  descendre 
des  cintres  une  étoile  portant  l'infant  Don  Luis  venu  honorer  cet  astre 
neigeux. 

Vous  pensez  si  le  public  était  content,  ce  n'est  pas  tous  les  jours  qu'il 
est  permis  aux  vilains  de  voir,  pour  cent  francs,  un  prince  d'Espagne  esca- 
lader les  nues. 

Je  m'en  voudrais  d'oublier  Venise  représentée  par  Mlle  Sorel,  masquée, 
mais  que  tout  le  monde  reconnut  au  jaillissement  de  ses  plumes  et  à  l'enver- 
gure de  son  vertugadin.  La  fameuse  comé- 
dienne avait  fait  la  gageure  de  dépasser 
tout  ce  qui  s'était  fait  jusqu'à  ce  jour  en 


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211 


panaches  et  en  paniers;  elle  a  gagné  haut  la  main.  Coiffée  en  feu  d'artifice  elle 
arborait  des  fusées  d'aigrettes  et  des  glands  de  diamants  d'une  telle  exubérance 
qu'elle  dut,  sitôt  la  cérémonie  terminée,  aller  déposer  dans  les  coulisses  cet 
écrasant  caparaçon  et  revenir  modestement  coiffée  d'un  mignon  tricorne  gris. 
Je  ne  pus  en  la  voyant  m'empêcher  de  penser  à  Louis  XIV,  qui,  recevant  lui 
aussi  une  ambassade  orientale,  avait  fait  coudre  à  son  habit  tous  les  diamants 
de  la  couronne  et  était  si  brillant  et  si  appesanti  qu'à  peine  pouvait-il  se 
mouvoir.  Venise  avait  prudemment  abandonné  son  lion,  craignant  avec 
raison  qu'il  ne  retournât  à  la  férocité,  en  humant  tant  de  chair  fraîche. 

Puis  ce  fut  l'ambassade  persane  :  l'ingénieux  artiste  qui  présidait  à  ses 
destinées  avait  pris  au  cortège  des  quat-z-arts  son  superbe  Boudha  doré  et 
sa  théorie  d'hommes  bleus,  hiératiquement  immobiles.  On  sait  que  le  nu 
revêtu  d'une  couche  de  peinture  cesse  d'être  immodeste,  ce  qui  a  permis  aux 
plus  scrupuleuses  douairières  d'admirer  sans  rougir  de  notables  académies. 
Entre  ces  deux  frises  se  déroula  un  étonnant  cortège  qui  allait  de  la 
Perse  à  la  Chine  en  passant  par  Kismet  et  Sumurun,  ombrelles,  coiffures  de 
plumes  (où  furent  immolés  des  postérieurs  entiers  d'autruches  adolescentes), 
mitres  d'or,  traînes  féeriquement  allongées,  esclaves,  danseuses,  palanquins, 
composant  le  plus  fastueux  spectacle  qui  se  puisse  imaginer. 

En  tête  marchait,  vêtu  d'argent  glacé  et  frère  des  diamants  noirs,  le 
prince  Karam  de  Kapurthala,  puis  venaient  les  vedettes  de  nos  théâtres  et 
les  mieux  nées  de  nos  amies.  Je  ne  les  nommerai  pas  pour  ne  pas  offenser  ici 
leur  modestie  :  tranàierunt  benefaciendo '. 

N'oublions  pas  l'armée  muette  et  fervente  des  gigolos  passés  à  l'ocre 
et  l'œil  fait  «  en  miniature  persane  »  qui  encadrait  cet  essaim  de  belles 
personnes. 

Dans  les  loges,  fort  entourées,  les  reines  du  nickel,  du  béton,  de  la 
margarine,  beautés  sérieuses,  immobiles  sous  des  girandoles  de  perles, 
contemplaient  béantes  ces  saturnales  de  la  bienfaisance,  répétant  :  c'est  un 
de  ces  spectacles  qu'on  ne  voit  qu'à  Paris. 

C'est  mon  avis,  ma  chère  Florinde  et  après  avoir  admiré  je  me  suis 
follement  diverti.  Le  masque  et  la  baiite  autorisent  bien  des  licences  et 
permettent  aux  femmes  d'asséner  de  bonnes  vérités  aux  galants  qui  les 
obsèdent;  ils  leur  permettent  aussi  de  dire  des  gentillesses  à  ceux  qui  leur 
plaisent  et  auxquels  elles  ne  sauraient,  à  visage  découvert,  témoigner  tout  le 
bien  qu'elles  voudraient. 
Je  t'embrasse. 

Vicomtesse  de  Sygognes. 


212 


Veloufé  dorure 


PETIT  A  PROPOS   EN  PROSE 

SUR     DES    TISSUS    DE 

BIANCHINI 


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ÉJA,  sous  mes  maîtres,  ceux-ci  jugeaient  qu'il  y  avait  en  moi 
de  l'étoffe;  quelle  ne  serait  pas  leur  orgueilleuse  joie  s'ils 
me  savaient  devenu  le  poète  officiel  des  industries  du  textile  : 
«  Nous  avions  vu  juste,  diraient-ils.  »  Il  est  vrai.  J'étais 
marqué  pour  ce  destin.  Inévitablement  formé  pour  le  commerce 
des  Neuf  Sœurs,  c'est  îa  dixième  que  je  choisis  de  servir  :  la 
Mode.  J'écrivis  donc,  avec  conscience  et  probité,  de  la  robe 
longue  et  de  la  robe  courte,  plus  longuement  de  la  seconde 
que  de  la  première  afin  de  rétablir    l'équilibre.    Le    ciel  me 


2  1, 


pardonne  la  frivolité  de  tels  sujets  !  Du  moins  sus-je  éviter 
en  les  traitant,  les  séduisantes  erreurs,  les  brillants  dangers 
où  n'eussent  peut-être  pas  laissé  de  m'entraîner,  malgré  mon 
goût  de  la  vertu,  de  moins  innocentes  entreprises  ;  du  moins 
mon  œuvre  ne  sera  pas  condamnée  à  Rome,  au  redoutable 
Index  mon  nom  ne  figurera  pas. 

Mais  où  je  suis  passé  maître,  où  j'ai  acquis  sans  conteste 
une  véritable  supériorité,  c'est  dans  les  tissus. 

Ce  que  je  suis,  c'est  archiviste  en  tissus,  le  plus  beau 
des  archivismes  si  l'on  ne  risquait  d'y  mourir  de  faim. 
Essayez  d'expliquer  cela  !  J'ai  dans  mon  cabinet  six  mille 
échantillons  d'étoffes,  et  hiver  comme  été  il  n'y  a  pas  d'homme 


Crêpe  boééelé 


plus  mal  vêtu  que  moi.  On  sent  qu'il  y  a  là  une  anomalie  dont 
j'utiliserai  à  démêler  les  raisons  secrètes  les  premiers  loisirs 
que  me  laissera,  dans  l'intervalle  de  deux  collections  le 
prochain  ralentissement  d'activité  dans  l'industrie  du  textile. 
JVLais  quelle  science  attachante,  méritant  qu'on  en  fasse 
son  unique  étude  !  Je  travaille  dans  la  fièvre.  Je  viens 
d'annoter  entièrement  de  ma  main,  sur  l'original  même,  la 
grande  référence  des  satins  de  Bianchini  contenant  plus  de 
trois  mille  numéros.  Travail  de  bénédictin,  gêné  à  tout  instant 
parles  réassortisseuses  de  la  couture  venant  confronter  à  mes 
échantillons  des  morceaux  d'étoffe  que  j'arrachais  à  leurs  mains 
sacrilèges  :  «  Velours datln  brocart  n°  46.048,  T.  »  Elles  demeu- 
raient béantes,  confondues,  je  pense,  d'admi- 
ration. 

Dans  l'aimable  domaine  de  la  littérature 
et  de  l'imagination,  pour  amuser  mon  esprit 
dans  les  limites  d'où  je  me  suis  juré  de  ne  plus 
sortir  de  la  science  à  laquelle  j'ai  dévoué  ma 
vie,  je  médite,  en  utilisant  les  découvertes  du 
tactilisme,  un  roman  dont  l'action  se  passera 
dans  le  monde  du  faubourg  Saint- Germain, 
et  dont  le  titre  seul  sera  de  moi.  Les  pages 
seront  remplacées  par  des  rectangles  d'étoffes 
dont  chacune,  par  la  sensation  qu  elle  commu- 
niquera aux  doigts  feuilletant  le  livre,  traduira 
les  sentiments  de  l'héroïne  et  la  progression 
du  drame  dans  l'âme  des  personnages.  Bian- 
chini et  moi,  qui  sommes  les  auteurs  de  ce 
livre  qui  ressemblera  assez  à  une  liasse 
d'échantillons,  en  avons  déjà  écrit 
quelques  chapitres.  Vous  lirez,  au 


J^e Lourd  gazon  broché 


moment  où  le  récit  atteint  son  point  culminant,  un  chapitre 
Velours  dorure  qui  est  d'un  corsé...  Je  ne  sais  si  Ton  en  pourra 
permettre  la  lecture  aux  jeunes  filles. 

Des  travaux  d'une  nature  si  audacieusement  en  avance 
sur  l'état  actuel  de  la  critique  seront-ils  compris  ;  le  genre 
littéraire  auquel  j'ai  consacré,  des  dons  abondants  que  m'avait 
départis  la  nature,  les  plus  précieux,  rapportera-t-il  en  gloire 
à  son  créateur  l'équivalent  de  ce  qu'en  consciencieux  travail 
il  lui  coûta  ?..  Peu  m'importe;  d'autres  récolteront  à  ma 
place.  Un  jour  le  dédain  dans  lequel  on  tient  encore  la  litté- 
rature vestimentaire  disparaîtra;  un  prix  Goncourt,  peut-être, 
pour  marquer  la  fin  d'une  odieuse  injustice  sera  attribué  à 
l'œuvre  d'une  rédactrice  de  modes.  Alors,  ouvrier  de  la  pre- 
mière heure,  je  ne  serai  plus  ;  personne  ne  connaîtra  ce  nom  : 

Vaudreuil. 


Veleurô 

éatin 

brocart 


VARIATION     SUR    DES     RUINES 

PO  MPÉI 


/^E  qui  frappe  d'abord  à  Pompéi  c'est  la  petitesse  ;  tout  y  est  réduit, 
^"^  resserré,  exquis.  Dans  les  rues,  deux  chars  traînés  par  des  esclaves  ne 
sauraient  passer  de  front,  les  maisons  si  précieusement  ornées  sont  minus- 
cules :  petites  portes,  petites  cellules  aux  étroites  ouvertures,  retraites 
préparées  pour  la  paresse  et  la  volupté  dans  le  silence  et  la  pénombre. 

Les  Romains  lassés  des  colosses,  des  panthéons  gigantesques,  des 
cirques,  des  pyramides,  comme  écrasés  par  leur  monstrueuse  grandeur, 
vinrent  se  blottir  sur  cette  côte  privilégiée  et  s'y  bâtirent  des  nids  douillets, 
clos  par  cette  ceinture  vaporeuse  de  collines  bleutées  qui  demeure  la  souve- 
raine beauté  du  lieu. 

Rome  est  une  ville  de  feu;  on  y  respire  la  poussière  calcinée  des 
morts.  Les  plus  suaves  haleines  caressent  le  golfe  de  Naples,  le  climat  y  est  si 
doux  qu'il  passait  jadis  pour  funeste  aux  vierges.  Bercé  dans  cette  mollesse 
aérienne,  l'être  humain  s'épanouit,  s'abandonne,  pareil  aux  belles  vignes 
jaillies  de  ce  sol  volcanique  et  qui  tendent  leurs  bras  chargés  de  grappes 
d'arbre  en  arbre,  s' enlaçant  et  retombant  pour  se  couler  contre  de  nouvelles 
tiges  qu'elles  épousent  de  toute  leur  sève  puissante. 

Toute   cette   campagne   est  verte   et  fleurie  ;  les  racines  qui   trempent 


217 


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dans  le  feu  y  puisent  un  suc  merveilleux,  ce  ne  sont 
que  roses,  oranges  et  grappes,  et  Ton  marche  dans  un 
parfum  si  dense  qu'il  passe  sur  les  visages  comme 
une  écharpe. 

Pompéi  est  une  ville  rouge  et  jaune,  barbouillée 
de  vermillon  et  d'ocre.  Sur  les  murs,  des  guirlandes 
déroulent  leurs  festons  et  leurs  volutes,  et  des 
perspectives  feintes  ouvrent  leurs  arceaux  et  leurs 
bocages.  Ailleurs,  ce  sont  des  envols  de  nymphes,  des 
danses  de  satyres,  des  jeux  d'amours,  tout  un  peuple  de 
divinités  familières  pareilles  aux  abeilles  de  la  ruche. 
Les  sujets  se  répètent  à  peine  modifiés,  on  sent  le 
modèle  et  la  copie.  La  ville  entière  semble  décorée  par  un 
atelier  à  la  mode,  en  virgules  de  couleurs  avec  beaucoup 
plus  d'assurance  que  de  maîtrise.  Les  peintures,  à  peine 
exhumées,  flétrissent  et  redeviennent  cendre,  tous  ces 
badinages  sont  usés  comme  des  ailes  de  papillons  derrière 
les  vitres  du  Muséum. 

On  dirait,  à  considérer  l'ordonnance  apprêtée  de  ces 
œuvres,  des  tableaux  vivants  disposés  sur  les  gradins  d  un 
théâtre.  Que  la  scène  soit  héroïque  ou  tendre,  ce  sont, 
gracieusement  posées,  les  belles  Napolitaines  et,  nus,  minces, 
râblés,  couleur-  de  fuchsia  et  miroitants  de  reflets,  l'œil 
inerte  et  métallique,  les  bouviers  de  la  montagne. 

Tout  cela  empreint  d'un  érotisme  puéril  qui  aggrave 
les  nudités  à  l'aide  de  draperies  glissantes,  de  nébrides 
dégrafées,  parant  les  académies  de  somptueux  cothurnes 
pour  épicer  un  peu  les  cuisines  amoureuses.  Que  d'herma- 
phrodites s'étirant  sur  des  lits  capitonnés  ou  réveillés  par 
des    satyres     curieux,     dont    l'effroi     et    l'inquiétude    ne 


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paraissent  pas  véritables.  Combien  d'Hermès,  de  Termes, 
combien  de  corps  enroulés,  agrippés,  noués.  Le  plaisir  paraissait 
bien  fade  dans  un  temps  où,  toute  licence  étant  admise,  les  désirs 
satisfaits  aussitôt  que  nés  mouraient  languissamment. 

Ces  images  révèlent  bien  fortement  l'usure  d'une  race  qui 
ne  sait  à  quels  dieux  s'abandonner,  ayant  essayé  de  tout  et 
comblé  la  mesure  des  faiblesses.  Regardez  au  Vatican  ces  figures  préoccupées, 
ennuyées  ■ —  que  de  lippes  et  que  de  moues  - —  grands  nez,  profondes  rides, 
doubles  mentons,  images  de  lucre  et  de  cautèle,  tour  à  tour  le  museau  de 
l'hyène  et  le  groin  du  porc.  Portraits  de  banquiers,  d'affranchis,  succombant 
sous  l'enflure  d'une  prodigieuse  fortune. 

Les  matrones  ne  sont  pas  moins  inquiétantes,  gros  yeux,  larges  joues  et 
frisures,  ce  sont  des  goules.  Le  corps  est  encore  valide,  mais  l'âme  est  blette. 
Ils  sont  tous  voués  aux  mystères  asiatiques,  aux  divinités  molles  et  féroces 
frottées  de  myrrhe  et  de  sang,  et  la  proie  de  leurs  esclaves,  surtout  des 
Grecs  si  alertes,  diserts,  élégamment  corrompus,  chargés  d'objets  précieux  : 
statues,  vases,  manuscrits  inestimables. 

Tout  ce  qui  dans  l'art  romain  est  beau  n'est  qu'imitation  de  la  Grèce; 
les  Romains  sont  d'excellents  ouvriers,  habiles  aux  ouvrages  énormes, 
déroulant  à  travers  le  globe  les  aqueducs  infinis,  entassant  les  cirques,  les 
panthéons  pareils  aux  montagnes,  déployant  le  tapis  des  mosaïques,  tirant 
des  carrières  une  forêt  de  colonnes  étincelantes.  Mais  leurs  statues  sont 
mesquines,  pauvres  ;  ils  ont  beau  placer  le  visage  affreusement  fidèle  sur  un 
corps  héroïque,  tailler  l'image  dans  un  marbre  plus  doux  que  la  chair,  dans 
le  basalte  ou  le  porphyre  rouge,  l'œuvre  est  indigente  et  sans  gloire. 

Ils  ne  purent  digérer  ce  monde  qu'ils  avaient  dévoré  et  moururent  sur 
leurs  richesses,  rongés  par  cet  ulcère  asiatique  ;  c'est  pourquoi  beaucoup  se 
réfugièrent  à  Pompéi  pour  y  réchauffer  leurs  os  usés,  parmi  les  vignobles 
délicieux,  sur  ces  pentes  caressées  par  l'air  salin.  Dans  l'atrium,  l'eau 
bouillonne  froide  et  noire,  un  carré  de  ciel  aveugle,  les  plantes  rares  étirent 
leurs  rameaux  languissants,  tout  le  reste  est  ombre,  silence,  quiétude;  les 
chiens  et  les  perroquets  se  taisent.  Seuls  éclatent  le  rire  d'un  esclave  cha- 
touillé ou  le  tintement  d'un  pendant  d'oreille  qui  se  détache  et  bondit  sur  les 
mosaïques. 

La  petite  maison  est  pleine   de  masques   hilares;  il  y  a   sur  les  stèles 


des  images  burlesques  qui  amusent  les  bambins  frisés  et  les  lasses  matrones, 
et  l'eau  cachée  bouillonne  et  roucoule   comme  un  oiseau  encagé. 

Et  sur  toute  cette  vie  secrète,  moelleuse  et  chaude  comme  le  cœur  de  la 
rose,  la  mort  soudaine,  le  grand  feu  écroulé  en  nappes  rouges  mêlé  de 
cendre  et  de  lave. 

Menus  débris  dans  les  vitrines,  bijoux  précieusement  travaillés,  por- 
traits minuscules  peints  sur  verre  (encore  ces  vilaines  figures  aux  grands 
yeux  inquiets),  flacons  de  parfums  en  forme  de  cigales,  boules  de  fard  rose, 
bagues  précieuses  où  demeure  l'os  dénudé  du  doigt,  verreries  de  toutes  les 
couleurs  de  l'iris,  pareilles  à  des  fleurs,  petits  amours  dorés  gravés  sur  des 
miroirs...  bibelots! 

Ce  sont  des  trésors  mélancoliques  ;  mais  plus  que  l'empreinte  des  corps 
dans  la  cendre  durcie,  plus  que  les  dépouilles  des  morts  m'émeut  l'usure 
laissée  à  la  margelle  des  fontaines  par  les  mains  de  *ceux  qui  se  penchaient 
pour  boire.  Je  pense  que  Pompéi  est  un  des  lieux  du  monde  où  la  volupté 
et  la  mort  sont  le  plus  étroitement  liées  et  qu'il  faut  s'y  rendre  pour  se  sou- 
venir et  rêver.  J'imagine  la  stupeur  des  premières  découvertes  quand  les  fosses 
béantes  rendirent  leurs  trésors,  et  j'en  compose  une  gouache  dans  le  goût 
d'Hubert  Robert.  . —  J'y  vois  des  dames  en  grand  habit,  des  savants  et  de 
beaux  prélats  en  robe  rouge.  On  les  abrite  des  feux  du  jour  sous  de  grands 
parasols  un  peu  chinois  et  on  leur  présente  des  sorbets  avec  des  révérences. 
A  leurs  pieds,  les  travailleurs  luisants  de  sueur  et  à  demi  sortis  d'une  cave 
leur  tendent  des  médailles,  des  vases  ou  quelque  visage  de  marbre 
empreint  d  une  beauté  immatérielle,  et  la  scène  est  encadrée  par  de  grands 
arbres  échevelés  pareils  à  un  faisceau  de 
plumes.  Mais  où  sont  ces  richesses  dont 
parle  le  président  De  Brosses  dans  ses 
Mémoireé  sur  "  la  ville  souterraine 
découverte  à  Ercolano  "  ?  Où  est  le 
temple  rond  aux  colonnes  précieuses  et 
le  pavage  de  marbre  jaune?  Quelle 
église,  quel  casino  de  cardinal  ou  quel 
palais  de  courtisane  s'enrichit  de  ces 
dépouilles  voluptueuses,  aujourd'hui 
émiettéesetperduespourla  seconde  fois. 


George  Barbier. 


MANTEAU 

COURT 


PEAUX    ET    TOURRURES 


contenant  nuit  croquis 
oe  manteaux  appelés 
manteaux  trois -quarts 
entièrement  en  cuir 


MODÈLES   CRÉÉS  PAR   LA 

GAZETTE 


BON  TON 


LA  MODE  ET  LE  BON  TON 


*^>* 


T) eut-être  aimez-vous  la  mode,  c'est-à-dire 
ce  qui  vient  de  paraître  à  la  minute 
même,  et  le  changement  est-il  chez  vous  un 
besoin  quotidien  ? 

Moi,  je  suis  tout  l'opposé,  je  n'aime  rien 
tant  que  ce  qui  indique  la  personnalité  de 
chacune,  dédaignant  l'uniforme,  aussi  ai-je 
une  tendance  à  repousser  d'emblée  la  mode. 
Ce  que  je  préfère,  c'est  porter  avant  les 
autres  une  forme  absolument  inattendue, 
que  je  n'ai  pas  vue  sur  ma  voisine,  au  res- 
taurant ou  partout  ailleurs.  Or,  vous  en 
conviendrez,  nous  traversons  une  phase  en 
opposition  directe  avec  mes  goûts,  ce  qui  ne 
m'empêche  pas  d'apprécier  toute  la  grâce 
de  certains  modèles,  la  préciosité  des  détails, 
l'art  déployé  par  nos  artistes  couturiers  dans 
le  nombre  incalculable  de  modèles  qu'ils 
nous  soumettent  chaque  saison. 

Je  reviens  de  la  compagne  où,  devant 
tant  de  belles  manifestations  de  la  nature, 
l'on  devient  difficile  en  ce  qui  concerne 
formes  et  couleurs,  et  l'on  ne  se  sent  pas  dis- 
posé à  admirer  n'importe  quoi  ;  or,  mes 
visites  dans  les  grandes  maisons  m'ont  ravie. 

C'est  sincèrement  que  je  vous  dis  : 
cet  hiver  nous  propose  des  échappatoires  à 
ce  qu'il  est  convenu  d'appeler  la  Mode, 
celle  de  tout  le  monde. 

Ci  vous  choisissez  l'un  de  ces  tailleurs  de 
brocart  de  Smyrne  gris  sur  rouge,  ou  un 


velours  de  Smyrne  écossais,  vous  aurez  avec 
la  jaquette  bridée  à  parements  immenses, 
et  la  jupe  à  plis  d'un  seul  côté  seulement, 
une  allure  de  Carpaccio  qu'il  sera  difficile 
d'égaler  ;  ce  n'est  plus  là  le  costume  banal. 
De  même  que  vous  pourrez  porter  une 
longue  veste  à  la  russe,  bordée  de  fourrure, 
peu  aisée  à  recopier  si  vous  la  prenez  dans 
une  grande  maison. 

La  robe  d'après-midi  changera  moins  que 
celle  connue  depuis  deux  saisons,  mais  on 
aura  la  facilité  de  dissimuler  sous  une  de 
ces  innombrables  capes  adaptées  à  chacune 
des  robes  très  légères,  les  genres  les  plus 
variés  de  tissus  :  ceux-ci  à  tel  point  renou- 
velés que  vous  n'auriez  pour  ainsi  dire  qu'à 
vous  draper  dans  l'un  de  ces  damas  laqués 
pour  vous  trouver  transformée  en  statue 
indienne  de  la  plus  belle  matière.  De  même, 
avec  les  velours  indiens  aux  tonalités  neutres 
et  sombres  mélangées  vous  n'obtiendrez  que 
des  ensembles  merveilleux. 

+   * 

a  robe  du  soir  offre  cette  particularité 
d'être,  cette  saison,  gainée  comme  jamais 
elle  ne  le  fut  ;  ou  bien  de  pur  style 
Louis  XIII,  ou  3840.  Le  "  gainé  *  nous 
ramène  à  l'époque  des  *  premières  "  sensa- 
tionnelles de  la  grande  Sarah  :  même  ve- 
lours à  reflets  d'or,  mêmes  bordures  de  four- 
rure près  du  sol,  mêmes  ceintures  de  métal, 


221 


avec  ou  sans  manches,  forme  qui  rendra  plus 
belle  la  femme  dont  la  ligne  est  dégagée, 
sans  lourdeur  du  côté  des  hanches.  En  den- 
telle, cette  robe  sera  belle  :  mais  dentelle 
d'or,  d'argent  ou  de  cuivre. 

Sur  ces  combinaisons,  qui  ne  sont  que 
rutilances,  splendeurs  de  dessins  d'or,  les 
manteaux  seront  d'inspiration  vénitienne 
ou  orientale  comme  certains  manteaux  arabes 
transposés  en  tissus  métalliques  au  lieu  de 
laines. 

A  u  point  de  vue  purement  technique, 
je  dois  vous  dire  que  l'ampleur  est  la 
préoccupation  de  toute  la  gent 
couturière  ". 

Celui-ci  la  met  en  éventail  sur  le  devant 
d'une  jupe,  l'autre  la  dispose  sur  un  seul 
côté  d'une  robe,  fendue  du  haut  en  bas 
depuis  l'épaule  ;  un  autre  taille  ses  jupes 
en  forme  tout  autour,  ou  bien  encore  seu- 
lement au  bas  de  la  ceinture  infiniment 
basse.  Quant  aux  manteaux,  on  en  voit  de 
dix-huit  mètres  de  tour,  en  velours  ou  drap, 
dans  une  quantité  d'étoffes  inattendues. 

Mon  impression  personnelle  est  que  cette 
ampleur  qu'il  faut  remettre  en  faveur  puis- 
que la  mode  doit  se  renouveler  quand  même, 
n'est  pas  du  tout  ce  que  souhaiteront  les 
femmes  au  goût  sûr  et  qui  nous  font  la  loi, 
si  l'on  peut  dire.  J'ai  l'impression  que  la 
robe   à   "  pagne  ",    enserrant    fortement    les 


hanches,  bien  plus  que  nous  ne  l'avons 
encore  vu,  avec  le  restant  de  la  jupe 
s'éventaillant  ensuite  en  ampleur,  voilà  ce 
qu'elles  aimeront.  Et,  cela,  tout  simplement 
parce  que  ce  sera  un  moyen  de  plus  de  faire 
voir  une  silhouette  pure,  un  corps  har- 
monieux ! . . .  Car,  vous  aurez  beau  offrir  ceci 
ou  cela,  retenez  bien  une  chose  :  chaque 
époque  a  subi  le  mouvement  que  deux  ou 
trois  femmes  ont  donné  à  la  mode  de  cette 
époque. 

Le  corps  ne  se  transforme  pas  par 
les  formes,  mais  bien  les  formes  qui  s'adap- 
tent, coûte  que  coûte,  aux  corps  de  chaque 
époque,  j'en  ai  la  conviction.  Une  étude 
même  superficielle  de  l'histoire  de  la  statuaire 
ou  de  la  peinture  vous  convaincra  rapide- 
ment de  ce  que  j'avance. 

es  doublures  réapparaîtront  en  dou- 
blures. Surtout,  comme  aux  capes  de  nos 
mères,  le  vison  et  le  petit  gris  ;  les  autres 
fourrures  de  fantaisie  au  nom  impressionnant 
réchaufferont  des  *  dessus  ' .  souples  en  crêpe 
léger  et  en  mousseline  brodée.  Le  veston 
de  loutre  et  d'astrakan  rasé  nous  donnera, 
pour  le  matin,  des  vestons  courts  et  amples 
à  la  mode  romantique. 

Plus  ça  change,  plus  c'est  la  même 
chose  I . . . 

L.  R.  F. 


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lication    des     Plâncnes    HorS'-lexi 

CONTENUES     DANS     LE     NUMÉRO     7 


^ 


**- 


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lanche  49.  —  Une  robe  du  êolr,  de  Paul  Poiret.  Elle  edt  en 
lamé  argent  avec  une  tunique  en  crêpe  georgetle  bleu  brodé 
argent  et  dlradd,  et  bordé  de  zibeline. 


Planche   5o.   —    Un  coétume  de  chadde  à  tir,  de  Kriegck. 


Planche  5i.  —  La  robe  eét  de  Béer;  c'edl  une  robe  de  voile  ornée  de 
cocardeé  en  ruban.  Le  coétume  eét  de  Larden.  Leé  épaulée  du  vedton  dont 
carréeà;  le  pantalon  à  pli  codée  dur  le  doulier  ;  le  gilet,  croidé,  en  piqué. 


Planche  5s.  —  Une  robe  du  doir,  de  Martial  et  Armand,  ve lourd 
noir  et  col  de  dentelle  d'argent. 

4* 

Planche  53.  —  Deux  chapeaux,  de  Camille  Roger,  l'un,  de  velourd 
noir,  padde  de  plumed  d'autruche.  Le  toque t  edt  un  drapé  en  ve lourd. 

4* 

Planche  5 4.   —  Robe    de  promenade,   de  Worth,   en  organdi  brodé. 

4* 

Planche  55.  —  De  Jeanne  Lanvin  :  Une  robe  en  vermeil  blanc,  col 
dentelle  d'argent  légèrement  rebrodé,  cbouquellei  de  petite*  rode*  violineé  dané 
le  baé  de  la  robe.  Et  la  petite  robe  d'enfant,  en  laffetaé  violine,  garnie  aiuù 
de  peliteé  roéeé  brodée*. 


4*4*4*     4*4*4*4*4*4*4*4*4*4*4*4* 


138 


4* 
4* 
4* 
4* 
4* 
4* 
4* 
4* 
4* 
4* 
4* 
4* 
4* 
4* 
4* 
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4* 
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BANCO 

ROBE     DU     SOIR,     DE     PAUL     POIRET 


gS*tR  (y% 


V°  7  de  la    Gazette  du  Bon   Ton. 


Année    1922.   —  Planche  49 


ET  D'UNE 

COSTUME     DE     CHASSE,     DE     KRIEGCK 


:y/os 


A'°  7  de  La   Gazette  du  Bon  Ton. 


Année   1922.    —  Flanche  5, 


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I 


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Y 


LES    VACANCES   AU   CHATEAU 


ou 


I/INVITÉ    TIMIDE 

ROBE,  DE  BEER.  COSTUME,  DE  LARSEN 


N°  7   de  la   Gazette  du  Bon   Ton. 


Année  IQ22.   —  Planche  51 


UNE  ROBE 

DE    MARTIAL    ET    ARMAND 

N°  7    de   la    Gazette  du  Bon    Ton.    Année  1922.    —  Planche  52 


V- 


LES    CINQ  SENS 
I.  —  L'ODORAT 

CHAPEAUX,     DE     CAMILLE     ROGER 


^#»  * 


^,* 


JV°  7   &  /#  Gazette  du  Bon   Ton, 


Année   1Q22.   —   Planche  55 


ROBE,     DE     WORTH 


JV°   7   de  la   Gazette  du  Bon   Ton. 


Année   1922.    —  Planche  54 


\$ 


LA    ROSE  DU  JARDIN 

ROBES,     DE     JEANNE     LANVIN 


N°   7   Je  ta   Gazette  du  Bon  Ton. 


/&*»■ 


W'ME     V:'  * 


Année   1922.    —   Planche  55 


-Le    oi 


inee 


MANTEAU  EN  PEAU  GLACÉE 
SOUPLE,   BORDÉ  DE  SINGE 


N°  7   de  la  Gazelle  du  Bon   Ton 
Année  1921.  —  Croquis  XL IX. 


^  \)H!0(V 


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JL  Jt/cureuil 


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MANTEAU  D'ANTILOPE 
ET  ÉCUREUIL 


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N°  7   de  la  Gazelle  du  Bon  Ton 
Année  1Ç22.   —  Croquié  L. 

—    - 


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Le   R 


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MANTEAU  DE  RAT,  BRODÉ 
ET    BORDÉ     DE    RENARD 


N°  7  de  la  Gazette  du  Bon  Ton 
Année  1922.  —  Croquia  LI. 

- 


LaL 


outre 


MANTEAU    EN   CUIR   BRODÉ, 
DOUBLÉ   DE   LOUTRE 


JV°  7   de  la  Gazette  du  Bon  Ton. 
Année    1922.    —    Croqu'u   LU. 


LaT 


aupe 


TNA\/îrl 


MANTEAU  EN  TAUPE 
ET  PEAU  DE  CHAMOIS 


yf- 


N°  7  de  la  Gazette  du  Bon  Tôt, 
Année   1922.  —    CroquU   LUI: 


0**  "«o< 


«SMS  M' 


JO 


-L  Astrakan 


MANTEAU     DE    PEAU     DE 
MOUTON,  DOUBLÉ  ASTRAKAN 


^°  7  de   La  Gazette  du  Bon  Tori 
Année    19*2.   —    Croquié   LIV. 


_La    jC îbeïi 


MANTEAU    DE  SUEDE 
BORDÉ    DE   ZIBELINE 


N°  7  de   la  Gazelle  du  Bon  Ton 
Année    1922.    —     Croauià    LV>\ 


L'H 


ermine 


VESTE  DE  LOUTRE 
GARNIE  D'HERMINE 


N°  7  5e  /a  Gazette  du  Bon  Ton 
Année   1922.   —    Croquis   LVI. 


pour  paraître  prochainement 


SPORTS 

ET 
DIVERTISSEMENTS 

MUSIQUE     D' 

ERIK  SATIE 

DESSINS    DE 

CH.  MARTIN 


UN  ALBUM  DE  VINGT  PETITS  MORCEAUX  POUR  PIANO 
D'ERIK  SATIE,  TIRÉ  A  900  EXEMPLAIRES,  DONT  225  SUR 
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CHES DE  CH.  MARTIN  COLORIÉES  A  L'AQUARELLE,  NUMÉ- 
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Les  Publications  Lucien  Vogel 
Rue  Saint-Florentin,  u- Paris 

XXXI 


LA 


CITROËN 


ET  LES  SPORTS 


LE  ROWING 


XXXII 


*- 


LE 

STATUE 

d'OR 


I 


ra 


TTéphaïstos,  riche  maître  de  forges  et 
AA  directeur  des  inventions  sous  le 
ministère  Zeus,  avait  fabriqué,  nous  dit 
Homère,un  grand  nombre  de  statues  d'or, 
semblables  à  des  adolescents  animés. 
Elles  possédaient  la  force,  la  pensée,  la 
voix.  Étaient-elles  capables  d'amour? 
Homère  est  muet  sur  ce  point.  Mais  je 
croirais  volontiers  que  non  :  car  nos  bel- 
les automates  avaient,  en  même  temps 
que  l'éclat  de  l'or,sa  franchise  légendaire 
et  son  inaltérabilité.  Or  l'amour,  comme 
chacun  de  nous  en  a  pu  juger  par  sa 
propre  expérience,  ne  se  nourrit  que  de 
changement  et  de  mensonge. 

Après  la  chute  du  gouvernement 
olympien,  que  devinrent  ces  créatures 
divines?  Il  était  naturel  de  penser 
qu'elles  avaient  partagé  le  sort  de  leur 
maître  et  vivaient  en  exil,  dans  quelque 
canton  inaccessible  de  l'univers.  Il  n'en 
est  rien.  Elles  n'ont  point  quitté  la  terre. 
Et  la  preuve,  c'est  que,  l'autre  soir,  j'ai 
retrouvé  trois  d'entre  elles. 


229 


Copyright  October  1922,  by  Lucien  Vogel,  Paris. 


■■■: 


C'était  dans  une  de  ces  immenses  volières,  ou  pour  em- 
ployer l'expression  consacrée,  dans  un  de  ces  immenses  salons, 
comme  on  n'en  voit  plus  guère  que  dans  les  films.  Mes  trois 
statues  d'or  venaient  de  faire,  comme  l'on  dit,  une  entrée 
sensationnelle.  On  chuchotait: 

—  Les  trois  sœurs  Murray  .  .  . 

—  Ah!  Ce  sont  là  les  fameuses  robes  en  lamé  d'or?  La 
trouvaille  de  la  saison? 

A  l'heure  du  tango,  elles  dansèrent,  vivantes  pépites.  Je  dois 


230 


dire  que  pour  des  statues  elles  s'en  tirèrent  fort  bien,  avec  cette 
nerveuse  raideur  qui  donne  aux  danseurs  d'à  présent  un  air 
de  somnambules  passionnés.  L'industrieux  Héphaïstos  avait 
prévu  le  tango  parmi  les  mouvements  variés  dont  il  avait  doué 
leur  mécanisme  intérieur.  C'est  égal,  à  la  place  de  leurs  cava- 
liers, j'aurais  été  bien  mal  à  mon  aise.  Après  avoir  tenu  dans 
mes  bras  l'un  de  ces  placers,  Alaska,  Pactole  ou  Californie, 
j'aurais  souffert  de  ne  pouvoir  les  emporter  chez  moi,  soit  pour 
en  battre  monnaie,  soit  pour  tel  autre  usage  que  m'eussent 


231 


inspiré  les  circonstances.  Ou  encore 
j'aurais  eu  peur  d'être  soudain  frappé 
de  la  même  folie  que  le  roi  Midas  et  de 
ne  plus  pouvoir  toucher,  ne  fût-ce  qu'un 
sandwiche,  sans  crainte  de  le  voir  se 
muer  en  un  pain  d'or,  avec,  au  milieu, 
une  appétissante  tranche  de  rubis. 

Mon  ami  l'ambassadeur  d'Utopie, 
auprès  de  moi,  roulait  des  pensées  non 
moins  sombres. 

—  Il  me  semble,  murmurait-il,  voir 
ruisseler  sur  leurs  épaules  et  autour  de 
leurs  reins  toute  l'encaisse  métallique 
de  la  Reichsbank.  Dire  qu'il  suffirait  de 
l'une  de  ces  robes  pour  remonter  les 
finances  de  ma  pauvre  république 
d'Utopie,  dont  la  monnaie,  comme 
vous  le  savez,  a  été  si  dépréciée  par  la 
guerre:  il  faut  mille  couronnes  utopien- 
nes  pour  faire  un  rouble.  Jugez-en . . . 

Et  pendant  que  tournaient  lentement 
les  précieux  objets  ou  tant  d'or  se  relève  en 
bosse  je  me  disais  que  l'un  et  l'autre,  le 
poète  impécunieux  et  le  diplomate 
dédoré,  dans  notre  envieuse  contem- 
plation de  ces  chefs  d'œuvre  d'un  dieu 
qui,  entre  nous,  n'est  peut-être  que  le 
dieu  Dollar,  nous  figurions  assez  bien  le 
pauvre  hère  de  la  fable,  qui  devant  le  sou- 
pirail d'un  rôtisseur  mangeait  son  pain 
à  la  fumée  des  victuailles  impossibles. 

Georges  Armand  Masson. 


232  . 


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POUDRE 

ET 

LES  BALS 


Quand  on  est  presque  nue,  au  bal,  la  grande  question 
jusqu'à  ce  jour  était  le  petit  problème  d'élégance 
féminine  :  comment  porter  la  poudre  ?  On  peut  dire 
que  tout  ce  qu'il  y  a  de  fine  fleur  sortie  de  nos  meil- 
leures écoles  techniques  avait  pâli  sur  la  question. 
Epures  sur  épures,  plans,  projets,  combinaisons  où 
l'ingéniosité  du  dispositif  le  disputait  à  la  richesse  de 
la  présentation,  tout  ce  qu'on  avait  trouvé  n'était  que 
perfectionnement  du  nécessaire  à  poudre,  qui  n'était 
lui-même  qu'erreur  fondamentale. 

Faute  de  l'avoir  envisagé  d'un  esprit 
suffisamment  libre  d'imitation,  personne, 
jusqu'ici,  n'avait  résolu,  pour  le  soir, 
comme  il  fallait,  le  problème  du  néces- 
saire —  par  la  suppression  du  nécessaire. 


La  poudre  et  la  houpette 
sont  contenues  dans  une 
petite  boîte  fixée  sur  une 
des  branches  de  l'éven- 
tail. Pendant  à  l'extré- 
mité des  cordons:  les  bâ- 
tons de  rouge  et  de  noir. 


*33 


xrv^  *  ? 


Loin  de  nous  d'instruire 
le  procès  du  charmant  bijou, 
dont  l'existea ce  n'est  pas  atta- 
quée, certes  :  quinze  autres 
occasions  que  les  soirées  au  bal, 
ou  vraiment  il  ne  convient 
pas,  lui  fourniront  l'occasion 
de  briller.  Mais  est-ce  notre 
faute  si  deux  ou  trois  sérieux 


Boîtes  à  poudre 
ménagées  dans 
l'épaisseur  de 
longs  bracelets. 
Miroir  dans 
le  couvercle 
de    la    boîte. 


234 


En  haut  :  Boîtes  à  poudre 
suspendues  à  un  long  penden- 
tif que  traversent,  à  hauteur 
de  la  poitrine,  deux  barrettes 
contenant  le  rouge  et  le  noir. 
En  bas;  Boîte  à  poudre 
montée    sur    un    gantelet. 


inconvénients  plaident  d'eux- 
mêmes  contre  lui. 

D'abord  son  principe 
même  :  Le  nécessaire  est  fait 
pour  être  tenu  à  la  main,  et 
quand  on  danse  on  sait  qu'il 
faut  avoir  le  corps  libre  et  les 
mains  premièrement.  Un  ob- 
jet, même  minuscule,  même 


infiniment  joli  et  précieux,  balancé  au  bout  d'une  chaîne . . . 
les  anges,  à  cette  vue,  ]e  vous  jure,  se  voilent  la  face. 

Laissez  votre  nécessaire  sur  la  table  quand  vous  partez 
en  musique  :  oublieuse  comme  vous  Têtes  et  tenant  si  peu 
aux  richesses,  vous  l'oublierez,  f  en  suis  certain.  Et  il  y  a  des 
gens  dans  le  besoin  partout  et  particulièrement  dans  les 
dancings. 

Le  mieux,  c'est  que  vous  regardiez  les  idées  ci-contre,  et 
les  montriez  à  votre  joaillier. 

Celio. 


) 


Nécessaire  trois -pans  con- 
tenant la  glace  et  deux 
pochettes  à  poudre.  Replié, 
le  bâton  de  rouge  en  assure 
la  fermeture.  Ce  nécessaire 
n'est  pas  destiné  à  être  tenu 
à  la  main,  mais,  par  un  cro- 
chet, suspendu  a  la  ceinture. 


. 


236 


LES 

FICHUS 


Oue  la  Mode  soit,  comme 
on  Ta  prétendu,  une  véri- 
table souveraine,  vive  Dieu, 
ce  n'est  pas  moi  qui  contre- 
dirai à  cela,  mais  alors  elle 
Test  à  la  manière  des  plus 
illustres:  Catherine,  Marie- 
Thérèse  et  cette  Nitocris  de 
qui  j'entreprendrai  quelque 
jour  d'écrire  l'histoire;  c'est 
par  le  fougueux  caprice 
qu'elle  règne.  De  princesse 


l57 


plus  folâtre  qu'elle,  on 
n'en  connait  pas.  Sa 
cour ...  la  fantaisie  y  par- 
tage avec  elle  le  pouvoir; 
le  Plaisir  aux  joues  en- 
flammées, en  justau- 
corps de  velours,  tenant 
la  main  de  la  reine  en 
robe  de  brocart  d'or,  y 
domine  sous  un  blanc 
dais  d'hermine  la  foule 
sujette  éclatant  en  longs 
cris  d'amour.  Des  fastes 


et  des  fêtes ...  les  nuits  trans- 
formées en  jours ...  les  arrivées 
d'ambassades  croisant  conti- 
nuellement sur  la  mosaïque  des 
salles  d'honneur  les  départs 
d'ambassades...  Et  puis,  d'al- 
tiers  caprices  :  le  courtisan  d'au- 
jourd'hui tiré  de  l'ombre  par 
une  royale  main  et  se  mettant 
incontinent  à  resplendir;  le  fa- 
vori d'hier,  banni,  recevant  de 


238 


^^ 


la  même  main  qui  lui 
prodigua  les  faveurs  sa 
froide  disgrâce...  De 
brillantes  injustices 
commises  ;  des  exils 
réparés  avec  éclat  ;  des 
erreurs  fertiles  ,  des 
trouvailles  de  génie,  des 
absurdités  tant  qu'on 
en  veut,  des  idées,  des 
audaces ,  mille  folies . . . 
Ainsi  s'exerce  l'empire 
de  la  mode. 


Ainsi  un  ordre  d'elle  rappelle 
le  fichu  qui,  retiré  sur  les  terres 
d'où  il  tire  son  origine,  avait  con- 
servé uniquement  la  fidélité  de 
quelques  villageoises.  Un  jour, 
sa  retraite  est  découverte;  on 
s'empare  de  lui,  on  le  réhabilite, 
on  le  ramène  en  triomphe.  Il 
n'est  pas  plutôt  reparu  que  c'est 
un  ravissement  général:  Qu'il 
est  charmant!  Voyez  son  air 


239 


coquet  ;  quelque  chose  de  naïf  et  de  fier  à  la  fois  indique  sa 
rustique  origine.  Son  succès  est  assuré. 

Et  toi,  Mode  amoureuse  du  seul  nouveau,  tu  le  vois,  tu 
l'encourages;  déjà  l'accompagne  le  murmure  flatteur  qui  est, 
au  pied  des  trônes,  l'indistinct  écho  de  la  faveur.  Allons,  le 
fichu  sera  à  la  mode,  cette  année. 

Siki. 


240 


LA  FEMME 
TRIOMPHANTE 


UN  DROIT  SACRÉ 
A  femme  a  le  droit  d'être  triomphante.  Elle  est  un  être  si  charmant,  si 
-*-*  séduisant,  si  indispensable  à  l'homme,  dont  elle  fait  le  bonheur  et 
les  délices.  "  De  la  Chine  jusqu'au  Pérou  "  (comme  disent  les  classiques 
modernes),  Madame  et  Mademoiselle  cheminent  la  route  étoilée,  en  faisant 
de  nombreuses  conquêtes.  Si  les  explorateurs  intrépides  pouvaient  nous 
découvrir  les  deux  extrémités  polaires,  ils  y  trouveraient,  sans  aucun  doute, 
des  charmeuses.  Admettons  que  la  science  exige  que  ces  messieurs  s'occupent 
de  questions  géographiques  —  et  peu  intéressantes.  Pour  nous  autres,  la 
femme  qui  sait  triompher  n'est-elle  pas  suffisamment  scientifique  ? 


Quel  sera  le  but  de  ce  triomphe  ?  Le  mariage  ?  L'amour  ?  Ou  tous  les 

deux  ;  la  belle  et  désirable  combinaison  ?  11  ne  faut  pas  demander  trop  des 

dieux,  qui  sont  jaloux,  si  on  peut  faire  crédit  à  Papageno  dans  l'exquise 

Mute  Enchantée".  Ces  immortels  ne  veulent  pas  gaspiller  leurs  cadeaux: 


241 


—  "  ne  soyez  pas  glouton  "  vous  diraient  les  puissants.  Alors  pour 
ne  pas  être  vorace,  avouons  que  le  mariage  est  le  triomphe  final 
de  la  femme. 


LA  BEAUTÉ  DAIGNE 
La  façon  de  triompher,  ou  de  s'assurrer  le  triomphe,  varie 
selon  le  pays.  En  France,  contrée  de  filles  délicieuses,  Monsieur 
est  incapable  de  vivre  seul.  Chaque  enchanteresse  n'a  qu'à  choisir 
un  des  quelques  partis  éligibles  qui  sont  déjà  à  ses  jolis  pieds  ;  et 
puisqu'il  y  a  plus  de  femmes  que  d'hommes,  tous  les  garçons 
pensent  se  ranger.  Les  moqueurs  parlent  dç  "  la  chasse  à 
l'homme";  ils  félicitent  même  la  jeune  fille  à  marier  qui  est  en 
train  de  rendre  heureux  le  soupirant  choisi.  C'est  à  ce  dernier 
que  l'on  devrait  faire  ses  félicitations  et  ses  compliments.  C'est 
lui  qui  a  de  la  chance. 

On  regrette  vivement  que  les  femmes  françaises  surpassent 
en  nombre  les  hommes,  que  tant  de  belles  filles  soient  destinées 


\é 


à  rester  de  lis'7.  Cruauté  raffinée;  métier  peu  digne  d'envie.  Vraiment,  le 
mahométisme,  qui  permet  à  ses  disciples  quatre  épouses,  mérite  la  considéra- 
tion. Celui  qui  jure  par  le  Prophète  ne  manque  pas  de  cueillir  les  fines 
fleurs  de  l'humanité  féminine.  Par  conséquent,  Fatima,  voluptueuse  et 
fascinatrice,  ne  languit  jamais.  Chaque  Mustapha  remplit  son  harem. 


En  Angleterre  on  discute  beaucoup  la  "chasse  à  l'homme",  et  avec 
ironie...  " My  dear,  shes  canght  a  man?  And  at  her  âge!  Just  fancyf..."  C'est 
méchant  de  parler  ainsi,  car,  n'importe  l'âge  de  l'heureuse  nommée,  elle  a, 
tout  probablement,  d'excellentes  qualités.  "La  beauté  n'est  qu'à  la  surface, 
6  vieilles  filles  désappointées..." 


L'ÉCHANTILLONNAGE  GALLOIS 

Chaque  contrée  a  ses  méthodes  matrimoniales.  Au  pays  de  Galles,  le 
home  de  M,  Lloyd  George,  les  paysannes  acceptent  très  volontiers  une 
proposition  curieuse  et  pratique...  "Tu  me  plais",  dit  David  ou  Evan,  à 
la  bien-aimée,  "mais  je  ne  veux  pas  t'épouser  sans  t'essayer  " . . .  A  la  fin  de 
quelques  semaines  les  jeunes  gens  sont  en  mesure  de  savoir  s'ils  ont  des 
affinités,  ou  non.  Le  Bon  Dieu  ayant  ordonné  que  Fessai  a  réussi,  le  prêtre 
prononce  la  bénédiction  nuptiale  —  et  l'épouse  a  vraiment  triomphé.  Si,  au 
contraire,  le  duo  d'amour  a  été  interrompu  par  la  discorde,  le  couple  mal 
assorti  brise  la  chaîne  temporaire.  Bien  que  les  Gallois  soient  excessivement 
pieux,  ils  sont,  surtout,  judicieux... 


♦ 


Aux  Indes  Orientales,  il  existe  une  race  qui  n'est  ni  anglaise  ni  indienne, 
et  qui  est  classée  officiellement  de  half -caste.  Ces  pauvres  pariahs  sont  sans 
cerveau,  mais  cela  n'empêche  pas  les  pensées  d'un  ménage  à  deux.  Se  marier, 
c'est  l'idée  fixe  de  Mademoiselle  ;  elle  rêve  au  beau  projet  et  aux  petits 
qu'elle  mettra  au  monde.  Monsieur  l'élu  n'est  pas  disposé  à  lui  faire  plaisir; 
il  ne  sait  pas  gagner  son  pain,  et  il  n'a  que  dix-huit  ans.  Néamoins  Zilla 


insiste ,  en  forçant  sa  supplication  par  des  larmes  abondantes  et  des  caresses 
longues  et  ardentes.  Le  jeune  homme  capitule  5  la  fiancée  triomphe. 


UN  CUPIDON  AU  VENT 

En  Hollande  les  moulins  à  vent  assistent  aux  fiançailles,  ils  jouent  le 
rôle  de  Cupidon.  Les  filles  éperdues  d'amour  se  placent  au-dessous  des  ailes 
et  demandent  (au  nom  de  Vénus)  que  le  vent,  qui  frappe  les  voiles,  leur  fassent 
savoir  à  qui  elles  doivent  confier  leur  cœur...  "Vous  me  dites  que  le  brave 
Anton  a  un  béguin  pour  moi  !  11  est  le  coq  du  village  et  un  mynheer  sans 
pareil  ?  Il  a  du  charme  et  des  biens  !  Je  céderai  un  peu  !.."  La  câline  le  fait, 
tout  modestement,  et  les  cloches  sonnent  joyeusement.  Triomphe  complet 
de  la  petite  Flamande. 


Les  descendantes  des  Hollandais  qui 
habitent  le  veldt  de  Sud-Afrique  sont  plutôt 
calculatrices  que  romantiques.  La  fille  de  la 
vrow,  musculeuse  et  déterminée,  après  s'être 
renseignée,  courtise  un  fermier.  Le  Boer  est 
flatté  ;  il  perd  la  tête  —  et  la  liberté. 


C'est  ainsi,  donc,  que  les  femmes 
(que  Dieu  les  bénisse)  sont  triom- 
phantes partout.  Oui,  par  Eros  ! 

George  Cecil. 


*$ 


C.8(KieiEll     ^2.^ 


Velours  et  Lamé 


Oela  est  singulier ,  les  velours  rouges  ou  bien  grenat ,  cou- 
leur de  rubis  ou  couleur  de  sang,  ainsi  que  les  damas  d'or 
où  semblent  être  tissés  dans  l'étoffe  des  soleils  qui  auraient 
lui  il  y  a  nombre  d'années,  sur  l'Adriatique,  des  soleils 
anciens  et  comme  ternis,  le  toucher  de  ces  étoffes  éveille  en 
moi  des  impressions  datant  probablement  d'une  autre  vie 
plus  brillante  que  celle-ci,  où  fêtais  sans  doute  magnifique- 
ment vêtu:  doge  ou  condottiere;  je  penche  pour  condottiere. 


245 


Une  âme  violente  et  jalouse  regrette  en  moi,  habitante 
d'un  corps  trop  soigneux  de  sa  conservation,  une  enveloppe 
plus  cavalière  d'où  elle  dut  être  expulsée  brutalement  par  la 
pointe  d'une  épée;  puis  on  jeta  le  cadavre  à  la  lagune  tandis 
que  l'âme,  après  un  petit  séjour  dans  le  néant,  devait  m'être 
octroyée  pour  une  nouvelle  incarnation. 

Voilà  pourquoi  j'ai  des  souvenirs,  vagues  mais  étincelants, 
d'éclairs  d'épées  jaillissant  soudain  dans  l'obscurité  ;  voilà 
pourquoi  je  me  retrouve,  de  nuit,  dans  l'ombre  portée  par 

les  balcons  sur  le  sol  ;  je  sens  même 
sur  mon  visage  le  petit  souffle  de  ces 
nuits-là . . .  Entreprises  de  vengeance  ?. . 
d'amour  ?. .  Plût  au  ciel  que  je  ne  me 
fusse  jamais  livré  à  de  moins  avouables 
embuscades ... 

Dieu  sait  les  crimes  que  j'ai  bien  pu 
commettre,  dans  ces  conditions,  durant 
mon  existence  soldatesque  dont  j'ai 
été  remis  sur  terre,  certainement,  pour 
expier  dans  les  pacifiques  travaux  du 
journalisme  de  modes,  les  péchés,  car 
il  faut  que  tout  se  paye. 

Si  vous  voulez  mon  sentiment,  cette 

seconde  incarnation  est  loin  de  valoir 

la  première  :  Fépoque,  d'abord, 

qui  a  perdu  la  grandeur,  où  tout 

est  rapetissé,  rétréci, 

notamment  la  morale. 


246 


Il  n'y  a  moyen  de  rien  faire.  On  traque  l'individualiste  et  on 
l'empêche  d'accomplir  de  grandes  choses. 

Quand  les  poignards  et  les  épées  se  promenaient  dans  la 
rue  au  côté  des  passants,  il  y  avait  du  mérite  à  aborder  un 
homme,  à  désirer  une  femme.  C'est  alors  qu'il  fallait  avoir 
l'œil  clair,  le  geste  prompt.  Le  danger  aiguisait  l'esprit 
comme  il  déliait  la  main  ;  la  vie  n'a  pas  retrouvé  depuis  cette 
saveur  drue,  cette  volupté  rapide  qui  en  faisaient  le  prix. 


H-7 


Et  je  me  retrouve  après  cela  en  petit  veston  de  teinte 
sobre,  moi  qui  lis  encore  dans  mon  compatriote  Casanova 
la  description  de  nos  riches  habite  de  velours  brodé  d'or; 
comment  voulez -vous  que  je  ne  regrette  pas  le  temps  où 
j'étais  peut-être  spadassin  à  gages,  mais  armé  d'une  rapière 
au  lieu  du  chétif  porte-plume  dont  je  signe: 

Vaudreuil. 


248 


*: 


IJn  soulier  de  femme,  et  brillant,  achevé,  net,  poli, 
dessinant  de  la  pointe  du  pied  à  la  base  du  talon  une  ligne 
cambrée  souverainement  où  doit  se  poser  sans  la  faire  plier, 
sur  cette  voûte,  le  poids  du  corps  d'une  jolie  femme,  c'est  le 
plus  délicat  objet  qu'il  soit  donné  à  un  homme  de  tenir  dans 
ses  mains. 

Comment  ne  pas  aimer  pour  eux-mêmes  de  véritables 


249 


bijoux  où  la  pureté  de  la 
ligne  longtemps  cherchée, 
obtenue  à  coups  d'épurés, 
fait  ressortir  la  richesse  des 
matériaux  employés ,  qui 
à  leur  tour  suivent  harmo- 
nieusement dans  ses  ondu- 
lations subtiles  la  courbe 
minutieusement  calculée  ? 
Un  bottier  existe,  qui 
possède  les  secrets  des  fées 
et  la  clientèle  des  fées,  sans 
préjudice  de  celle  des  Amé- 
ricaines et  des  plus  élégan- 
tes parmi  nos  belles  amies, 
car  la  clientèle  des  fées, 
c'est  très  joli,  mais  il  faut 


DAGOBERT 
Soulier  de  cour  al- 

ant  avec  une  robe 
de  caractère.   C'est 

n  lamé  patiné  et  un 
chevreau  vieil  or. 


GITANE -Sou 
de  visite  en  antik 
incrustée  de  ban 
de  vernis  noir,c 
une  bande  se 
bat  sur  le  desti 


250 


TRIBOU  LET 
Mule  de  forme  très 
allongée.  Une  corde- 
lière lâche  en  tresse 
d'or  passe  sans  le  ser- 
rer autour  du  pied. 


OULE de  NEIGE 
ntièrement  de  sa- 
h  blanc  ;  incrusté 
!  petits  brillants  ; 
i  boule  de  strass 
uant  sur  le  pied. 


songer  au  solide.  Il  tient  de 
l'orfèvre  pour  le  caractère 
précieux  de  ses  créations, 
du  potier  pour  l'élégance  de 
leur  forme.  On  se  demande 
même  s'il  n'est  pas  autant 
potier  que  bottier. 

C'est  Pérugia.  Il  modèle 
de  ses  ingénieuses  mains  des 
souliers  qui  ont  la  légèreté 
palpitante  de  l'oiseau,  la 
blancheur  du  cygne  —  et  où 
l'Amour  dans  un  tout  petit 
espace  de  satin  rose  se  blot- 
tit.. .  "À  l'Amour  bottier  " 
voilà  quelle  devrait  être 
l'enseigne  de  sa  maison. 


251 


N  E  M  RO  D 


O  U 


LE    DEPART    POUR   LA   CHASSE 


Costume  de  chasse,   de  Larse 


N 


252 


DESCRIPTION 
ET  EXPLICATION 


DES  PLANCHES  HORS-TEXTE 


ET 


PAGES  DE  CROQUIS 

M 


PLANCHES  HORS -TEXTE 

Planche  56.  —  Deux  chapeaux,  de  Camille  Roger,  l'un  en  velours 
écaille  blonde  garni  d'un  canard  de  même  couleur  ;  l'autre ,  en 
velours  également,  à  voilette,  et  portant  une  pomme  de  pin  en  ruban. 


Pl.  57.  —  Costumes  veston,  de  Larsen. 


Pl.  58.  —  Le  manteau  à  col-écharpe  de  kolinsky  est  de  Martial 
et  Armand.  Une  demi-cape  lui  donne  son  aspect  assymétrique.  La 
redingote,  velours  au  col  et  aux  parements,  est  de  Lus  et  Befve. 


Pl.  59.  —  Une  robe  du  soir,  de  Paul  Poiret,  en  velours  noir  et  col 
de  skungs. 


255 


Pl.  60.  —  De  Worth,  deux  robes  pour  le  soir:  l'une  en  crêpe 
georgette  noir  perlé  posé  sur  un  fourreau  lamé  d'or;  l'autre,  drapée, 
en  lamé  d'or,  ceinture  de  pierreries  et  ruban  de  taffetas  rose. 


Pl.  61.  -  Une  robe,  et  un  manteau  d'enfant,  de  Jeanne  Lanvin.  La 
robe  est  en  crêpe  de  chine,  avec  manteau  en  lainage,  l'une  et  l'autre 
incrustés  et  brodés  noir  et  blanc.  L'enfant  porte  un  manteau  en  velours 
de  coton  bordé  de  blanc. 


Pl.  62.  —  Une  robe,  de  Madeleine  Vionnet. 


Pl.  63.  —  De  Béer,  une  robe  d'après-midi,  en  crêpe;  col,  manchet- 
tes et  ceinture  en  mousseline  ornée  de  dentelle  d'or. 


RECTO  DES  PAGES  DE  CROQUIS 

CONTENUES  DANS  CE  FASCICULE 
(Modèles  de  LA  GAZETTE) 

Ces  huit  croquis  font  voir  le  parti  que  la  mode  peut  tirer  des  figures 
géométriques.  Robes  d'après-midi,  robes  du  soir  et  manteaux ,  chacun 
de  nos  dessins  s'inspire  d'un  parti  pris  linéaire  communiquant  au  modèle 
la  sûre  élégance  des  lignes  élémentaires:  bandes,  pointes,  festons, 
triangles,  courbes  et  chevrons. 


254 


VERSO  DES  PAGES  DE  CROQUIS 

(Modèles  de  LA  GAZETTE) 


N°  I.  Cravates  de  chasse.  —  Fig.  i,  la  cravate  est  serrée  autour 
du  cou  au  moyen  d'un  ruban  qui  passe  dans  une  boutonnière  et  vient 
se  nouer  sur  la  cravate.  —  2,  cravate  plissée.  —  3,  cravate  en  fourrure 
retenue  par  une  bague.  —  4,  composée  de  deux  pièces  :  une  pièce  autour 
du  cou  destinée  à  attacher  par  son  milieu  la  cravate  proprement  dite. 


N°  II.  Bracelets  et  bracelets-montres.  Cette  page  est  inspirée 
par  les  cordages  et  les  nœuds  usités  dans  la  marine.  Tous  ces  modèles 
sont  conçus  pour  être  exécutés  en  or.  —  Fig.  1 ,  bracelet-boîte  à  poudre 
en  corde  d'or  combinée  avec  le  ruban.  —  2  et  3,  bracelets -montre.  — 
4,  5  et  6,  bracelets  faits  de  cordes  d'or,  nouées,  retenant  et  entrelaçant 
des  pierres  noires  ou  rouge  foncé. 


N°  III.  Le  sac  a  main.  —  Fig.  1,  ceinture  aumonière  à  porter  sur 
une  robe-rnanteau  ;  daim  noir  ;  monogramme  rubis  et  brillants.  — 

2,  sac  rond,  en  cuir,  extra-plat;   on  peut  le  tenir  par  le  gland.  — 

3,  bourse  en  cuir  souple,  lanière  et  gland  en  cuir,  —  4,  sac  en  phoque 
plissé  dans  le  haut,  fermoir  gaîné,  poches  sur  le  côté.  —  5,  sac  de  moire 
noire  liseré  d'argent,  bracelet  en  argent. 


N°  IV.  Briquets- automatiques.  —  Fig.  1 ,  briquet  de  gousset  en 
or,  ornement  en  émail  cloisonné.  —  2  et  3,  argent  niellé.  —  4,  or.  — 
5,  bronze  incrusté  d'or  ;  les  têtes  sont  d'émail.  —  6,  extra-plat  ;  émail; 
cadre  et  ornement  en  or  incrusté. 


N°  V.  Parapluies.  —  Manches  et  bouts  de  parapluies ,  en  bois, 
inspirés  de  l'art  nègre,  océanien,  incas.  Fétiches,  objets  usuels,  sculp- 
tures de  toutes  sortes  peuvent  servir  à  imaginer  de  très  curieux  manches, 
gros,  bien  en  main  et  très  originaux. 


255 


N°  VI,  Peignes.  —  Modèles  influencés  par  l'art  russe,  et  parti- 
culièrement par  ces  peignes  que  les  paysans  russes  du  Nord  travaillaient 
au  couteau  dans  les  défenses  des  morses.  A  exécuter  en  nacre  et  en  ivoire. 


N°  VIL  Les  gants.  —  Fig.  1,  gant  en  peau  retenu  deux  fois,  au 
poignet,  par  des  cordelières.  -—2,  gant  à  crispin,  monogramme  sur  le 
dos  de  la  main.  —  5,  liserés  de  peau  d'une  autre  couleur  dépassant  sur 
un  gant  de  peau.  —  4  et  5,  forme  gantelet  d'armure.  —  6,  revers  d'une 
autre  couleur,  retournant  sur  le  gant.  —  7,  gant  à  crevés. 


N°  VIII.  Liseuses  et  bonnets.  —  Fig.  1,  bonnet  de  nuit  étoile, 
en  dentelle  au  crochet,  deux  plissés  de  lingerie  au  bord.  —  2,  bonnet 
du  matin  en  batiste  festonnée  ;  le  bord  forme  cocarde;  au  centre,  petite 
cocarde  ;  bride  de  ruban.  —  3,  liseuse  en  batiste  de  fil  entièrement 
plissée  bordée  valenciennes  tuyautée.  —  4,  bonnet  batiste  bordé  d'un 
feston  ;  la  bande  du  dessus  de  la  tête  est  repliée  et  se  retourne  sur  elle- 
même'    -  5,  tête  de  lit  Louis  XIII  en  batiste  tuyautée  non  empesée. 


# 


256 


LES  CINQ  SENS 
LE   GOUT 

CHAPEAUX,    DE    CAMILLE    ROGER 


N°  8  de  La  Gazette 


Année  1922.  —  Planche  56 


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NEUF  HEURES...  IL  FAUT  QUE  JE  RENTRE  DINER 

COSTUMES    VESTON,    DE    LARSEN 


N°  8  de  La  Gazette 


Année  1922.  —  Planche  57 


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"ON  SE  REVERRA,  J'ESPERE... 

MANTEAU,  DE  MARTIAL  ET  ARMAND.    REDINGOTE,  DE  LUS  ET  REFVE 


N°  8  de  la  Gazette 


Année  1922.  —  Plandie  58 


LA  BELLE  AFFLIGÉE 

ROBE    DU    SOIR,    DE    PAUL    POIRET 


N°  8  de  La  Gazette 


Année  1922.  —  Planche  59 


VESPER 


ROBES    DU    SOIR,    DE    WORTH 


N°  8  de  La  Gazette 


Année  1922,  *-  Planche  60 


L'ENFANT 

ROBE,    ET    MANTEAU 


N°  8  de  la  Gazette 


NADE 


ANNE    LANVIN 


Année  1922.  —  Plandie  61 


UNE    ROBE    DE    MADELEINE    VIONNET 


N°  8  de  La  Gazette 


Année  1922.  —  Planche  62 


LA  PROMENEUSE  MÉLANCOLIQUE^ 

ROBE    D'APRÈS-MIDI,    DE    BEER 


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Iti 


N°  8  de  La  Gazette 


Année  1922.  —  Planche  63 


^^m^t 


N°  8  de  La  Gazette 


Année  1922.  -  Croquis  N°  I 


N°  8  de  La  Gazette 


Année  1922.  —  Croquis  N°  II 


B   R    A    C   E    L    E    T    S        ET       BRACELETS-MO   N   T   R   E  S 

ni  il  il  iiiiniii  iiiiiii  i iiiiiwmBmiBimninBMiimmii i ■ rrnr-iirnmni imiii  w 


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J$  l^tf 


N°  8  de  La  Gazette 


Année  1922.  —  Croquis  N"  III 


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N°  8  de  La  Gazette 


Année  1922.  —  Croquis  N°  IV 


BRIQUETS 


UTOMATIQUES 


F/ a.  7 


Fi  g.  (9. 


F/g.  2 


FJg.3 


VTO 


F7g.Jf 


EûS 


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jV°  8  de  La  Gazette 


Année  1922.  —  Croquis  N"  V 


M      AN     C      H      E      S 


D      E 


PARAPLUIES 


JV°  S  de  La  Gazette 


■ 


Année  1922.  —  Croquis  N°  VI 


PEIGNES  EN  NACRE  ET  IVOIRE 


N°  8  de  La  Gazette 


Année  1922.  — Croquis  N°  VII 


LES 


G        A        N        T        S 


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N°8deLa  Gazette 


Année  1922.  —  Croquis  N°  VIII 


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BONNET 


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LES   ROBES   ASYMÉTRIQUES 


^l/ous  allez  vous  moquer  de  moi  et  me  taxer  de  pédantisme. 
Mais  tant  pis,  il  faut  que  je  vous  le  dise  :  votre  robe  me 
rappelle  un  passage  de  Xénophon,  dans  ses  "  Économiques  ". 
Voilà,  je  l'avais  bien  prédit,  vous  trouvez  que  c'est  ridicule 
et  que  pour  trouver  un  rapport  entre  vos  robes  et  les 
Economiques,  il  faut  vraiment  n'avoir  jamais  jeté  les  yeux 
sur  une  facture  de  votre  couturier.  C'est  votre  faute,  aussi! 
Pourquoi  vous  plaisez -vous  à  jeter  dans  votre  costume  un  défi 
aux  traditions*  sacro-saintes  de  l'esthétique  ?  Mon  Xénophon 
n'était  pas  seulement  un  brillant  officier  de  cavalerie,  c'était 
un  homme  de  sens,  qui  avait  des  idées  sur  l'art,  peut-être 
même  sur  la  mode.  Son  goût  vous  paraîtra  peut-être  assez 
pompier  :  de  son  temps,  le  grand  chic  était  de  s'habiller  à  la 


257 


Copyright  November  1922,  by  Lucien  Vogel,  Paris. 


Raymond  Duncan,  ce  qui  est  terrible- 
ment vieux  jeu.  Pour  ce  qui  est  de  l'art, 
il  faisait  grand  cas  de  Tordre  et  de  la 
régularité ,  prétendant  que  "les  objets 
paraissent  beaux  quand  ils  sont  disposés 
avec  symétrie".  C'était  sa  marotte  ;  il 
n'avait  que  ce  mot  à  la  bouche.  "La 
belle  chose  à  voir,  s'écriait-il,  que  des 
chaussures  bien  rangées  selon  leur 
espèce  !  La  belle  chose  que  des  couver- 
tures !  La  belle  chose  que  des  vases 
d'airain!  Labelle  chose  que  des  casseroles 
rangées  avec  intelligence  et  symétrie". 
Votre  robe  et  ses  manches  contra- 
dictoires,  celle-ci    ajustée,    celle-là 


"  kimono  ",  l'une  qui  dit 
blanc,  l'autre  qui  dit 
noir,  eussent  étonné  ce 
militaire. 

De  nos  jours,  le  culte 
de  la  symétrie  ne  se  ren- 
contre plus  que  dans  le 
cœur  ingénu  des  capi- 
taines d'habillement. 
Pour  mieux  dire,la  notion 
de  symétrie  a  changé  de 
caractère.  Ce  que  nous 
entendons  aujourd'hui 
par  symétrie,  ce  n'est 
plus,  comme  jadis,  si  vous 


258  . 


me  passez  ce  vocabulaire  bien  abstrait, 
l'exacte  balance  d'un  motif  donné  de 
chaque  côté  d'un  axe  médian.  La 
symétrie  que  nous  aimons  se  nommerait 
mieux  "équilibre".  Ses  lois  sont  plus 
mystérieuses.  Plus  de  "pendants "mais 
un  jeu  compliqué  d'échos  et  de  "corres- 
pondances". Les  lignes,  les  couleurs 
et  les  volumes  ne  se  répètent  plus,  ils 
se  "répondent"  dans  une  ténébreuse  et 
profonde  unité. 

Nul  arbitraire  :  l'arbitraire  est  le 
contraire  de  l'art.  Mais  une  sorte 
d'ordre  intérieur  qui  ne  se  livre  pas  du 
premier  coup  et  qu'il  faut  découvrir 


§  w«*rï  a n 


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par  un  effort  conjugué 
de  la  raison  et  de  la  bonne 
volonté. 

L'art  d'aujourd'hui  est 
plein  de  coquetterie.  Il 
est  taquin,  il  est  cachot- 
tier. Il  ne  donne  plus 
le  plaisir  gratuitement, 
mais  comme,  en  quelque 
manière,  une  prime 
d'assiduité.  Les  artistes 
s'ingénient  à  mettre  en 
lieu  sûr  le  sens  de  leur 
œuvre  et  lui  construisent 
un  abri  bétonné.  Pour 


259 


trouver  ce  que  veut  dire  un  poème  moderne,  il  faut  travailler, 
prendre  de  la  peine,  creuser,  creuser  sans  cesse.  Et  quand  on 
a  bien  creusé,  on  ne  trouve  rien.  Seulement,  dame  !  ce  rien 
là,  c'est  quelque  chose  ! 

Je  m'égare,  mais  ne  me  jugez  pas  chimérique  si  je  cherche 
à  découper  dans  votre  robe  une  philosophie  de  l'art.  Songez 
plutôt  à  ce  que  serait  l'entreprise  inverse  :  de  tailler  une  robe 
dans  de  la  philosophie.  On  n'en  était  pas  loin,  il  y  a  deux  ans 
et  l'on  y  reviendra  peut-être.  Les  dis- 

ciples de  Diogène  ^^k^1  s'habillaient  ex- 


clusivement  de 
Si  nous  lancions 
vous  irait  à  mer- 


trous  et  dedignité. 
cette  mode,  qui 
veille  ? 


G.  A.Masson. 


260 


/3H**u. 


COQUETTERIE  FÉMININE 


MÉTHODES  MALAISES 
f\®  parle  de  "  l'éternel  féminin7';  mais  l'éternelle  coquetterie  est  encore 
^^  plus  répandue.  Les  descendantes  d'Astarté,  de  la  Reine  de  Saba, 
d'Isolde,  de  la  Reine  Elizabeth  d'Angleterre,  de  Madame  de  Montespan  et 
de  la  séduisante  Lola  Montez  (dont  les  brillants  attraits  faisaient  les  délices 
de  Napoléon  III)  ne  négligent  jamais  de  s'embellir/  Peu  importe  le  pays, 
la  chaleur  ou  le  froid,  ces  dames  ne  demandent  pas  mieux  que  d'augmenter 
leur  beauté  naturelle.  Et  très  souvent  les  artifices  dont  elles  se  servent 
demandent  un  grand  effort  d'imagination,  surtout  en  Orient. 


Dans  la  péninsule  malaise,  par  exemple,  la  comédienne  tâche  de  se 
donner  un  teint  européen...  "Loin  de  moi  le  jaune", 
dit-elle  à  sa  petite  glace,  qui,  n'étant  qu'à  moitié 
étamée,  est  très  trompeuse.  "Pour  épater  le  directeur, 
qui  m'a  promis  —  sur  les  tombeaux  de  ses  ancêtres 
jaunes  —  de  m'accorder  sa  protection,  il  me  faut 
absolument  une  couleur  de  roses  et  d'ivoire  ! . ."  La 
blancheur  liquide  sort  d'un  joli  pot  nacré,  le  fluide 


261 


T^T-Rrr^rarN] 


rosé  d'un  autre.  La  sauvage  imagi- 
native  exagère  le  blanc  et  le  rouge, 
car  elle  n'est  pas  capable  de  trouver 
le  juste  milieu.  Quand  le  directeur 
fidèle  à  sa  parole  approche  la  divinité 
pour  lui  prouver  la  protection  pro- 
mise, elle  prie  Monsieur  de  se  "  méfier 
de  la  peinture  "...  La  taquine  .  .  . 

Les  lèvres  de  Mademoiselle 
sont  couleur  de  sang,  et  la  pom- 
made est  mélangée  avec  un  peu 
de  sucre.  "  Tu  cKhai  la  bocca  dolce  pin  del  miele  "  disait  Don  Juan  (selon  Da 
Ponte)  à  un  de  ses  nombreux  flirts.  Le  Don  Juan  malais  est  également 
partisan  du  sucre  de  la  vie . . . 

TOUJOURS  DES  FLEURS 
Les  jeunes  filles  à  marier  de  la  Birmanie  ne  favorisent  pas  le  maquillage. 
'  Les  brunes  sont  si  chic  "  dit  un  proverbe  de  l'Orient  ;  et  les  indigènes 
n'osent  pas  modifier  ce  dicton  inspiré  par  l'originalité  de  l'Est.  Conséquem- 
ment,  Ma  Chit  est  contente  de  poser  derrière  sa  petite  oreille  une  fleur 
exotique  et  gigantesque,  et  de  porter  dans  sa  main  bien  modelée,  un  lotus. 

Si  la  belle  veut  paraître  très  virginale, 
pour  mieux  faire  la  conquête  d'un 
riche  voluptueux,  elle  cache  ses  tresses 
d'ébène  sous  une  cascade  de  ces  fleurs 
saintes.  Les  dames  qui,  pour  gagner 
leur  pain,  accueillent  les  messieurs  qui 
n'ont  pas  été  formellement  présentés, 
font  parade  de  rubis  magnifiques  — 
mais  très  mal  montés ..."  Tiens. 
Elle  est  bien  garnie  :  il  faut  être 
généreux  ". . .  Telle  est  la  pensée  de 
^^-^  l'admirateur  d'occasion  ;  quoique  les 


2b2 


roupies  lui  soient  très  précieuses,  il 
sait  jouer  le  rôle  de  parfait  gentil- 
homme malais.  Un  véritable  homme 
du  monde  . . . 

Les  femmes  de  Ceylan,  île  em- 
baumée, île  d'enchantement,  croient 
à  l'efficacité  de  l'huile  de  coco  pour 
inspirer  le  désir.  Non  seulement 
comme  onguent  pour  les  cheveux, 
qui  sont  littéralement  imprégnés 
de  ce  produit  oléagineux.  De  la  tête 
jusqu'aux  pieds,  la  charmeuse  au  teint  de  chocolat  s'en  sature  ;  et  son  amant 
de  cœur  proclame  que  l'huile  de  coco  est  plus  attrayante  que  les  bijoux 
d'une  couronne.  Embellissement  à  bon  marché  ;  pour  se  rendre  irrésistible, 
la  bien-aimée  n'a  qu'à  dépenser  quelques  petits  sous.  En  Europe,  augmenter 
la  beauté  est  chose  plus  onéreuse. 

La  Ceylanaise  enjolilée  a  un  autre  béguin  :  le  peigne,  qui  est  d'une 
immense  hauteur.  L'obligeante  tortue  de  son  pays  natal  donne  —  bon  gré 
malgré  —  beaucoup  d'écaillé  ;  l'adroit  artisan  façonne  des  peignes  à  merveille. 
Le  plus  blasé  "mangeur  de  femmes"  succombe  devant  ce  chef-d'œuvre. 


LOBES  ALLONGÉS 

A  l'Est  de  l'Afrique,  on  voit  des 
modes  et  des  bijoux  extrêmement 
curieux.  Dans  la  région  peu  connue 
où  les  sauvages  gloutons  font  en- 
graisser les  bons  missionnaires  avant 
de  les  manger,  la  plus  belle  est  celle 
qui  a  les  lobes  d'oreilles  les  plus 
allongés  et  la  jupe  (d'herbe)  la  plus 
courte.  La  pimpante  africaine  attache 
à  ses  oreilles  de  formidables  poids 
afin  que  les  lobes  soient  entraînés  en 


\  ?/ 


-•65 


bas  ;  et  si  quelque  Nélusko  trouve  la 
robe  d'une  Sélika  trop  longue  —  quoi- 
qu'elle se  termine  tout  brusquement  aux 
cuisses  —  la  docile  jeune  barbare  l'abrège 
encore.  Personne  au  monde  n'est  plus 
complaisant  que  Mademoiselle  Sélika. 


♦ 


O  Ul-  E  D 


L'écrin  de  la  féroce  enchanteresse 
est  rempli  de  colliers  et  de  bracelets 
innombrables  ;  car  ils  sont  la  dot  avec 
laquelle  attraper  le  fils  d'un  chef  de 


clan.  Au  lieu  des  pierres  précieuses,  la  dotée  se  sert  des  dents  humaines . . . 
Ces  pauvres  missionnaires . . . 

LES  YEUX  INDIENS 
La  nature  libérale  a  doué  l'Indienne  d'yeux  délicieusement  larges  et 
limpides.  Néanmoins,  Moti  salit  les  paupières,  en  haut  et  en  bas,  avec  du 
kohl,  espèce  de  graisse  noire.  Maquillés  ainsi,  les  clignements  d'yeux  de 
Moti  ravissent  les  sens  du  Rajah.  Une  toute  petite  œillade  et  le  Potentat — 
son  âme  troublée  —  donne  à  la  séductrice  une  bague  de  narine  ou  un  joli 
châle  de  Dacca.  La  toute  belle  enveloppe  sa  gracieuse  silhouette  de  la  fine 
mousseline  tramée  d'or,  et  fait  trembler  ses  jambes.  Les  seins  se  mettent 
en  mouvement  ;  les  corps,  bien  souple,  s'incline  ;  les  mains  délicates  caressent 
la  volumineuse  barbe  du  Rajah.  Con- 
quête de  son  Altesse,  triomphe  de  la 
coquetterie  indienne. 
♦  ♦ 

Les  Fatimas  turques  ont  mis  à 
l'étude  l'art  de  séduire  l'homme  ;  pour 
lui  faire  plaisir  elles  s'engraissent.  Les 
Ouled-Naïl  de  l'Egypte  se  font  maigrir 
en  dansant  continuellement . . . 

George  Cecil. 


264 


LES 

CHAPEAUX 
PLIANTS 


J^e  moment  où  j'aime  le  plus  les  chapeaux  des  femmes,  c'est 
quand  elles  les  enlèvent  —  les  robes  aussi  ;  la  tête  que  je 
trouve  qu'ils  coiffent  avec  le  plus  d'inexprimable  grâce,  c'est 
une  tête  de  Napoléon,  en  plâtre,  qui  est  sur  une  cheminée, 
chez  moi. 

Ce  n'est  pas  que  je  né  puisse  traiter  avec  compétence  et 
gravité  des  choses  de  la  Mode  :  ainsi  de  ces  chapeaux  qui  se 
plient,  dont  j'ai  mission  aujourd'hui  de  dire  ce  que  c'est.  Très 
simple,  vous  allez  voir  :  Tout  le  monde  sait  faire  les  cocottes 
en  papier  (vous  pliez  une  feuille  en  quatre,  vous  rabattez 


265 


Le  même  chapeau,  en 
peau  de  daim,  auquel 
la  façon  dont  son  bord 
est  roulé  ou  rabattu 
donne  ces  quatre 
différents  aspects. 


les  coins,  vous  faites  ensuite  je  ne 
sais  quoi,  et  cela  vous  donne  une 
cocotte,  puis  un  petit  bateau . . .) 

Les  chapeaux  pliants  ne  sont  pas 
inspirés  d'un  autre  principe,  seule- 
ment vous  obtenez  soit  un  casque, 
soit  un  tricorne  ou  un  bonnet. 

Très  supérieur,  en  comparti- 
ment, à  n'importe  quel  compagnon 


266 


>*$ 


de  voyage.    Toute  seule,  vous  ne 

vous  ennuyez  pas  une  minute  :  vous 

vous  amusez  à  n'avoir  pas  le  même 

chapeau  à  toutes  les  stations  pour 

dire  puérilement  bonjour  par  la 

portière    à    Orléans,  Marseille    et 

Nice-Terminus,  où  je  vous  quitte, 

au  bout,  vous  de  votre  voyage,  moi 

de  mon  article.  T7 

Vaudreuil. 


Chapeau  pliant  en  taffetas 
coulissé,  transformable, 
retroussé  ou  baissé,  ou 
bien  relevé  et  serré  du 
haut   comme   un    bonnet 


267 


LA  CITROËN  ET  LES  SPORTS 


LE   GOLF 

10  HP.   TORPÉDO-LUXE 


268 


POUR 
MONSIEUR 

Cantine  en  argent  incrusté  d'onyx. 
Porte     montre     en     onyx. 


cui/Um 


CANTINES   D'AUTO 


J  A  plus  fragile  main  de  chair  (et  la  plus  charmante  aussi)  — 

qui  n'est,  d'ailleurs,  paraît-il,  qu'assemblage  provisoire  de 

cent  millions  de  cellules  nerveuses  fort  peu  intéressantes  par 


269 


Cantine  en  galuchat  gris  ;  gland 
japonais  en  soie  bleue.  Intérieur  doublé 
en  soie  bleue  et  cuir  blanc  bordé  bleu. 
Trousse  en  argent,  ivoire  et  cristal. 


270 


elles-mêmes  —  frottée  d'une  seule  goutte  d'essence,  mais 
produite  par  la  macération  de  tout  un  jardin  de  roses,  portant 
au  doigt,  sur  un  fil  d'un  métal  blanc  :  le  platine,  cent  mille 
tonnes  de  charbon  de  terre  résolues  au  bout  de  cinq  fois  mille 
ans  sous  la  forme  d'un  petit  diamant  aussi  beau  qu'une  goutte 
d'eau . . .  c'est  un  peu  pour  que  cette  main  puisse  caresser 
l'ivoire,  l'écaillé,  l'ébène,  l'onyx  et  le  galuchat,  que  Dieu  mit, 
là  où  il  vit,  le  monstre  pachyderme  ;  sur  les  grèves  baignées 
d'écume,  je  suppose,  la  tortue  géante  ;  dans  la  forêt  équatoriale, 
sauf  erreur,  le  bois  noir,  dur,  inattaquable  ;  et  je  ne  sais,  de 
vrai,  en  quels  lieux,  la  pierre  colorée  comparable  à  l'agathe, 
et  l'animal,  dont  j'ignore  le  nom,  donnant  ce  cuir  verdâtre 
et  bigarré  qui  ressemble,  plus  fin  cependant,  à  la  peau  du 
crocodile. 


Vous  n'allez  pas  chercher  si  loin,  emportée  dans  votre 
auto . . .  Autour  de  votre  cou  :  la  peau  écorchée  d'un  animal 
sauvage  ;  au-dessus  de  votre  tête  :  le  plumage  arraché  d'un 
oiseau  ;  à  portée  de  votre  main  :  ce  petit  nécessaire  :  votre 
cantine,  cet  élégant  cimetière  où  l'on  peut  voir,  rangées  avec 
ordre  comme  dans  un  musée,  diverses  curiosités  de  l'Histoire 
Naturelle.  Celio. 


POUR 

MADAME 

Cantine  en  ébène.    Monture 
argent  avec  filet   en   émail    bleu. 


<D8  m  V. 


%adûv\ 


NOLHAC 


/&* u* 


1  Ce 


mm  w\  s*»1 


ARMORIAL  DES  ÉCRIVAINS  FRAN 

ÇAIS-DE   QUELQUES  ACADÉMICIENS 
BIEN    CHOISIS 


QUE  le  dernier  venu  passe  le  premier  !  Voici  Monsieur  de  Nolhac  qui 
gouverne  les  musées  de  Versailles,  qui  est  le  gardien  des  plus  nobles 
mémoires,  qui  écrit  l'histoire  avec  abondance  et  qui  est  légitimement  de 
l'Académie  Française.  Sa  famille,  en  Auvergne  et  en  Bourbonais,  porte 
"  d'azur  à  la  nef  antique  d'or  sur  un  flot  d'argent."  Avant  d'arriver  aux 
premiers  honneurs  de  la  littérature  officielle,  la  maison  de  Nolhac  occupa 
un  rang  très  élevé  dans  la  confiserie  a  Vichy.  Il  y  a  une  trentaine  d'années, 
un  Monsieur  de  Nolhac  faisait  sur  le  vieux-parc  d'excellents  sucres  d'orge 
avec  d'autres  douceurs.  Sans  déroger,  il  inscrivait  ses  armoiries  sur  des 
boîtes  élégantes.  Sa  maison  a  disparu  vers  1 900  :  cent  ans  civière  ;  cent 
ans  bannière  ! 


♦ 


Auvergnat  aussi,  était  le  baron  de  Barante  et  même  de  Thiers,  la  ville 
où  se  font  les  meilleurs  rasoirs  du  pays  de  France.  Baron  de  l'Empire,  pair 
de  la  Restauration,  Académicien  en  1828,  Barante  était  né  Brugières  et 
prétendait  remonter  à  Jean  Brugières,  marchand  puis  receveur  des  Cens, 
brûlé  vif  à  Issoire  en    1526   au  titre  d'hérétique.  L'académicien  a  laissé 


275 


des  livres  célèbres  que  personne  ne  lit  :  son 
Histoire  des  ducs  de  Bourgogne  a  le  style  et 
l'agrément  d'un  feuilleton  de  la  bonne  époque. 

Cette  famille  a  changé  quatre  ou  cinq  fois 
d'armoiries.  Nous  reproduisons  les  plus  ancien- 
nes qui  sont  aussi  les  plus  modestes. 

L'empire  avait  donné  au  futur  légitimiste 
un  règlement  neuf  d'armoiries  "  d'azur  à  la 
croix  pattée  d'argent,  à  la  Champagne  de 
gueules." 

Les  Brugières,  avec  ou  sans  Barante,  ne 
peuvent  pas  être  rattachés  à  l'ancienne  famille 
Brugier,  de  St~Flour. 

Thiers  et  St-Flour?  ce  serait  trop  !  . . . 


BARANTE 


La  maison  Cléron  d'Haussonville  sortit  de  l'ancienne  chevalerie  de  Lor- 
raine n'ayant  donné  aux  belles  lettres  qu'un  grand  louvetier  de  France, 
mais  ayant  pris  femme  dans  la  famille  de  Broglie.  Elle  servit  aussi  l'Em- 
pire avant  d'être  servie  par  la  Restauration.  Le  premier  académicien,  car 
ils  furent  deux,  était  le  fils  du  comte  de  l'Empire,  chambellan  de  Napoléon, 
qui  passa  au  service  de  la  Restauration  avec  le  titre  de  comte-pair  héré- 
ditaire et  mille  avantages. 

Le  second  académicien,  marié  à  une  d'Har- 
court-Olonde,  appartenait  à  ce  groupe  du  Grand 
Salon,  dont  il  est  plus  facile  de  citer  les  titres 
héraldiques  que  les  titres  littéraires. 

Les  Haussonville  aspirent  à  une  parenté  avec 
S* -Bernard  et  portent  les  armes  réglées  sous  la 
Restauration  "  de  gueules  à  la  croix  d'argent, 
accompagnée  de  4  croix  tréflées  du  même.  Sur 
le  tout,  de  gueules  chargé  de  5  saffres  (aigles  de 
mer)  d'argent  posées  en  sautoir."  Notre  dessin 
donne  un  écu  plus  ancien. 

HAUSSONVILLE 


274 


Tous  les  académiciens  n'ont  pas  servi  les 
régimes  successifs  ;  en  voici  un  qui  ne  se  prêta  pas 
à  deux  maîtres  :  Bonald  était  du  Rouergue,  où 
sa  famille  établit  sa  filiation  depuis  1597.  Ce 
puissant  génie  enraciné  dans  la  tradition  avait 
ébloui  l'Empereur,  son  adversaire ,  au  point  que 
Napoléon  lui  offrit  le  gouvernement  du  Roi  de 
Rome.  Bonald  refusa  et  attendit  le  retour  de  son 
roi.  Vicomte  par  ordonnance  de  1825,  il  fut  créé 
baron-pair  sur  institution  de  majorât  en  1824. 
Il  entra  à  l'Académie  Française  en  1850,  laissant 
parmi  ses  fils  un  prêtre,  qui  devint  cardinal- 
archevêque  de  Lyon.  Ce  digne  prince  de  l'Église 
puisait   ses   mandements  dans  l'œuvre    de    son 

père,  ce  qui  faisait  dire  aux  Lyonnais,  pieux  mais  malins  :  "  Gloria  patri  !  " 
Les  armes  anciennes  des  Bonald  sont   "  d'azur  à  l'aigle  éployée  d'or." 

La  Restauration  les  modifia  ainsi:  écartelé;  au  1  et  4  d'azur  à  l'aigle  d'or; 

au  2  et  5  d'or  au  griffon  de  gueules. 


BONALD 


Après  l'ultramontain,  on  passe  au  chef  du  parti  catholique  libéral,  Mon- 
talembert,  membre  héréditaire  de  la  Pairie  en  1855,  membre  de  l'Acadé- 
mie en  1851.  Il  était  né  à  Stannor  en  1810.  Son  auteur,  marié  à  une 
Demoiselle  Forbes,  était  entré  comme  cornette  dans  l'armée  anglaise,  y 
était  parvenu  au  grade  de  colonel  en  1811,  avait  gardé  les  mêmes  galons 
français  en  1814  et  avait  reçu  les  honneurs  de 
la  pairie  en  1819. 

L'académicien  appartenait  à  une  ancienne 
famille  de  chevalerie  du  Poitou  qui,  du  treizième 
au  vingtième  siècle,  a  donné  quinze  branches 
avec  beaucoup  de  rameaux.  Tous  portent  u  d'ar- 
gent à  la  croix  ancrée  de  sable." 


♦ 


Monsieur  de  Fontanes  ne  se  piquait  d'unité 
ni  dans  la  vie,  ni  dans  les  croyances.  Il  voulait 
simplement  appartenir  à  une  famille  d'Alais, 
passée  en  Suisse,  après  les  guerres  de  religion. 


275 


MQNTALEMBERT 


*l  h 


■-■::\ 


FONTANES 


comme  protestante.  Il  était  de  foi  tiède  et  inopé- 
rante quand  il  devint  comte  de  l'Empire  en  i  808. 
Il  afficha  du  catholicisme  quand  une  Ordonnance 
royale  de  1817  l'eut  fait  marquis.  Son  existence 
s'est  employée  à  écrire,  et  à  collectionner  les 
titres  et  les  qualités  :  Membre  de  l'Institut, 
Président  du  Corps  Législatif,  Grand-Maître  de 
l'Université,  membre  du  Conseil  privé.  Il  mou- 
rut en  1821  et  fut  vite  oublié  sous  une  pierre 
tombale,  parée  du  fier  écu  de  "sable  à  la  fon- 
taine d'argent ^  au  chef  d'or  chargé  de  trois 
pommes  de  pin  d'azur." 


♦ 


Après  ces  morts,  très  morts,  voici  venir  le  plus  vivant  des  académiciens, 
journaliste,  romancier,  auteur  dramatique,  gentilhomme  normand  fixé 
dans  la  Lozère. 

Monsieur  Ango  de  la  Motte -Ango,  marquis  de  Fiers,  prend  les  origines 
de  sa  famille  dans  Argentan  où  les  Seigneuries  de  la  Motte  et  de  Lezeau 
furent  érigées  en  un  seul  marquisat  la  dernière  année  du  dix-septième 
siècle  pour  Nicolas  Ango.  En  1717,  la  branche  aînée  a  relevé  le  titre  de 
marquis  de  Fiers,  après  une  alliance  avec  l'héritière  des  Pellevé-Flers,  ce 
qui  a  été  confirmé  le  14  Juillet  1862  par  Napoléon  III. 

Tels  sont  les  délicats  échantillons  des  émaux 
académiques.  Un  armoriai  de  l'Académie  Fran- 
çaise formerait  un  gros  volume,  et  les  volumes 
ne  doivent  jamais  être  gros.  Il  faudrait  une 
bibliothèque  pour  étaler  les  généalogies  et  pein- 
dre les  armes  de  Messieurs  les  membres  de  l'In- 
stitut. Au  surplus  ils  sont  tous  gentilshommes 
puisqu'ils  portent  l'épée  —  l'inoffensive  épée,  qui 
présente  le  seul  danger  de  les  aider  à  choir,  quand 
ils  succombent  sous  la  gloire  et  sous  les  ans. 

Jean  de  Bonnefon. 

FLERS 


276 


De  gauche  à  droite: 
Cassia  Amara  et  velours 
noir  ;  petites  fleurs  de  bois 
sculptées  et  laquées; chapeau 
en  taffetas  et  copeaux 
de    chêne    d'Amérique. 


B 

DANS 


L  E 

O  I  s 

LA     MODE 


A  matière  demeure  et  la 
forme  se  perd.  Ainsi ,  les 
forêts  coupées  qui  descen- 
dirent toutes  seules  jus- 
qu'aux scieries  par  le  fil  d'un 
fleuve  d'Amérique,  on  en 
retrouverait  peut-être  un 


277 


Souliers  à  ta- 
lons, bouts  de 
pied  et  boucles, 
en  bois  sculpté. 


Au-dessus  et  à  droite: 
Torsade,  bracelets  et 
peignes,  en  éhène. 


petit  morceau  d'une  des  bûches  sur 
votre  pied  charmant,  maintenant  qu'on 
taille  dans  les  bois  précieux  des  boucles 
de  soulier. 

Tout  dans  la  nature  entre  dans  tout; 
elle  n'est  diverse  qu'en  apparence  et 
envisagée  avec  la  débilité  de  notre 
entendement.  Les  créatrices  de  la  mode 
sentent  confusément  cela,  que  l'obsti- 
nation de  leurs  recherches  conduisent 


278 


par  rimagiïiation  à  la  philosophie  ;  et 
qui  feront  entrer  demain,  si  on  les  en 
défie,  dans  une  robe  du  soir,  l'acier  étiré, 
si  beau,  et  le  platine  ductile  ;  et  placent 
aujourd'hui,  avec  une  simplicité,  une 
fraîcheur  d'inspiration  dignes  des  pre- 
miers âges,  sur  un  chapeau  de  velours, 
ces  grappes  de  cassia-amara,  tisane 
vendue  quinze  sous  le  quart  dans  un 
petit  sac  blanc,  chez  le  beau  premier 
herboriste. 


Caylus. 


En  haut:  Bra- 
celets 'et  peigne 
en  bois  de  rose. 
A  gauche:  Bois 
d'amaranthe 
découpé  et  ap- 
pliqué sur  cuir. 


Gros  boutons  sculptés,  en 
bois  ;  et  franges  de  bois 
à  la  robe  et  au  chapeau. 


LA  SOIRÉE  AU  THÉÂTRE 

HABIT  DE  COULEUR,  SMOKING  ET  CAPE"PRIOLA",  DE  LARSEN 


280 


DESCRIPTION 
ET  EXPLICATION 

DES  PLANCHES  HORS-TEXTE 

ET 

PAGES  DE  CROQUIS 


* 


PLANCHES  HORS-TEXTE 

PLANCHE  64.  —  Une  robe  et  un  manteau  d'après-midi,  de  Martial 
et  Armand,  faits  pour  aller  ensemble.  La  robe  est  un  broché  blanc 
et  argent  sur  fond  de  velours  noir  ;  la  tunique  >  ouverte  devant,  est 
bordée  de  renard  noir,  Grande  cape  en  velours  noir,  doublée  de  loutre. 


Pl.  65.  —  La  robe  d'après-midi  est  en  crêpe  tchina  et  agnella 
bri quêté,  deux  tissus  de  Rodier.  L'infidèle  est  habillé,  par  Kriegck, 
d'une  jaquette  bordée,  pantalon  gris,  gilet  droit  du  bas. 


Pl.  66.  —  De  Béer,  une  robe  du  soir  dont  la  jupe  est  toute  de 
perles  teintées  sous  une  dentelle  d'argent.  Corsage  en  mousseline 
brodée  de  diamants  sur  un  fond  d'argent. 


281 


Pl.  67.  —  Robe  d'après-midi,  de  Paul  Poiret,  en  crêpe  noir  et  crêpe 
blanc  ;  ceinture  cordonnet  et  soie  ;  franges  de  soie. 


Pl.  68.  —  Costume  veston,  et  pardessus  à  revers  de  velours,  de 

Lus  et  Befve. 

* 

Pl.  69 .  —  Deux  robes  de  Jeanne  Lan  vin  :  l'une  en  crêpe  brodé  chenille 
et  argent  ;  chevrons  et  cocardes  en  velours.  L'autre,  la  robe  de  fillette, 
en  velours  noir  et  crêpe  de  chine  ;  boutons  d'argent  en  forme  de  glands. 


Pl.  70.  —  Un  manteau,  de  Madeleine  Vionnet. 

Pl.  7 1 .  —  De  Worth ,  un  manteau  et  une  robe  d'après-midi  en 
crêpe  de  chine  broché  or  et  argent  et  garni  de  fourrure. 


RECTO  DES  PAGES  DE  CROQUIS 

CONTENUES  DANS  CE  FASCICULE 
(Modèles  de  LA  GAZETTE) 

LES  MANTEAUX  DU  SOIR  EN  FOURRURE  COMBINÉE  AVEC 
DES  SOIERIES  DE  BIANCHINI  ET  FÉRIER. 

Dans  ces  huit  croquis  de  capes  et  de  manteaux  pour  le  soir,  on 
a  voulu  combiner  de  toutes  les  manières  les  fourrures,  les  velours, 
les  lamés,  les  satins.  Pour  la  partie  "soierie"  de  chacun  de  ces 
modèles,  on  s'est  inspiré  uniquement  de  tissus  de  Bianchini,  dont  les 
Matelassés  modernes,  notamment,  épais  et  moelleux,  parfois  mélangés 
d'or   et   d'argent,    ajoutent   à   la   richesse    des    fourrures    précieuses. 


282 


VERSO  DES  PAGES  DE  CROQUIS 

(Modèles  de  LA  GAZETTE) 

N°  I.  Jarretières  et  jarretelles.  —  Fig.  1,  Autant  de  boucles 
de  ruban  que  de  lettres  au  nom  de  celle  qui  les  porte  (lettres  perlées).  — 

2,  ruban  élastique  noir  bordé  de  strass,  boucle  de  strass.  —  3,  ruban 
élastique,  fermoir  et  coulant  en  argent.  —  4,  une  petite  chaînette  fine 
terminée  par  une  médaille  s'enroule  autour  du  ruban.  —  5,  plaque 
d'identité  en  or  gravé,  fixée  à  la  jarretière  par  deux  fils  d'or.  —  6,  petites 
plaques  d'or  émaillées  fixées  à  distances  régulières  sur  le  ruban 
élastique.  —  7,  8,  9,  pour  bas  de  laine,  la  première  jarretière  en  drap 
découpé  ;  la  seconde  en  élastique  blanc  formant  entrelacs  sur  élastique 
noir  ;  la  troisième  en  daim,  un  élastique  noir  passant  dans  les  bouton- 
nières. — 10,  jarretière  portant  une  devise,  l'autre  jarretière  peut  porter 
une  devise  différente,  complétant,  précisant  ou  bien  contredisant  la 
première.  —  11,  jarretelle  soie  et  petits  diamants.  —  12,  jarretelle 
monture  or,  coulant  gravé. 

* 

N°II.  Éventails.  —  Fig.  i,  Dentelle  d'or.  —  2,  paradis  noir, 
miroir  incrusté  dans  la  monture  d'ivoire  de  l'éventail.  —  3,  éventail 
en  plumes,  chaîne  de  perles  venant  s'attacher  au  bras.  —  4,  plumes 
d'autruche,  manche  caducée  d'écaillé  renfermant  un  nécessaire  à 
fermoir.  —  5,  éventail  en  plumes  de  paradis  blanc,  poignée  de  jade, 
cordelière  enroulée  au  centre,  en  métal,  et  gland  de  soie. 

* 

N°  III.  Souliers,  modèles  de  pérugia.  —  Fig.  1 ,  Soulier  de  chasse, 
tige  en  chevreau,  empeigne  et  contrefort  en  box-calf  acajou,  double 
semelle.  —  2,  pour  monter  à  cheval,  un  soulier  en  chevreau  gris.  — 

3,  soulier  bas,  en  crocodile  acajou,  —  4,  soulier  en  cuir  rouge,  pour 
la  marche.  —  5,  pour  la  marche  également,  un  soulier  en  cuir  jaune 
et  daim  blanc. 

* 

N°  IV.  Le  bouton  dans  la  mode.  —  Fig.  1,  Grand  bouton  de 
faïence  décorée  à  la  manière  des  vieilles  assiettes  ;  le  bouton  se  coud 
par  deux  trous ,  le  fil  passe ,  comme  ferait  un  lien ,  sur  la  tige  de  la 
fleur.  —  2,  fruit  de  faïence  décoré  de  couleurs  vives  :  vert  et  rose,  par, 
exemple.  —  3,  bouton  bombé  en  forme  de  couvercle  de  soupière  — 
en  faïence  décorée.  —  4,  coque  de  noix  laquée  en  noir,  int/pieur 


285 


doré.  —  5,  bouton  très  gros,  unique,  en  ivoire,  formant  médaillon  ou 
reliquaire.  —  6,  dé  de  cristal,  taillé  et  peint. 

* 

N°  V.  Les  cannes  pour  dames.  —  Fig.  i ,  le  manche  en  or,  monté 
sur  une  charnière,  s'ouvre  et  contient  une  éponge  imbibée  de  parfum.  — 
2,  manche  en  ébène.  —  5,  canne  à  musique,  en  céramique  et  platine: 
on  appuie  sur  le  bouton  et  ça  vous  joue  un  petit  air.  —  4,  en  ivoire.  — 
5,  éléphant  lance-parfum  monté  sur  une  canne,  l'éléphant  est  en  ivoire 
et  or.  —  6,  manche  de  canne  en  argent  et  émail,  s'ouvrant  et  formant 
reliquaire.  —  7,  coquillage  en  vraie  coquille  permettant  d'entendre, 
à  la  campagne,  le  bruit  lointain  de  la  mer.  —  8,  manche  mirliton,  en 
bkmbou,  tout  enrubanné  de  ruban  de  toile  cirée. 


N°  VI.  La  plume  de  basse-cour.  —  Fig.  1 ,  toque  couvrant  les 
oreilles   et  collier   de    faisan  ;  motif  de  plumes  partant  du  cou.  — 

2,  plumes  de  coq  au  cou  et  au  manchon.  —  3,  peigne  avec  franges 
de  plumes  tombant  sur  la  nuque.  —  4,  minoche  de  pintade  ou  de  poule 
garnissant  un  col  noué  et  des  poignets.  —  5,  éventail  et  coiffure  en 
faisan  blanc  de  Chine. 

N°  VIL  Boucles  D' oreilles.  —  Fig.  1,  Dieu  Civa  :  le  cercle  en 
or,  le  dieu  en  corail,  le  gland  en  fil  de  soie.  —  2,  hippogriffe  (art 
assyrien)  or  et  perles  ;  un  cordonnet  de  soie  tenant  à  la  boucle  d'oreille 
se  noue,  d'une  part,  sur  le  cou,  par  deux  perles  réunies  par  une  agrafe, 
et,  d'autre  part,  retombe,  terminé  aux  deux  bouts  par  une  perle.  — 

3,  la  Comédie,  en  corail,  et  la  Tragédie,  en  jade.  —  4,  le  Soleil  de  Minuit, 
en  or.  —  5,  Savastica  est  un  signe  cabalistique,  porte -bonheur,  par 
conséquent  venu  des  Indes  ;  en  or  incrusté  de  pierres  précieuses. 

* 

N°  VIII.  La  fleur  artificielle.  —  Fig.  1 ,  signet  de  livre  en 
ruban,  une  fleur  à  chaque  extrémité.  —  2,  en  boutons  et  garnissant 
l'élastique  qui  tient  le  gant.  —  3,  bracelet  de  myosotis  sur  un  ruban.  — 

4,  très  petites  fleurs,  ou  pétales,  entourant  la  montre  et  garnissant 
de  chaque  côté  les  soufflets  du  sac.  —  5,  coiffure  et  éventail,  en 
primevères.  —  6,  un  bouquet  de  violettes  de  Parme  que  l'on  porte  à 
la  main,  et  qui  s'ouvre,  contenant  une  glace  et  une  houppe  à  poudre.  — 
7,  8  et  9,  fleurs  en  pompon  de  souliers  ;  sur  un  soulier  en  lamé  d'or, 
des  rubans  cousus  de  boutons  d'or. 


<     ("*$4li  i 


LA   CAPE   ADMIRABLE 

ROBE   ET   MANTEAU,   POUR   L'APRÈS-MIDI,   DE   MARTIAL   ET   ARMAND 


V°  9  de  La  Gazette 


Année  1922.  —  Planche  64 


"TANT   DE   CHAGRIN..." 


o  u 


L'INFIDELE 

ROBE    D'APRÈS-MIDI,   EN    CRÊPE    TCHINA    ET   AGNELLA,   DE    RODIER 
JAQUETTE   BORDÉE,  PANTALON,  ET  GILET,  DE   KRIEGCK 


W°  9  de  La  Gazette 


Année  1922.  —  Planche  65 


N°  9  de  La  Gazette 


Année  1922.  —  Plandie  66 


"AU    REVOIR,   MON    AMOUR... 

ROBE    D'APRÈS-MIDI,   DE   PAUL   POIRET 


n 


H°  9  de  La  Gazette 


Année  1922.  -  Planche  67 


DEUX    COUPS    DE    CHAPEAU 

COSTUME,  ET   PARDESSUS,   DE   LUS   ET   BEFVE 


N°  9  de  La  Gazette 


Année  1922.  —  Planche  68 


35 


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PORTRAIT    DE    Mme  V.  R.   ET   DE    SA   FILLE 


ROBES,    DE    JEANNE    LANVIN 


N°  9  de  La  Gazette 


Année  1922.  —  Planche  69 


***^i*^ta8s«jtfctajiÉMiï, 


TNAYAMT  22 


UN  MANTEAU,    DE    MADELEINE    VIONNET 


N°  9  de  La  Gazette 


Année  1922.  —  Planche  70 


SYMPHONIE    AUTOMNALE 


| 


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MANTEAU,    ET    ROBE    D'APRÈS-MIDI,    DE    WORTH 


N°  9  de  La  Gazette 


Année  1922.  -  Planche  71 


%08 


HERMINE  ET 
VELOURS  IMPRI 
MÉ  ET  LAMÉ  DE 
MÉTAL 

TISSU     DE      BIANCHINI 


N°  9  de  La  Gazette 
Année  1922.  -  Croquis  N°  I 


JARRETIÈRES         ET        JARRET    E    L     L    £ 


LOUTRE 

ET   VELOURS 
IMPRIMÉ 

TISSU     DE      BIANCHINI 


\ 


1* 


'       N°  9  de  La  Gazette 
Année  1922.  —  Croquis  N°  II 


ÉVENTAILS      DE      PL   U  M  E  S  ,     DENTELLES,     E  T  C. 


LOUTRE 

ET  BROCHÉ  ET 

LAMÉ 

TISSU     DE      B  IANCHIN  I 


N°  9  de  La  Gazette 
Année  1922,  -Croquis  N°  III 


LE        SOULIER 


MODÈLES        DE        P   ER    U   Ç   /  a 


FIG4- 


FIG-3 


ZIBELINE 

ET   MATELASSÉ 
DE  SOIE 

TISSU      DE      BIANCHINI 


J^Avicj        1 


N°  9  de  La  Gazette 
Année  1922.  —  Croquis  N°  IV 


L      E 


BOUTON 


DANS 


L      A 


MODE 


F, g  5 
/l/OJRE 


HERMINE 

ET  SATIN 
LAMÉ 

TISSU      DE      BIANCHINI 


\  HÀ 


AT  9  de  La  Gazette 
Année  1922.  —  Croquis  N"  V 


LES 


CANNES 


POUR 


DAM      E      S 


/*?y  c* , 


HERMINE 

ET  MATELASSÉ 
MODERNE 

TISSU      DE     BIANCHINI 


^3¥T 


N°  9  de  La  Gazette 
Année  1922.  —  Croquis  N°  VI 


LA  PLUME 


D      E 


BASSE 


COU     R 


ryz 


PETIT   GRIS 

ET  SATIN 
BROCHÉ 

TISSU      DE      BIANCHINI 


AT  9  de  La  Gazette 
Année  1922.  —  Croquis  N°  VU 


LES 


BOUCLES 


D 


OREILLES 


/ 


HERMINE 

ET  LAMÉ 
ARGENT  ET  OR 

TISSU      DE      BIANCHINI 


N°  9  de  La  Gazette 
Année  1922.  -  Croquis  N°  VIII 


— 


EMPLOIS       DE       LA       FLEUR       ARTIFICIELL  E 


•r\i 


TA  fourrure?  Tu  es  prête?..  Tu  es  très  bien  ainsi...  Que  dis-tu?  Un 
peu  d'odeur  sur  ton  manteau?  Hâte-toi...  Je  ne  veux  pas  arriver  dans 
l'encombrement...  l'auto  ne  pourrait  plus  approcher...  C'est  entendu,  les 
matches  préliminaires  ne  sont  pas  très  intéressants  mais  on  ne  trouvera^^lfaîs  vMtfy 


285 


Copyright  December  1922,  by  Lucien  Vogel,  Paris. 


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ses  places...  Et  puis  je  compte  beaucoup  sur  Musset...  Musset  deviendra 
un  boxeur  excellent...  Parmi  les  jeunes  c'est  un  des  plus  rapides...  Je  veux 
le  voir  ce  soir... 

La  porte  se  ferme  à  l'intérieur  du  home  à  la  chaleur  sèche  et  mécanique. 
L'épouse  descend  les  marches  tapissées,  en  ajustant  sous  la  fourrure  une 
"  pression  ",  joi.nture  d'une  robe  arthritique  qui  se  disjoint  avec  un  petit 
craquement.  L'auto,  un  instant  lumineuse,  dévale  dans  la  nuit.  Un  quartier 
moins  connu  :  un  halo  signalant  l'approche  d'un  cirque  5  un  foule  qui 
ondule.  Fête  ou  meeting  ?  Jeux  ou  colère  ?..  Quel  peuple  !  on  n'a  pas  cela 
au  théâtre... 

Loges.  Fauteuils.  Galeries.  Des  flèches,  des  écriteaux,  des  chiffres 
majuscules,  précisent  l'anatomie  de  l'arène.  Une  canne  de  verre,  suspendue 
mystérieusement,  filtre  une  lumière  décomposée  sur  le  vaisseau  carré  où 
les  hommes  vont  s'affronter.  Tout  autour,  la  mode  a  disposé  une  houle  de 
robes  multicolores.  Les  hommes  nus  n'ont  pas  encore  paru  :  alors  on  regarde 
les  femmes  habillées.  Elles  avancent  lentement  entre  les  chaisses,  sous 
l'offensive  des  yeux  et  des  globes  électriques.  Les  regards  jettent  des  rayons 
perçants  et  les  lampes  à  arc  bandent  des  flèches  lumineuses  sur  les  corps 
mous.  Les  initiées  appellent  les  robes  du  nom  de  ceux  qui  les  mirent  au 
monde  : 

—  C'est  de  chez  X...  Tout  le  monde  la  porte.  Tu  vois,  il  y  en  a  au  moins 
trois  dans  la  salle...  J'ai  bien  fait  de  ne  pas  la  commander.  Tandis  que 
mon  modèle,  cette  Salomé  triste,  on  ne  la  voit  pas...  ' 

Monsieur  s'assure,  en  mettant  quinze  cents  ou  deux  mille  créatures  dans 
son  iris,  qu'il  n'y  a  pas  d'autre  Salomé  triste  dans  le  cirque.  Houle  plus  agitée 
autour  du  vaisseau  :  Deux  corps  sur  le  pont  quittent  les  bastingages  et 
s'approchent.  Engagements.  Bruit  mat.  Murmures  et  sifflets.  Halètement 
de  la  foule  qui  parfois  semble  n'avoir  qu'un  immense  poumon  pour  respirer. 
Un  visage  saigne.  Un  corps  souffre,  puis  s'effondre.  Le  mauvais  cœur  de 
l'arbitre  scande  dix  pulsations.   Coup  de  gong  :  un  vainqueur  est  né. 

—  Tu  vois  là-bas ...  au  pied  de  l'estrade,  Jeanne . . .  Elle  a  un  modèle  de 
chez  Amarillis...  et  à  côté  d'elle,  c'est  justement  le  mannequin  de  chez 
Amarillis,  mais  avec  un  autre  modèle  :  celui  que  Marnac  porte  en  ce  moment 
aux  Variétés...  Une  Australienne  l'a  commandé  devant  moi...  Je  la  trouve 
courte  de  taille...  Mais  Jeanne  peut  supporter  cela  :  ses  jambes  sont... 

286 


AU   CIRQUE    DE    PARIS 
MATCH  DE  NUIT 

HABIT,     DE     LUS     ET     BEFVE 


*87 


Le  silence  coupe  les  jambes  de  Jeanne.  Les  vedettes,  par  qui  les  fauteuils 
sojit  à  dix  louis,  paraissent  :  rose  et  noir...  Des  coups.  Une  danse  cruelle 
et  sans  mesure.  Le  noir  est  inquiet  d'abord  :  il  y  a  tant  de  blancs  dans  la  salle 
qu'un  coin  de  son  âme  tremble  encore.. .  puis  il  se  rassure  et  devient  plus  fort. 
Les  cinémas  avalent  tous  les  gestes  jusqu'aux  miettes.  Le  blanc  s'essoufle, 
saigne,  s'écroule.    Le  peuple  hurle,  siffle,  trépigne.    Le  blanc  est  vaincu. 

—  Eh  bien,  ton  champion.  C'est  tout  cela  ?..  Tiens,  à  l'angle  du  ring, 
près  du  manager,  voilà  Marthe  la  couturière  avec  son  grand  duc...  Tu  sais, 
maintenant,  on  devrait  nous  montrer  des  mannequins  après  les  boxeurs, 
des  modèles  concurrents  deux  à  deux.  Du  noir  et  du  blanc,  du  jaune  et 
du  mauve,  du  rouge  et  du  vert,  des  couleurs  qui  se  heurteraient  pour  de 


bon  et  feraient  hurler. 


Gérard  Bauër. 


La  pelisse  et  le  pardessus  à 
col  de  castor  dessinés  sur  la 
première  page  de  cet  article, 
ainsi  que  le  mac-farlane  ci- 
contre,  sont  de  Lus  et  Befve. 


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Wiill'î  À! 


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I  *    WHM't  Ui  ftMl. 

L  E  %.    ^ 

GORGE 
RETTES 


lira*: 


Cl  j'étais  maître  d'école,  je  montrerais 
à  mes  élèves,  au  lieu  de  cartes 
médiocres  et  d'oiseux  barèmes  —  je 
leur  montrerais  des  robes.  Je  rêve, 
d'ailleurs,  d'écrire  un  manuel  d'éduca- 
tion civique  et  un  copieux  ouvrage 
où  des  gravures  de  modes  remplace- 
raient les  développements,  un  peu 
longuets,  du  discours  sur  l'Histoire 
Universelle. 

Croyez- vous  qu'on  ne  comprendrait 

pas  mieux  qu'avec  Monsieur  Thiers 

l'histoire  des  Campagnes  de  l'Empire 

et  de  la  Grande  Armée  sans 

cesse   en  marche   à  travers 


289 


l'Europe,  à  regarder  ces  robes 
légères,  enlevées  en  un  tourne-main 
et  si  bien  faites  pour  des  militaires 
toujours  un  peu  pressés  ?  Et  les 
fichus  Louis  XVI,  où  s'inclinent 
déjà  tant  de  cous  charmants  et 
d'adorables  nuques,  vers  la  rouge 
machine?  et  les  robes  de  1880, 
boutonnées  jusqu'aux  oreilles, 
cuirassées  d'une  robuste  "  tournure'" 
n'indiquent-elles  pas  assez  une 
génération  qui  se  recueille  après 
des  malheurs  ? 

Aujourd'hui,  on  vient  me  parler 
gorgerettes.  Tout  de  suite,  je  pense 
au  romantisme,  à  tous  ces  chevelus 
de  1830  qui  compliquaient  leur  vie 
comme  à  plaisir,  mettaient  sans 
cesse  le  Ciel  et  l'Enfer  au  travers 
de  leur  existence,  accumulaient  les 
cas  de  conscience,  enroulaient  les 
jambes  délicieuses  de  leurs  amies 
dans  des  madapolams  empesés,  et 
tendaient  sur  leur  gorge  des  voiles 
épais  où  se  piquer  les  doigts. 

Grâce  à  Dieu,  notre  siècle  a 
marché  et  le  Progrès  n'est  pas 
un  vain  mot.  Les  repasseuses  ont 
perdu  le  secret  de  l'empois.   Si 


290 


nous  adoptons  derechef  les  modes 
d'autrefois,  c'est  pour  les  accomoder 
à  nos  façons,  comme  ces  petits 
bahuts  du  dix-huitième  qui  cachent 
les  tuyaux  d'orgue  du  radiateur. 

Pour  défendre  un  cœur  qui 
veut  rester  fidèle,  point  n'est 
besoin  de  corsets,  de  guimpes  et 
de  vertugadins.  La  vertu,  toute 
nue,  suffit  —  et  d'ailleurs  si  par 
miracle  on  s'avisait  de  nous  opposer 
)e  ne  sais  quels  obstacles,  nous 
avons  appris,  pendant  quatre  ans, 
à  mépriser  les  défenses  accessoires. 

Ainsi  donc,  nous  re verrons  les 
gorgerettes,  mais  faites  pour  nous, 
transparentes,  floues,  aériennes, 
réduites  à  rien,  parfois  à  un  nœud 
de  velours  autour  du  cou,  simple 
souvenir  du  passé  comme  le  hausse- 
col  des  grand-pères  leur  rappelait 
la  cuirasse.  D'autres  glissent  sur  de 
blanches  épaules,  quand  une  sainte 
indignation  secoue  nos  chères 
amies  ;  les  unes  sont  pudiques  et 
referment  leurs  ailes  légères  sur 
de  jeunes  poitrines,  les  autres  s'en- 
trouvrent et  nul  ne  prend  ombrage 
de  leurs  bâillements  ;  celles-ci  sont 


291 


strictes  et  classiques  ;  celles-là  sont  ornées  de  larges  nœuds 
ou  fleuries  de  dentelles  ;  mais  toutes  elles  se  soulèvent  au 
rythme  d'un  tendre  cœur  qui  bat. 

Et  si,  d'aventure,  on  nous  abandonne  une  main,  rose  et 
nacrée,  nous  pourrons  à  loisir  admirer  avec  quel  art  les 
dentelles  de  la  manchette  s'assortissent  à  celles  du  col.  De 
là  à  étudier  de  très  près  la  gorgerette,  il  n'y  a  qu'un  tout 
petit  faux-pas. 

Robert  Burnand. 


292 


Sfttftft  % 


FLACONS 


'  essence  de  rose  doit  être  contenue  en  un  cristal  limpide 

comme  l'eau  et  comme  elle  incolore ,  sans  ornement.  Il 

faut  donner  une  impression  de  fraîcheur  faisant  penser  à  la 

rose  trempant,  sur  le  rebord  d'une  fenêtre,  un  matin  de 

printemps,  dans  un  verre  d'eau. 

Je  voudrais  que  le  flacon  dans  lequel  j'enfermerais  l'œillet 
fort  fût  strié  de  raies  brunes,  jaunes  et  orangées  comme  les 
rayures  d'une  robe  bohémienne  ;  ou  bien  je  l'habillerais  de 


293 


cordelières  et  de  pompons 
comme  une  mule  espa- 
gnole ;  ou  bien  je  le  ferais 
entrer  à  force  dans  une 
mince  armature  de  fer 
forgé  imitant  un  balcon. 
Dans  un  vase  effilé, 
fragile,  que  briserait  le 
moindre  choc,  que  ren- 
verserait le  moindre  geste, 
je  verserais  le  lilas.  Le  lilas 
est  le  symbole  de  l'amour 
aux  premières  années  de 
la  jeunesse,  quand  on  a  de 


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TOUJOURS   OUI 


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SUR  MON  CŒUR 


294 


TENDREMENT   UNIS 


CORBEILLE  FLEURIE 


si  beaux  élans  et  quand 
on  répand  tant  de  larmes. 
Tandis  que  la  violette, 
au  contraire,  dans  un 
verre  aux  proportions 
pleines  de  sécurité,  re- 
présenterait l'amitié  et, 
moins  haute,  reposerait 
sur  des  assises  moins 
précaires.  Préfère  cette 
dernière  qui  voudra!  Mon 
cœur  et  moi,  tant  qu'il  y 
aura  des  lilas  la  violette  ne 
sauraj amais  nous  séduire. 


LA  CITROËN  ET  LES  SPORTS 


L'AVIATION 

10  HP.   TORPÉDO-SPORTS^^^^ 


296 


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FETES  DANS  LE  CIEL 

IMPRESSIONS 
NAPOLITAINES 


Voyager  en  Italie,  sans  amour,  est  un  grand  malheur. 
Je  me  souviens  avec  ennui  d'un  séjour  à  Venise  que 
je  fis  avec  le  cœur  vide:  la  pluie  frappait  tristement  le 
felze  de  ma  gondole  (Ah  !  que  l'on  est  seul  dans  ces  boîtes 
resserrées/inventées  pour  rapprocher  les  amants),  tout  était 
gris,  couleur  d'algue  et  de  limon.  Maussade  était  la  lumière  sur  la  lagune,  quand 
l'eau  s'irise  comme  les  verreries  de  Murano,  où  tremble  dans  la  pâte  translucide  une 
goutte  d'absinthe  prisonnière. 

A  Naples,  je  fus  plus  heureux  :  Serafina  se  promenait  parmi  les  ruines  de  Pompéi 
et  son  cicérone  nous  servit  de  truchement.  Je  hais  cette  engeance  affamée,  plus 
redoutable  ici  qu'ailleurs.  Pareils  à  des  termites,  les  guides  surgissent  des  trous  où  ils 
sont  embusqués  pour  accabler  le  voyageur  inoffensif .  Leurs  commentaires  indigestes 
enlaidissent  les  plus  belles  œuvres  et  gâtent  les  plus  beaux  sites. 

Les  maisons  pompéiennes  sont  fermées  :  pour  faire  tomber  les  chaînes  et  ouvrir 
les  cadenas  qui  protègent  les  peintures  ou  les  mosaïques,  il  faut  apprivoiser  chaque 
gardien.  Ils  adhèrent  aux  œuvres  d'art  comme  des  limaçons  et  aggravent  les  simulacres 
libertins  par  des  propos  dépourvus  de  gentillesse.  Le  guide  de  Donna  Serafina  était 
un  magnifique  spécimen  du  genre.  Je  n'ai  pas  connu  le  Connétable  de  lettres,  Barbey 
d'Aurevilly,  mais  je  le  recrée  à  l'image  de  ce  vieux  beau  :  un  chapeau  morès  protégeait 
des  yeux  vifs,  un  nez  crochu  et  de  longues  moustaches  teintes  ;  la  tige  des  bottines 
était  du  gris  le  plus  suave,  gris  aussi  le  pantalon  à  ganse  noire  et  la  tige  des  souliers 
vernis  (si  pointus  et  si  fatigués).  Je  ne  veux  pas  oublier,  sur  un  gilet  clair,  l'or  des 
breloques  et  le  carmin  des  coraux  qui  protègent  contre  le  mauvais  œil,  ni  le  jonc  à 
pomme  d'or  serré  d'une  main  sèche  couverte  d'énormes  camés  sertis  de  faux  diamants. 
Cet  étonnant  cicérone,  pareil  à  un  vieux  matou  encore  galant,  me  voyant  démuni  des 
renseignements  indispendables  me  convia  à  les  joindre.  Je  le  fis  volontiers,  pour  l'amour 


297 


de  cette  longue  jeune  femme  gainée  de  noir, 
et  blonde,  de  ce  blond  hâlé  et  roussi  si  précieux 
dans  les  pays  de  lumière  ardente. 

Donna  Sérafina  cherchait  aventure.  Les 
ruines  attirent  les  amoureuses  ;  elles  viennent 
y  respirer  les  parfums  des  plaisirs  défunts,  pareilles  à  ces  papillons 
qui  butinent  parmi  les  tombeaux.  Mon  amie  avait  aussi  des  papillons, 
les  grands  yeux  sombres  relevés  du  coin  (sur  ses  ailes  l'argus  en  porte 
d'identiques,  cernés  d'un  large  halo  noir)  ;  les  siens  à  l'ombre  d'un 
petit  voile,  attaché  au  tricorne  comme  un  masque,  provocant  à  la 
fois  et  gentiment  funèbre,  semblaient  sous  la  dentelle  prisonniers 
d'un  filet. 

Je  ne  sais  lequel  de  nous  deux  fit  la  conquête  de  l'autre,  mais  d'un 
commun  accord,  nous  primes  le  circumvesuvio.  Cette  jeune  femme 
avait  quelque  part,  à  Milan  je  crois,  un  vieux  mari  qui  lui  gagnait 
de  l'argent  ;  elle  aimait  les  souvenirs  du  passé  et  s'en  servait  pour  orner 
de  fugitives  amours.  Les  nôtres  furent  d'autant  plus  vives,  qu'elles 
devaient  durer  quelques  jours  seulement  ;  tout  mon  voyage  fut  embelli 
par  cette  liaison  éphémère. 


Comment  résister  à  l'enchantement  de  Naples  ;  le  ciel  est  si  doux 
et  la  nature  si  persuasive.  On  ne  saurait  se  refuser  aux  désirs,  à  peine 
reste-t-il  la  force  de  les  choisir.  Aux  portes  des  hôtels,  les  guides 
harcèlent  les  voyageurs  ;  ils  égrènent  tout  le  chapelet  des  amours 
coupables,  leur  insistance  est  telle,  et  la  facilité,  qu'ils  découragent 
la  curiosité  et  affadissent  les  plus  secrètes  délices.  Ainsi  faisait  le  cocher 
qui  saluant  de  son  fouet  d'assez  belles  filles,  nous  disait  ingénument  : 
"'Si  vous  voulez,  seigneur,  ce  soir,  cette  femme  est  à  vous.  "  Hélas  ! 
le  désir  est  une  petite  flamme  qu'il  faut  surveiller  avec  vigilance,  on 
l'éteint  à  trop  souffler  dessus.  Caprice  est  mon  maître,  et  je  prendrais 
volontiers  pour  armes  parlantes,  cette  peinture  pompéienne  où  l'on 
voit  un  char  fait  d'une  coque  de  noix  ;  des  abeilles  le  traînent  et  un 
papillon  tient  les  rênes  :  coquille  de  noix,  abeille  et  papillon,  ces  trois 
emblèmes  me  conviennent  assez 

♦  ♦ 

C'est  à  Sérafina  que  je  dois  d'ainïer  l'art  jésuite.  On  appelle  ainsi, 
vous  le  savez,  le  style  rocaille  choisi  par  les  bons  pères,  auXVIIIème 
siècle,  pour  construire  leurs  églises  en  Italie  et  en  Espagne.  Elles 
ressemblent  avec  leur  élégance  exubérante  et  leur  profusion  somptueuse, 
à  des  duchesses  en  grand  habit,  immobiles  sur  leurs  tabourets  de 
cour,  surchargées  de  rubans  et  de  plumes.  A  l'intérieur,  ce  ne  sont 
que  tentures  de  marbre  diapré,  pavages  précieux  ocellés  comme  la 


298 


V 


£ 


queue  des  paons  et  boiseries  plus  découpées  que  des  dentelles.  Dans 
l'ombre  dorée,  on  voit  passer  des  moines  cérémonieux  et  de  gros  abbés 
pantagruéliques  qui  pincent  le  menton  des  pénitentes  et  donnent  leurs 
mains  à  baiser.  Cet  art  là,  je  l'appelle  fêtes  dans  le  ciel,  tant  son 
déploiement  de  formes  mollement  arquées,  tant  ses  volutes,  ses  toits 
ornés  des  pyramides,  de  boules,  d'amphores,  s'apparentent  aux  jeux 
des  nuages,  au  balancement  des  palmes,  au  gonflement  des  voiles 
océanes  dans  un  ciel  d'apothéose  à  la  Véronèse . . . 

. . .  Ces  cieux  suavement  mouvementés  et  qui  se  font  tour  à  tour 
bouquets  de  plumes  coiffant  le  Vésuve,  plis  onduleux  de  rideaux 
que  le  vent  soulève  autour  d'une  couche  royale ,  ou  rides  suaves 
venant  expirer  au  bord  des  plages  de  l'éther. 

Comment  rendre  l'agrément  des  maisons  de  plaisance,  construites 
avec  un  désordre  charmant,  avec  une  négligence  accomplie  :  ces 
cubes  roses,  bleus,  jaunes,  couleur  des  gélati,  flanqués  de  perrons 
baroques,  de  balcons  comiquement  pansus,  fendus  comme  des  grenades, 
pour  laisser  voir  les  escaliers  entortillés.  Tout  cela  est  gai,  spirituel, 
joli  et  si  éloigné  des  confortables  maisons  modernes,  hideusement 
roides  et  guindées.  Rien  n'est  plus  sinistre  que  les  faubourgs  de 
Londres  avec  ces  rues  où  le  même  cottage  se  répète  indéfiniment, 
flanqué  d'un  jardinet  enfumé.  On  ne  peut  voir  ces  demeures 
symétriques,  sans  imaginer,  derrière  les  "  Windows",  le  bleu  regard 
d'une  fillette  que  la  consomption  dévore,  et  la  mélancolie.  Ici  tout  est 
préparé  pour  l'agrément  d'une  vie  molle,  larges  murs,  dalles  fraîches, 
stores  épais  ;  sur  la  maison  riante  une  feuille  de  palmier  déploie  son 
éventail  et  l'on  s'attend  à  voir  paraître  à  la  fenêtre  Inès  ou  Casimire, 
l'héroïne  d'une  farce  moliéresque. 


♦ 


-V 


Sérafina  et  moi,  nous  nous  promenâmes  dans  les  ruelles 
pouilleuses  qui  montent  vers  San  Martino  ;  des  enfants  nus  se 
roulaient  à  terre  parmi  les  écorces  des  oranges  et  des  pastèques, 
mais  les  portes  vermoulues  laissaient  entrevoir  des  jardins 
paradisiaques,  étouffés  sous  une  chevelure  emmêlée  de  roses, 
de  lys  et  de  tubéreuses.  Sur  le  seuil  apparaissaient  de  belles 
filles  effrontées  :  elles  sont  charmantes,  ces  jeunes  napolitaines, 
avec  leur  cou  onduleux,  leur  teint  mat,  et  ces  cheveux  en 
grappes  qui  les  font  ressembler  au  faune  Barberini.  Leur  jeunesse 
est  éclatente  et  elles  se  hâtent  de  la  cueillir;  plus  tard,  épaissies, 
noires  et  criardes ,  ce  sont  les  affreuses  matrones  dont  se  moque 
Martial. 

Au  haut  de  la  colline,  nous  déjeunions  devant  ce  paysage  si 
beau,  bien  que  profané  par  tant  de  méchaptfr-TI      tres^  Valeatico, 


299 


■ 


le  ravello,  ou  le  vesuvio,  coloraient  nos  idées.  Les  soldats  du  fort  nous  souriaient  d'un 
air  complice  et  aussi  les  gardiens  du  Musée.  Les  galeries  sont  un  peu  ennuyeuses, 
mais  désertes.  On  y  voit  une  salle  pleine  de  miroirs  gravés,  couleur  d'eau,  de  lune 
et  de  fumée.  Nous  y  admirions  des  nègres ,  des  chinois ,  des  marquises  et  des 
vendeurs  d'orvietan  avec  leurs  masques,  leurs  plumes  et  leurs  parasols,  croyant 
vivre  un  rêve  au  cœur  d'une  bulle  de  savon. 

Le  soir,  en  amoureux,  nous  rodions  dans  les  ruelles  sombres  où  les  portes  éclairées 
révèlent  les  secrets  du  peuple  napolitain.  Nous  nous  arrêtions  devant  l'étal  des 
marchands  de  limonade  étincelant  de  lumières ,  avec  leurs  guirlandes  de  fruits  et  de 
feuillage  plus  beaux  que  les  Délia  Robbia.  Dans  T'ombre  des  églises  nous  devinions 
des  formes  enfantines  frileusement  blotties  autour  d'un  feu  de  tisons,  sur  les  dalles  de 
petites  silhouettes  paraissaient  dormir,  mais  leurs  grands  yeux  nous  suivaient  au 
passage. 

Plus  tard,  une  voiture  nous  promena  tout  le  long  du  golfe  de  Salerne  et  nous 
avons  évoqué  le  Comte  d'Orsay ,  en  calèche ,  enfoui  dans  les  plis  neigeux  d'une 
crinoline. 

Des  gamins  jetaient  des  roses  sur  nos  genoux,  le  ciel  brûlait  doucement  et  nous 
suivions  les  gracieux  méandres  de  la  route,  au  pied  des  collines  pareilles  à  des  corbeilles 
débordant  de  citrons,  mais  déjà  nos  cœurs  n'étaient  plus  que  cendre. 

"  Dans  cette  vie  il  y  a  heureusement  autre  chose  que  le  bonheur  "  n'est-ce  pas 
Madame  de  Maintenon  qui  dit  cela.  Je  l'ai  répété  après  elle.  Sérafina  m'a  quitté 
devant  les  ruines  de  Poestum.  Je  l'ai  dit,  elle  était  un  peu  romantique  ;  et  puis,  elle 
monta  vers  Gava  retrouver  une  sœur  de  son  mari,  ou  un  autre  amant.  Nos  paroles 
étaient  tristes,  mais  nos  cœurs  demeuraient  indifférents. 

Des  vols  de  corbeaux  traversaient  le  ciel  gris, 
poursuivis  par  des  nuages  noirs.  II  pleuvait 
par  moments.  Les  temples  érigeaient  leur 
silhouette  couleur  de  miel,  d'une  substance 
précieuse,  rongée  et  sublimée  par  les  siècles, 
au  milieu  des  acanthes  tigrées  et  des  asphodèles. 
Des  paons  se  promenaient  avec  une  lenteur 
effarouchée.  "  Vous  m'oublierez  vite..."  dit 
Sérafina. 

Ce  sont  encore  des  fêtes,  ces  douleurs  qui 
passent  comme  un  orage  d'été  et  ces  nuages  dont 
l'ombre  palpite  sur  les  paysages  pathétiques. 

George  Barbier. 


y" 


I  /V 


LES    OISEAUX    BLANCS 


A  partir  de  Janvier  commence  à  se  peupler  un  tout  petit  espace  bousculé  entre 
les  rochers  et  la  mer,  un  étroit  passage  courant  comme  une  rampe  blanche 
tantôt  haut  et  tantôt  bas  au-dessus  de  la  mer,  s'abaissant  et  s'élevant  sur  les  flots 
comme  le  vol  d'une  mouette. 

A  partir  de  se  mois-là  accourent,  saisis  d'un  prurit  qui  les  attrape  à  époque  fixe, 


tous  les  voyageurs  de  ce  monde ,  qui  arrivent  par 
auto,  par  bateau,  par  Citro,  et,  chaque  jour  à  13 
heures,  par  rapide.  Et  ils  n'ont  pas  plus  tôt  mis  pied 
à  terre  que,  merveille  !  on  les  voit  se  mettre  en 
mouvement  sans  perdre  une  minute,  arpenter  les 
uns  derrière  les  autres  la  promenade  des  Anglais  : 
Chaque  nouvel  arrivant,  après  avoir  sauté  sur  un 


POULE  BLANCHE 


FAISAN  BLANC 


\/< 


\ 


FLAMANT 


pied  pour  prendre  le 
pas,  suit  les  autres.  Et 
quand,  arrivé  à  hauteur 
de  Négresco,  il  y  en  a  un 
fait  volte-face  pour  re- 
partir dans  la  direction 
du  casino  de  la  jetée... 
hop  !  vous  voyez  tout 
le  monde,  qui  pivote 
docilement.  Et  s'il  y  en 
a  un  qui  n'a  pas  fait  attention  à  la  manœuvre, 
vous  ne  sauriez  croire  à  quel  point  il  est  vexé. 

Je  connais  cela  :  je  l'ai  fait  moi-même.  Mais 
j'étais  toujours  en  retard.  C'est  pourquoi  j'ai  fini 
par  renoncer  à  la  Côte  d'Azur. 

Mais  chaque  fois  que  revient  la  saison  d'y  aller, 
c'est  curieux,  quelque  chose  me  démange  sous  le 


CATOËS 


pied  ;  et  mes  épaules  voudraient  se  soulever  comme 
si  elles  étaient  munies  d'invisibles  ailes.  Le  matin 
en  m'éveillant  je  fredonne  :  qui  me  donnera,  colombe,  vos 
ailes.. .  Je  sens  combien  je  dois  vous  paraître  ridicule. 
Mais  je  ne  peux  plus  partir.  Les  génies  qui  me 
tiennent  en  captivité  ont  inventé  un  supplice 
nouveau.  Figurez -vous  qu'ils  m'ont  enchaîné  à  un 


*ycc 


ve 


iiVi 


■o 


CYGNE 


ALBATROS 


-V 


TOURTERELLE  ~J/$ 

encrier  monumental 
que  je  suis  condamné 
à  vider  au  moyen  d'un 
tout  petit  porte-plume. 
Même  en  écrivant  très 
vite,  j'en  ai  encore  pour 
•trente  ans. 

Au  bout  de  ce  temps 
je  serais  trop  vieux  pour 
reprendre  ma  place 
dans  le  peloton  intrépide  qui  imite  au  bord  de  la 
Méditerranée,  allant  et  venant,  latéralement,  le 
mouvement  de  flux  et  reflux  de  l'Océan.  Croyez- 
vous  que  moi  qui  avais  déjà  de  la  peine,  étant 
jeune,  à  prendre  le  pas,  j'arriverai  à  temps  pour 
pivoter,  quand  j'aurai  cinquante  ans  ? 

J'aurai  peut-être  perdu  le  goût  de  la  liberté. 


Déshabitué  de  la  vie,  je  refuserai  peut-être  de  quitter  ma  prison.  Qui  sait  même  si,  per- 
mutant volontaire,  je  ne  demanderai  pas  comme  unique  grâce  le  droit  de  changer  de 
cachot  pour  m'en  fermer  entre  les  murs  froids  d'une  prison  pire  où  ne  pénètre  aucun 
bruit  du  dehors,  quand  je  ferai  des  démarches  pour  entrer  à  l'Académie  française. 
Je  vois  bien  que  je  n'irai  plus  jamais  au  pays  dont  parlent  les  romances  et  les 
films  de  cinéma,  et  où  se  promènent,  migratrices  fortunées,  des  dames  ressemblant, 
vêtues  de  leurs  blanches  plumes  et  du  même  duvet,  à  ces  oiseaux  blancs,  albatros, 
mouettes,  qui  s'amusent  à  tracer  infatigablement  sur  le  bleu  du  ciel,  aussitôt  effacée, 
on  ne  sait  quelle  signature  de  publicité.  Vaudreuil. 


ARRANGEMENTS 


D  E 


COIFFURES 


T  Tne  chevelure...  ce  mystère  auquel  on  ne  songe  pas,  cette 
moisson  poussant  hors  de  nous  sa  vie  étrangère,  effrayante, 
qui  se  répand  sous  une  forme  rappelant  les  aspects  végétaux . . . 
est-ce  que  vous  ne  frémissez  pas,  d'inquiétude  et  d'une  secrète 
horreur,  quand  vous  respirez  son  odeur  de  sève,  quand  vous 
ensevelissez  votre  visage  dans  sa  nuit 
peuplée  de  lueurs  ? 

Elle  sent  la  sauvagerie,  la  vie  primitive, 
les  temps  inhabités  où  les  forêts  emmêlées 


305 


La  chevelure  est 
lissée,  aplatie,  piquée 
à  la  hauteur  de  la 
nuque  d'un  peigne 
garni    de    singe. 


couvraient  le  globe ,  où  le  pachy- 
derme informe  n'était  autre  chose 
que  la  grossière  ébauche  de  la 
vie  animale,  où  la  femelle  de 
T anthropomorphe  enveloppée 
dans  les  crins  s'échappant  de  sa  tête 
ressemblait  à  un  buisson  de  lianes 
d'où  sortait  en  un  grognement 
maussade  la  respiration  de  la  vie. 


Un  rang  de  perles, 
entourant  la  tête, 
retient  les  glands 
de  coquillage  et  les 
pompons  de  soie. 


Un  fil  de  soie, 
autour  de  la  tête, 
retient  les  franges 
perlées  revenant 
sous  le  menton. 


506 


C'est  pourquoi  les  femmes, 
aujourd'hui,  obéissant  à  un 
instinct  contemporain  des  kges 
menacés  où  la  race  à  tout 
moment  croyait  périr,  ont 
gardé  la  coutume  de  tordre 
sauvagement  leur  chevelure  ; 
et  y  suspendent,  comme  des 
bandelettes  à  la  statue  des 
dieux,  des  fleurs,  des  bijoux, 
la  plume  des  oiseaux,  et  autres 
monuments  votifs  du  même 

ordre-  Celio. 


%*# 


Coiffure  en  forme 
de  deux  cornes 
d'abondance  ter- 
minées  de  chaque 
côté  par  des  fleurs. 


La  chevelure, 
ébouriffée,  est 
contenue  dans 
deux  mouchoirs 
liés.  Pendantif 
corail  et  perles. 


3°7 


Cheveux  plats 
pris  à  droite  et 
à  gauche  sous 
dès  petites  feuil- 
les d'hermine 
superposées. 


L'HOMME    DU    SOIR 


NOUVEAU    MANTEAU    DE    SOIREE, 


KRIEGCK 


508        /A^ 


$**    "*<£ 


DESCRIPTION 
ET  EXPLICATION 


DES  PLANCHES  HORS-TEXTE 


ET 


PAGES  DE  CROQUIS 


M 


PLANCHES  HORS-TEXTE 


Planche  72.  —  Robe,  de  Béer.  La  jupe  est  de  breitschwanz ,  la 
blouse  en  crêpe  marocain.   Cette  robe  est  accompagnée,  quand  on 
sort,  d'une  jaquette  en  breitschwanz  garnie  de  chinchilla. 


Pl.  73.  —  La  robe  de  la  jeune  mère  a  un  corsage  en  velours  noir 
et  la  jupe  en  ondée  grège  à  dentelle  d'argent.  Ceinture  en  ondée.  La 
robe  de  la  jeune  tante  est  de  marocain  vert  et  mousseline  d'argent, 
rubans  de  velours.  Chapeau  en  ruban.  Ces  deux  modèles  sont  de 
Jeanne  Lan  vin. 


3°9 


Hiiiiï  àri  Sâal 


%*,<*& 


Pl.  74.  —  De  Martial  et  Armand,  une  robe  d'après-midi  en  drap 
libellule.  La  ceinture  est  bordée  de  deux  rouleaux.  D'un  seul  côté, 
col-revers  en  ragondin.  Pardessus,  de  Larsen. 


Pl.  75.  —  C'est  une  robe  du  soir,  de  Worth,  en  dentelle  d'or  avec 
ceinture  de  perles  ornée  de  franges  de  perles. 


Pl.  76.  —  Une  cape,  de  Madeleine  Vionnet. 


* 

Pl.  77.  —  Robe  du  soir,  de  Paul  Poiret.  Elle  est  de  velours 
tissu  d'argent,  et  garnie  d'autruche. 


rose  et 


RECTO  DES  PAGES  DE  CROQUIS 

CONTENUES  DANS  CE  FASCICULE 
(Modèles  de  LA  GAZETTE) 

Ces  huit  croquis  représentent  des  robes  et  des  tailleurs  dont  l'idée 
a  été  prise  sur  des  vêtements  de  divers  ordres  religieux.  La  robe  du 
moine,  le  manteau  long  ou  court  du  prélat  ou  de  l'abbé,  l'uniforme 
sévère  de  la  religieuse,  peuvent  inspirer  des  interprétations  originales  et, 
particulièrement,  fournir  de  très  belles  et  confortables  robes  de  maison. 


51e 


VERSO  DES  PAGES  DE  CROQUIS 

(Modèles  de  LA  GAZETTE) 

N°  I.  Ombrelles.  —  Fig.  1 ,  manche  de  bois  terminé  en  bas  par 
deux  pointes  ;  l'ombrelle  est  nouée  au  moyen  d'un  gros  ruban.  — 

2,  Solicula,  de  Clément  XI  ;  cela  servait  aux  cérémonies  religieuses.  - — 

3,  un  gros  nuage  blanc  et  un  vol  d'oiseaux  blancs  brodés  en  petites 
plumes  sur  l'ombrelle.  —  4,  manche  pliant.  —  5,  petite  ombrelle  en 
taffetas  à  volants  ;  cela  se  porte  au  bras,  par  un  anneau  ;  le  manche, 
très  court,  dépasse  à  peine  le  volant  quand  l'ombrelle  est  fermée. 


N°  II.  Veilleuses  électriques.  —  Fig.  1 ,  flambeau  en  cuivre 
argenté,  permettant,  suivant  le  besoin,  d'allumer  une,  deux  ou  trois 
ampoules.  Le  socle  contient  un  petit  tiroir.  —  2,  lanterne  tendue  de 
batik  sur  un  pied  d'ébène.  — ■  3,  marbre  ;  boule  en  verre  dépoli  très 
épais.  —  4,  lampe  en  verre  décoré  ;  pied  en  acajou.  —  5,  étoffe  tendue; 
pied  fer  forgé. 


N°  III.  Voilettes.  —  Fig.  1,  voilette  pour  les  yeux,  fixée  à  un 
ruban  noué  derrière  le  chapeau.  —  2,  voile  court  devant  et  long  sur 
les  épaules,  fixé  à  un  ruban  bouclé  sur  le  côté  du  chapeau.  —  3,  voilette 
ronde  serrée  autour  du  cou  par  un  ruban  passant  par  deux  bouton- 
nières. —  4,  loup  de  tulle  terminé  par  une  barbe  de  dentelle.  — 
5,  voilette  bordée  de  gros  poids  de  velours  blanc,  sauf  à  la  place  du 
visage  ;  se  noue  derrière.  —  6,  voilette  ovale  terminée  par  deux  pans 
de  tulle,  que  l'on  tourne  autour  du  cou  pour  les  nouer  sous  le  menton  ; 
motifs  brodés  à  la  place  des  oreilles. 


Nô  IV.  L'HEURE.  —  Fig.  1 ,  canne  dont  le  dessus  du  pommeau  est 
un  boîtier  contenant  la  montre.  —  2,  parapluie  ;  un  volet  s'ouvre 
dans  le  manche,  et  découvre  un  cadran.  —  3,  coulant  de  pendantif 
formé  par  une  montre  carrée,  en  or  et  petits  brillants.  —  4,  ruban 
de  bras  formant  petite  poche  où  se  place,  pour  le  soir,  la  montre,  au 
bout  d'une  double  chaîne  retombant  en  forme  de  fourragère.  — 
5,  montre-fétiche  formant  pendantif  au  bout  d'une  cordelière. 


■  VI  ) 


N°  V.  Cravates.  —  Dessins  inédits  pour  des  cravates  d'hommes. 


N°  VI.  Miroirs.  —  Fig.  1,  miroir  à  manche;  se  plie  et  se  porte 
comme  un  face-à-main.  —  2,  glace-breloque  ou  pendantif.  —  3,  miroir 
à  main  enrichi  d'une  montre  (pour  celle  qui  passe  trop  de  temps  devant 
sa  glace).  —  4,  miroir  à  main  portant  une  coupe  où  mettre  la  houppette 
et  la  poudre.  —  5,  miroir-montre  pour  mettre  dans  le  sac.  —  6,  miroir- 
liseuse  à  mettre  dans  un  livre  ennuyeux.  —  7,  miroir  enchâssé  dans 
la  monture  d'un  éventail. 


N°  VII.  Le  soulier,  par  perugia.  —  Fig.  1,  Cotillon:  demi- 
botte  en  chevreau  ton  sur  ton,  pour  l'après-midi  ;  on  peut  la  faire  en 
satin.  L'avantage  de  ce  botillon  est  qu'il  crée  un  compromis  entre  la 
bottine  haute  et  le  soulier.  —  2,  Madrid  :  soulier  haut,  en  chevreau, 
destiné  à  la  marche.  —  3,  François  Ier  :  botillon  en  satin,  ou  en 
antilope  ;  il  est  muni  de  crevés  laissant  voir  le  bas  de  la  jambe  :  soulier 
de  visite.  Ces  trois  modèles  sont  de  Perugia. 


N°  VIII.  Le  mouchoir.  —  Fig.  1 ,  mouchoir  rond,  monogramme 
très  petit  au  milieu.  —  2,  mouchoir  à  pans  ;  autant  de  pointes  que  de 
lettres  dans  le  nom.  —  5,  mouchoir  rond  ;  le  chiffre  est  brodé  dans  un 
carré  de  couleur  incrusté  dans  l'ourlet.  —  4,  mouchoir  de  ménage, 
rectangulaire,  pouvant  servir  indifféremment  à  la  femme  et  à  l'homme. 
5,  le  chiffre  de  ce  mouchoir  carré  est  mobile  ;  il  tient  à  un  léger  ruban 
passé  dans  une  boutonnière  ;  filigrane  très  fin.  —  6,  les  jours  de  la 
semaine.  —  7,  mouchoir  double  fait  de  deux  batistes  de  couleur 
différentes  superposées  au  milieu  ;  les  pointes  de  ces  deux  carrés  sont 
visibles  dans  leur  couleur  propre,  tandis  que,  au  milieu,  un  effet  de 
transparence  donne  une  troisième  couleur,  par  superposition  (ex  :  bleu 
et  rose  =  milieu  mauve). 


0 


312 


TETE    A    TÊTE 

ROBE,    DE    BEER 


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;  À  ri  .terni. 


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N"  W  de  La  Gazette 


Année  1922.  —  Planche  72 


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*  ii*5 


"LAISSE-LE    MOI    PRENDRE..." 

ROBES,    DE    JEANNE    LANVIN 


H"  10  de  La  Gazette 


Année  1922.  -  Plandie  73 


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Wmms  in  Stw 


"PAUVRES    PETITES    BÊTES..." 

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LE    VOYAGE    SENTIMENTAL 

ROBE   D'APRÈS-MIDI,    DE   MARTIAL   ET   ARMAND.    PARDESSUS,   DE   LARSEN 


N°  10  de  La  Gazette 


Année  1922.  —  Planche  74 


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ROBE    DU    SOIR,    DE   WORTH 


W°  10  de  La  Gazette 


Année  1922.  -  Planche  75 


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UNE    CAPE,    DE    MADELEINE    VIONNET 


W°   10  de  La  Gazette 


Année  1922.  —  Planche  76 


LA    CENDRE    DE    LA    CIGARETTE 

ROBE   DU  SOIR,  DE  PAUL  POIRET 


H"  W  de  La  Gazette 


Année  1922.  —  Planche  77 


K°  10  de  La  Gazette 

Année  1922.  -  Croquis  N°  I 


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î  Ali  St) 


BÉNÉDICTINE-BERNARDINE 

RÉFORMÉE     DE     PORT    ROYAL 

(XV II le   SIÈCLE) 


OMBRELLES        POUR        L      ÉTÉ        QUI        VIENT 


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M° '10  de  La  Gazette 

Année  1922.  -  Croquis  N°  II 


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ABBÉ  ITALIEN  (xvnie  siècle) 


LES         VEILLEUSES         ÉLECTRIQUES 


W°  10  de  La  Gazette 

Année  1922.  -  Croquis  N°  III 


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IMMACULÉE  •  CONCEPTIO 

;  XVIII  e  SIÈGL 


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MODE 


DES 


VOILETTES 


W°  10  de  La  Gazette 

'Année  1922.  -  Croquis  N°  IV 


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ABBE 


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PORTER 


L    :     HE     U     R     E 


N°  10  de  La  Gazette 

Année  1922.  -  Croquis  N°  V    , 


J>AV/qf       PRÉLAT  DE  PETIT  MANTEAl 

(ROME 


L      A 


CRAVATE 


POUR 


HO     M     M     E     S 


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N°  10  de  La  Gazette 

Année  1922.  -  Croquis  N°  VI 


MOINE  MINIME  j 

DE  ST.-FRANÇOIS  DE  PAULeJ 


GLACES 


MAIN 


E     T 


M     I     R     O     1    R     S 


de  La  Gazette 
Se  1922.  ~  Croquis  N°  Vil 


Kku 


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DAvicl 


SOEUR  BÉNÉDICTE 

DE    ROME   (XVIIÏe   SIF.C 
;COSTUME    DE    \  ELT\ 


L     A 


SOULIER 


PAR 


P      E      R      U      G      I 


jtf°  W  de  La  Gazette 
Année  1922.  -  Croquis  N°  VIII 


CHARTREUX 

ROBE   DE    MAISON 


L    A 


LINGERIE 


LE-       MOUCHOIR 


vient  de 


J. 


paraître 


ANTOINE 


ET 

/ 


CLEOPATRE 

Je  W.  SHAKESPEARE 

TRADUIT    PAR 

André  GIDE 

ILLUSTRATIONS 

DE 

DRÉSA 


EN  UN  TIRAGE  ORNÉ  DE  LETTRINES 
DESSINÉES  ET  GRAVÉES  SUR  BOIS 
PAR  LLANO-FLOREZ  ET  LIMITÉ  A 
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LES  PUBLICATIONS   LUCIEN  VOGEL 
A  PARIS,   11,  RUE  SAINT-FLORENTIN 


XXIII 


LA 


ET     TOUS 
LES  SPORTS 


LE  TENNIS 


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